Tribune libre

59 ans, pour une réflexion vers une nation tournée vers l’avenir dans l’unité

PAR:   JEAN-CLAUDE BERI

(Article publié le 22 mai 2010, remis au goût du jour)

L’année 2017 est  marquée par la célébration des 59 ans d’indépendance du Congo-Brazzaville. Malgré la tristesse qui gagne de plus en plus les congolais à l’occasion de cet anniversaire, il  nous paraît inexcusable de ne pas esquisser une réflexion sur le bilan de ces cinquante-neuf années passées. Le Congo-Brazzaville a-t-il su tirer  profit de cette accession à la souveraineté internationale ? Le sujet mérite d’être abordé sans un esprit arabesque et sans polémique inutile.

Le premier constat que l’on observe est que, malgré les avantages immenses en ressources naturelles, le Congo-Brazzaville reste, sans l’ombre d’un discours hypocrite quelconque, à la traîne du train du sous-développement pris par bon nombre de ses voisins africains. Aussi, si l’on peut percevoir  dans ses rapports déséquilibrés avec le reste du monde, notamment avec la France, les dirigeants congolais  qui se sont succédés depuis les années 1960, à quelques exceptions près, ont plutôt manifesté une seule volonté, se maintenir au pouvoir contre vent et marrée dans une ambiance très souvent teintée de  coups d’Etat, de guerres civiles,  de mauvaise gouvernance, de népotisme, de  corruption, de concussion, de gabegie financière, d’enrichissement personnel et illégal, de trafic d’influence et autres maux qui contribuent au sous-développement du pays, de manipulation des institutions et des règles démocratiques les plus élémentaires, qui ont caractérisés la gestion du  pouvoir dans ce pays.

Certains dirigeants ont fait du tribalisme politique un mode de gestion du pouvoir. Autant de questions qui suscitent notre curiosité intellectuelle sur le bien-fondé de vouloir  célébrer ces 59 ans alors que beaucoup d’interrogations restent en suspens.

A mon à avis, il n’y a rien de réjouissant pour le Congo.  Notre pays a été  incapable de tirer profit  de notre immense richesse intellectuelle, culturelle, en sol et sous-sols, et surtout incapable de comprendre l’importance de mettre les talents au service de la nation et de son développement. 59 ans après le semblant d’indépendance que nous avons eu, une fois de plus nous démontrons notre incapacité à participer à l’évolution de notre nation.

En 59 ans,  avons-nous pu offrir à notre population une vie décente ? On peut noter sans risque de se tromper que  les défis socio-économiques soulevés par une population galopante et non maîtrisée augmentent  avec acuité et ne cessent de se complexifier chaque jour notamment dans les centres urbains : plus de 2/3 de la population urbaine vit dans un habitat précaire et insalubre dépourvu de tout, sans services essentiels… L’absence d’un vrai programme d’assainissement expose aujourd’hui  les populations vivant dans les grandes villes  aux phénomènes d’inondations récurrentes et surtout à une pénurie sans