DIASPORA, Economie, Justice, Politique

Nous devons sauver le Congo : que faire avec le « mémorandum de mai 2018 » que le fonds monétaire international a reçu ?

Noël Magloire NDOBA

Par   Noël Magloire NDOBA

A mes amis qui, ces jours-ci, sont « jugés » à Brazzaville pour avoir été des combattants de la liberté,

ALN, JN, PM, muntu na muntu, moto na moto.

Aux jeunes survivants, après ceux, disparus, qui chantaient fièrement « Nzambi pesa béto ngolo ».

Aux patriotes post- octobre 20151.

NOUS DEVONS SAUVER LE CONGO : QUE FAIRE AVEC LE « MÉMORANDUM DE MAI 2018 » QUE LE FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL A RECU ?

On le sait : la République du Congo est malade, et partant, les Congolaises et les Congolais sur place ainsi que dans la diaspora, d’une manière ou d’une autre. Mais l’on fait parfois semblant de ne pas voir la gravité de la pathologie. Qui pis est, c’est une tragédie de ne plus savoir que faire pour s’en sortir. Le remède viendrait-il avec le Fonds Monétaire International (FMI) après le diagnostic  fait par cette institution et seulement avec ce diagnostic que, du reste, on ne connaît pas que depuis les missions effectuées à Brazzaville par ses délégations en septembre 2017, en décembre 2017 puis en avril 2018 ?2

Que faire donc dans les circonstances que reflète le constat de grave faillite financière de l’Etat au Congo selon le diagnostic du FMI ? Partons de la puissante idée que voici, d’un célèbre écrivain britannique francophile, Oscar Wilde : «  Les circonstances sont les coups de fouet que nous donne la vie ». Celles-ci, au plan économique, se traduisent aujourd’hui par le constat fait en avril 2018 par le FMI, en effet : « Malgré un ajustement budgétaire prononcé depuis 2015, les déséquilibres macroéconomiques demeurent importants et la dette est insoutenable. Le niveau élevé de la dette et l’accumulation d’arriérés qui en a résulté nuisent à la confiance des investisseurs, la stabilité du système financier, ainsi qu’aux services sociaux. Les faiblesses dans la gouvernance et la lutte contre la corruption ont exacerbé les lacunes dans la mise en œuvre des lois et règlements et les vulnérabilités économiques»3. Ce constat et certaines analyses éclairées expliquent au moins deux attitudes raisonnables qui devraient interpeller les observateurs et les personnes qu’appelle l’action. La première attitude est celle du Sage qui tend à se limiter à exhorter les siens à tirer les conséquences d’une pensée inoubliable de Nelson Mandela : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute » (cf Un long chemin vers la liberté ; 1995). La seconde attitude est celle de la bonne citoyenne et du bon citoyen. Et ces derniers ont raison de chercher à comprendre d’abord ce qui se passe et ce qui pourrait se passer avec le FMI, tout en sachant qu’ à l’ordre du jour de la réunion du conseil d’administration de cette institution, en ce mois de juin 2018, il n’est pas prévu d’accord à signer avec le Congo( Brazzaville).

Si l’on suit le bon citoyen et la bonne citoyenne, aujourd’hui, que doit-on alors comprendre? Essentiellement les cinq choses suivantes, selon la réflexion qui se poursuit dans le cadre du projet intitulé « People’s University for Research-Action : Democracy, Development,Economy,Peace, Powers » (PURADDEPP), ce projet qui est une forme de réinvention du « Programme Universitaire de Recherche-Action pour la Démocratie, le Développement et la Paix » ( PURADDEP), lequel programme avait fonctionné en tant qu’association 1901 à Brazzaville et en tant qu’activité de l’Université Marien Ngouabi en 1996 et 1997, et dont une expérience au moins avait été poursuivie au niveau du Bureau Régional de la Francophonie pour l’Afrique centrale et l’Océan Indien à Libreville en 2001 et 20024.

Première chose à comprendre : l’existence d’une initiative novatrice appelée « Mémorandum de mai 2018 » et dont le texte a été reçu par le FMI ainsi que par certains ampliataires, à ce jour.

En effet, le FMI a reçu, entre le 22 mai et le 7 juin 2018, par voie postale et par E-mail, un document congolais qui l’interpelle sérieusement au nom de l’éthique de conviction et de l’éthique de responsabilité: le Mémorandum de Mai 2018. Destiné à Madame Christine Lagarde, directrice générale du FMI, ce document se trouve aujourd’hui également dans les mains de plusieurs ampliataires parmi lesquels : tous les membres du Conseil d’administration du FMI ; les chefs de file des missions de cette institution au Congo depuis celle de septembre 2017 au moins ; le Secrétaire Général de l’ONU ; les premiers responsables des principales institutions internationales de financement du développement ( Banque Mondiale, PNUD, BAD); le Président de la République française et le ministre français de l’Economie et des finances ; les ambassadeurs au Congo des principaux « partenaires au développement » bilatéraux et multilatéraux.

Deuxième chose à comprendre : quels sont les auteurs ou plutôt les acteurs du « Mémorandum de Mai 2018 » ?

Il s’agit d’une initiative de la plateforme associative Assises Nationales du Congo – laquelle existe officiellement au titre de la loi 1901 en France depuis le 20 mai 20145 -, cette initiative étant assumée et portée par un nouveau type d’acteur collectif, en l’occurrence le Réseau de la Société Civile Congolaise Libre. Elle est le pendant de la lettre collective adressée à la directrice générale du FMI le 7 septembre 2017 par certaines des mêmes personnes physiques et morales en concertation avec diverses associations évoluant au Congo. Quel est donc cet acteur collectif ? Il peut s’identifier à travers les « 2+ 121 » personnes qui, dans la diaspora, à titre individuel ou au nom de telle ou telle association, ont signé ce document daté du 15 mai 2018 à Paris. En réalité ce « réseau » (network, en anglais), non formel jusqu’à nouvel ordre, est ouvert. Il devrait compter, d’une part, des citoyennes et des citoyens congolais et binationaux de la diaspora, et d’autre part, des partenaires individuels et associatifs résidant sur le territoire congolais, étant entendu que la liberté de ces derniers est limitée par la tyrannie régnante. De manière générale les signataires sont des femmes et des hommes distingués dans la vie professionnelle ou associative et dans l’opinion publique congolaise et internationale préoccupée par le cas du Congo.

En tant que personne physique ou personne morale, il est possible de devenir « acteur » du Réseau de la Société Civile Congolaise Libre, en s’inscrivant sur une deuxième liste, dès à présent, s’agissant des personnes et des associations de la diaspora, étant entendu qu‘ en ce qui concerne les personnes et les associations installées sur le territoire congolais, l’inscription est facultative pour des raisons de sécurité. La question de la dynamique du Réseau de la Société Civile Congolaise Libre aura trouvé d’autres réponses pratiques le 17 juin, à Paris, à l’occasion d’une réunion rassemblant « Les Assises » et diverses associations de jeunes de la diaspora.

Troisième chose à comprendre : quel est le sens du « Mémorandum de mai 2018 » ?

Il faut un suivi du Mémorandum de Mai 2018. Et une chose est sûre : un autre mémorandum devra être élaboré, destiné à qui de droit et utilisé par le peuple congolais, pour soutenir une « stratégie de sortie de crise au Congo » en termes d’alternative à la stratégie que le pouvoir de Denis Sassou Nguesso sera obligé de présenter tôt ou tard.

Le Mémorandum de mai 2018 s’est limité à présenter les bases de la stratégie alternative qui doit être élaborée par le Réseau de la Société Civile Congolaise Libre sous la coordination technique des Assises Nationales du Congo, tout en formulant une demande de statut d’observateur dans le processus de négociations ou de discussions entre le FMI et l’Etat congolais. Le prochain mémorandum partira des bases posées dans celui de mai 2018, à savoir « les bases nécessaires d’une bonne stratégie de redressement budgétaire et de croissance inclusive » ( cinquième point de la « position » des signataires).

Le sens du Mémorandum de mai 2018 peut se résumer en deux ou trois phrases, comme on peut l’observer ci-après:

« Madame la Directrice Générale,

Notre demande d’être observateur dans le processus de négociation se justifie aussi parce que nous sommes porteurs de certaines propositions pour une stratégie cadrant avec les intérêts du peuple souverain. A l’étape actuelle de ce processus de négociation, nous aimerions vous indiquer les bases de nos propositions en matière de stratégie » ( Lire page 7/12).

Au demeurant, ces phrases expliquent indirectement pourquoi les auteurs du texte utilisent le langage de la branche des sciences économiques et mathématiques que constitue la « théorie des jeux », un domaine que connaissent les très bons négociateurs et les stratèges qualifiés.

Quatrième chose à comprendre : une dynamique a commencé avec le Mémorandum de mai 2018 et devrait se poursuivre avec d’autres signataires et un deuxième mémorandum

La dynamique lancée par le Mémorandum de mai 2018 est appelée à se développer avec une deuxième liste de signataires comprenant des acteurs de la diaspora auxquels devraient s’ajouter – mais c’est facultatif- des acteurs qui résident au Congo, et ceci en fonction de leur propre évaluation des risques au niveau de leur sécurité personnelle. C’est à une telle proposition que nous conduit la réflexion que nous poursuivons au sein de la PURADDEP et qui sera discutée à l’occasion des réunions de la plateforme associative « Les Assises ».

Transcendons le contexte des querelles personnalisées qui minent une partie de la diaspora congolaise ces temps-ci, pour nous situer à un certain niveau dans le débat d’idées qui aidera notre peuple dont les souffrances nous interpellent avant tout. Remarquons alors ce qui suit : que les « 2 + 121 » premiers signataires du premier mémorandum appartiennent tous à la diaspora. Cela signifie au moins trois choses qui devraient attirer l’attention du FMI, de l’ONU, de la Banque Mondiale, du PNUD, de la BAD, de toutes les autres institutions multilatérales de financement du développement et de tous les Etats ayant des relations diplomatiques avec la République du Congo. Ces trois choses sont les suivantes :

1- La diaspora congolaise de citoyennes et de citoyens libres vivant dans des pays démocratiques refuse d’être complice des auteurs des crimes économiques, en refusant de se limiter à jouer le rôle de « sapeurs pompiers » qui procéderaient sans cesse à des transferts d’argent ( remittances, en anglais) dans le but de répondre aux besoins régulièrement exprimés par des parents appauvris alors qu’une oligarchie locale creuse des inégalités impensables en détournant les deniers publics et en pratiquant massivement la corruption, le tout dans une impunité consacrée par l’article 96 de l’actuelle Constitution .

2- La diaspora congolaise libre est consciente de ses responsabilités et de son rôle, d’une part, pour que la conscience du peuple souverain du Congo reste éveillée dans ce pays où les privations de liberté sont la chose la plus courante et dans ce « monde devenu dangereux » – pour reprendre une expression du Secrétaire Général de l’ONU en janvier 2017 -, et d’autre part, pour que les institutions internationales, à l’instar du FMI, puissent effectivement jouer leur rôle en tant que ces institutions assurent des « biens publics mondiaux »( stabilité financière internationale, paix, sécurité, développement durable, etc) .

3- La diaspora des citoyennes et des citoyens congolais libres est composée d’électeurs de demain et qui ont généralement des niveaux de qualification professionnelle et des niveaux d’éducation largement au-dessus de la moyenne actuelle au Congo. Ce qui devrait être une aubaine pour le peuple congolais souverain, d’une part, et d’autre part, pour les acteurs des organisations multilatérales et bilatérales soucieux d’assurer l’amélioration de l’humanité avec un sens de l’universalisme que traduisent bien les idées de bonne gouvernance, de démocratie et de république. Des idées universalistes pour la défense desquelles les Congolaises et les Congolais n’ont que trop payé de leur sang et de leur sueur avant et après ce grand moment de refondation que fut la Conférence Nationale Souveraine de 1991, laquelle , à l’issue d’un référendum jamais contesté, fut suivie par l’adoption de l’unique Constitution adoptée par tous : la Constitution de mars 1992.

Cinquième chose à comprendre : le Mémorandum de mai 2018 est un outil de travail pour comprendre la situation au Congo et pour la transformer positivement dans le sens de la défense des intérêts matériels et moraux des citoyens et des citoyens ou, plus généralement, dans l’intérêt du peuple souverain.

Le Sage, le bon citoyen et la bonne citoyenne vous le diront, en chœur s’il le faut, en ville et dans les villages : les citoyens et les citoyennes doivent, de nouveau, se mobiliser pour la défense de leurs intérêts matériels et moraux dans les nouvelles circonstances historiques qui résultent de la faillite dans la gouvernance financière et monétaire de l’Etat. Il ne s’agit ni plus ni moins que de la défense des droits économiques, sociaux et culturels, au sens où l’ONU les définit et en fait des objectifs stratégiques, y compris sous l’angle des droits humains. Et c’est, en un sens, ce qui est également entendu derrière l’appel à la défense des droits politiques ou publics qui est lancé dans la « Déclaration des évêques du Congo » en date du 9 mai 2018 , entre autres appels. Celui-ci, aux fidèles laïcs, aux femmes et aux hommes de bonne volonté : « Engagez-vous par des actions citoyennes pour bâtir et consolider la démocratie et l’Etat de droit : faites le suivi des politiques publiques, observez les élections, refusez et combattez la corruption ». (Lire en annexe du Mémorandum de mai 2018 )

Car il y a fort à faire au Congo quand on connaît les données suivantes, par exemple, en comparant ce pays avec deux autres auxquels il est comparable dans la Zone Franc, en l’occurrence le Sénégal et le Burkina Faso. En 2016, d’après le récent ouvrage collectif publié par Christophe Bastid et Patrick Bey sous le titre afriques, Panafrique – Des racines à l’arbre ; éd. Fabert, 2017)6 le Congo avait un Produit Intérieur par habitant ( PIB/hab) de 3172 dollars, soit cinq fois plus que celui du Burkina Faso ( 624 dollars) et près de trois fois et demie celui du Sénégal ( 950 dollars). Et pourtant, avec une population de 4, 741 millions d’ habitants , soit quatre fois moins que celle du Burkina ( 18, 634 millions ) et presque trois fois et demie moins que celle du Sénégal ( 15, 589 millions) , les Congolais ont une espérance de vie de près de 63 ans en 2016, soit moins que les Sénégalais ( un peu plus de 67 ans) et à peine plus élevée que les Burkinabè ( près de 59 ans). Si l’on ajoute qu’ en 2011 l’espérance de vie d’un Congolais était de près de 54 ans et demi, celle d’un Burkinabé de près 53 ans et demi et celle d’un Sénégalais de près de 59 ans et demi , on a ainsi le repère le plus frappant qui illustre l’échec des politiques publiques dans la mesure où la vie humaine, qui est sacrée, ne bénéficie pas des ressources financières dans des proportions qui pourraient être similaires à celles que connaissent le Sénégal et le Burkina.

On retiendra au moins ce qu’on peut appeler « la preuve des trois fois et demie dans la comparaison Congo-Sénégal », à savoir : le fait que sur la période en cours les Congolais qui sont environ trois fois et demie moins nombreux que les Sénégalais ont un revenu par habitant environ trois fois et demie plus élevé que celui des Sénégalais, et pourtant les Sénégalais peuvent prouver qu’ils ont une espérance de vie plus grande que les Congolais au moins depuis le début du 21ème siècle. Autrement dit, les Sénégalais, qui sont trois fois et demie plus nombreux que les Congolais vivent plus longtemps que les Congolais en ce 21ème siècle alors qu’ils ont un revenu par habitant environ trois fois et demie moins élevé que celui des mêmes Congolais.

« Corrélation n’est pas causalité » aiment à dire les économistes. Mais l’évidence empirique établit le lien entre, d’un côté, les performances économiques et sociales du Sénégal et du Burkina Faso, et de l’autre, leurs performances respectives en matière de gouvernance ainsi que leur trajectoire qui est caractérisé par la prévalence de la chose pour laquelle les Congolais meurent en partie, à petits feu : l’alternance démocratique à travers le respect de la règle de la limitation du nombre de mandats présidentiels successifs à deux et seulement à deux. Dans afriques, Panafrique, l’indice de gouvernance Mo Ibrahim est fourni comme d’autres indicateurs. Tous ces repères ne conduisent à constater qu’entre ces trois pays de la Zone Franc que sont le Sénégal et le Burkina Faso, d’un côté, et le Congo, de l’autre, c’est le jour et la nuit. Mais, attention ! N’oublions pas qu’au Burkina Faso Blaise Compaoré, alors Président, a été renversé par un soulèvement populaire en octobre 2014 pour avoir voulu faire ce que Sassou Nguesso a réussi en octobre 2015 : changer de Constitution pour rester « Président à vie ». N’oublions pas non plus qu’au Sénégal, Abdoulaye Wade, alors Président, avait échoué à réviser la Constitution alors qu’il tenait, par cette révision, à créer un poste de Vice-Président, lequel aurait pu être son fils, le tout, dans un régime parlementaire rêvé. Il se trouve que la rumeur est persistante, qui laisse entendre que Sassou Nguesso voudrait, cette fois-ci, réussir là où Maître Wade avait échoué. Après avoir refait le huis clos dans « la guerre du Pool », et après avoir condamné sur le modèle des cours martiales deux officiers faits généraux par lui, deux de ses proches dans la Françafrique et qui auparavant réglaient les conflits « en famille » avec lui, en l’occurrence le courageux Général Mokoko et le servile Général Dabira, lui-même, le Général Sassou Nguesso, semble inconscient devant l’étendue du champ de bataille économique et financier. On ne croira pas qu’il ait été aussi inconscient en faisant condamner à dix ans par contumace, au cours d’un procès plutôt sur le modèle stalinien, le « civil » Jean- Martin Mbemba, son ancien « allié » et ancien ministre d’Etat, l’avocat célèbre et ancien président de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France, lequel était devenu président-fondateur puis président d’honneur d’un parti démocratique depuis la Conférence Nationale Souveraine de 1991. Les Congolais iraient de bêtise en bêtise en croyant que malgré une mauvaise gouvernance sans précédent dans le domaine économique et financier du fait du pouvoir en place, il existerait un Etat de droit et une bonne gouvernance sous le pouvoir de Sassou Nguesso dans d’autres domaines même si cet a exercé le pouvoir durant presque 35 ans. A cet égard on devrait attendre de Maître Mbemba, qui est désormais en exil tout en étant avocat au barreau de Paris depuis quelques années, qu’il présente publiquement son analyse du système politique de son ancien « allié », alors qu’il semble croire en la possibilité d’une vraie justice puisque, dans un propos post-procès sur les antennes de Radio France Internationale, il n’a qualifié la sentence l’ayant frappé que par le simple « ridicule ».

Au Congo, où le ridicule ne tue pas plus que dans toute dictature traitée comme telle par Amnesty International et par tant d’autres respectables organisations de défense des droits humains, un agenda qui lie la politique et l’économie est en cours. Un agenda au profit de ce que les « Diawaristes » ne restent pas les seuls à appeler OBUMITRI ( oligarchie bureaucratique, militaire et tribaliste) même s’il semble plus pertinent, de nos jours, de parler d’ OAMITRI ( oligarchie affairiste militaire et tribaliste). Cet agenda ignore l’économie et ne traite que de la politique en termes de manipulation et sans Etat de droit, s’agissant de la cible qu’est le peuple, c’est-à-dire la majorité écrasante de la population en dehors de l’OATRI.

Inconscient ou plutôt insouciant face à la misère économique et sociale du peuple congolais, Denis Sassou Nguesso, dont l’impunité à vie et celle des protégés est garantie par son actuelle Constitution en matière de crimes économiques et humains et autres délits, est vraiment conscient et soucieux lorsqu’il s’agit de la conservation du pouvoir par « le nord » et d’abord par lui-même ou par son fils ou par un autre militaire de sa famille plus ou moins élargie. –

Dès lors, une question appelle des réponses pratiques, des réponses par l’action: comment les citoyennes et les citoyens libres du Congo peuvent-ils empêcher la monarchisation à travers une succession dynastique au sommet du pouvoir d’Etat, même si en 2015 Denis Sassou Nguesso avait réussi son « 18 Brumaire » ? C’est aussi de ce point de vue qu’il faut prendre en compte les circonstances créées par la nécessité institutionnelle dans laquelle se trouve le pouvoir de Brazzaville de signer un accord, tôt ou tard, avec le FMI. Et ce, étant donné que la nette remontée des prix du baril de pétrole n’apportera, au mieux, que des ressources résiduelles, et au pire, qu’un simple mirage pour endormir une population qui doit savoir ce qui suit : les recettes pétrolières de l’Etat sont hypothéquées – au moins à moyen terme –, l’incertitude étant encore plus grande avec le scénario d’une élection présidentielle en 2021 qui reste une rumeur pour endormir « les opposants ».

Nouvelles circonstances historiques, nouvelles mobilisations populaires. « L’international » suivra. Et le « Dialogue inter-congolais sous l’égide de la communauté internationale » que « les Assises» demandent depuis 2015 sous des conditions données pourrait alors avoir lieu après ce que nous devons appeler la « fin DU règne de Denis Sassou Nguesso », après le rétablissement de la Constitution de 1992 amendée et pendant que fonctionnera une « Commission Vérité, Justice, Réparations et Réconciliation » ( « Commission ya ki muntu, ya bo moto », si l’on veut). Celle-ci, dans le cadre d’une logique de « justice transitionnelle » dont l’efficacité se voit aujourd’hui avec le cas très actuel de la « Commission Vérité et Dignité » en Tunisie.

En cette année du 55ème anniversaire de la révolution d’août 1963, retenons que la fatale question du leadership et des ego a toujours trouvé sa réponse dans les circonstances, à travers l’histoire de l’Humanité. Et ceci, avec le peuple et des véritables leviers qui soient en capacité de démultiplier les synergies, de « rassembler ce qui est épars » : personnalités courageuses et intelligentes ; syndicats autonomes et indépendants, légaux et illégaux ; associations libres, formelles, informelles, non formelles et implantées dans les « masses », c’est-à-dire dans la société ; réseaux (networks) et réseaux sociaux ; parents et amis ; confessions religieuses déjà réveillées par la « Déclaration des évêques » de mai 2018. Et Tout cela, au-delà des partis politiques du « système ». Mais, avec des partis politiques indépendants du « système »,  qui puissent démontrer qu’ils sont responsables devant le peuple … avec, à la fois, une conscience avérée de la dynamique de la Conférence Nationale Souveraine de 1991 et une conscience établie des leçons du mouvement populaire de mai-octobre2015. De nos jours, depuis l’année 2015, les fonctionnaires tchadiens qui font chaque année des grèves de plusieurs mois apportent la preuve que les politiques d’austérité qui sont programmées pour le Congo, au niveau de la CEMAC et du FMI, sont celles qu’ils combattent déjà face à un régime politique qui est tout à fait similaire à celui du Congo ( Lire sur le web les articles de l’intellectuel organique Mohamed Ali Abali régulièrement publiés dans le journal « Ndjaména bi-hebdo).

En somme, disons-le : se trouve justifié le fait qu’un Congo meilleur est possible, avec la dynamique collective lancée par le Réseau de la Société Civile Congolaise Libre à partir du Mémorandum de Mai 2018, et en travaillant main dans la main, sous des formes diverses et variées, avec les forces vives qui fonctionnent et qui peuvent fonctionner plus efficacement sur le territoire congolais.

Nous devons sauver notre « bien commun », notre patrie, le Congo, qui est aujourd’hui « l’homme malade » de la Zone Franc et de l’Afrique pro-démocratie!

Noël Magloire NDOBA

Project leader: “People’s University for Research-Action: Democracy, Development, Economy, Peace, Powers “ (PURADDEPP Project).

N.B. La PURADDEPP (antérieurement, le PURADDEP) vous invite à :

Télécharger le Mémorandum FMI15Mai18

– VOUS INSCRIRE SUR LA DEUXIÈME LISTE DES MEMBRES DU « RÉSEAU DE LA SOCIÉTÉ CIVILE CONGOLAISE LIBRE » (tout simplement en envoyant un mail à l’adresse E-mail suivante: assises.secretariat@gmail.com, avec, à titre indicatif, nom, prénoms, profil professionnel ou académique ou scolaire, association, pays de résidence). Inscription obligatoire pour les personnes et les associations de la diaspora, mais facultative pour ceux et celles qui résident au Congo.

Notes

 En référence au référendum illégal du 25 octobre 2015 sur le changement de Constitution. Lien de l’émission « Le Grand Débat » de la radio Africa numéro 1 à laquelle j’avais participé le 20 octobre 2015 : https://www.africa1.com/podcasts/le-grand-debat-du-mardi-20-octobre-2015-8291

2 Sur la crise économique et financière au Congo, j’ai pu régulièrement m’exprimer dans des médias internationaux. Voici quelques liens : https://www.youtube.com/watch?v=h4tnjVnd3Es ; https://www.youtube.com/watch?v=r6xWcwUEw7U ; https://soundcloud.com/dialimpa/invite-bbc-midi-221217-noel-magloire-ndoba

3 https://www.imf.org/fr/News/Articles/2018/04/19/pr18137-imf-staff-concludes-program-negotiation-mission-to-the-republic-of-congo

4 Au Congo, d’avril 1996 à octobre 1997, le PURADDEP, pluridisciplinaire, avait mobilisé une grande partie des enseignants-chercheurs avec un comité scientifique composé de figures aussi prestigieuses et de divers horizons ethniques que l’économiste camerounais Samuel Nana Sinkam, les Congolais Emmanuel Dongala, Dominique Ngoïe Ngalla, Jean-Baptiste Taty Loutard, Nestor Makounzi Wollo, Paul Nzété, l’auteur du présent article étant alors le coordinateur du programme. Devenu consultant de l’Agence de la Francophonie à Libreville, j’avais fait poursuivre une expérience du PURADDEP : le concours de dissertation des élèves des classes de terminale sur le triptyque démocratie- développement – paix. Le concours avait eu lieu en 2001 et en 2002 à l’échelle de tous les pays de la zone Afrique centrale et océan indien, avec une distribution des prix à Libreville à « La Cité de la Démocratie ».

5 Lien sur un moment fondateur la plateforme Assises Nationales du Congo : l’adoption de la charte de 2014 https://www.youtube.com/watch?v=8q23S0zqZIA&t=12s

6 Lien sur ce livre : https://www.youtube.com/watch?v=C3O1PyVNXtg

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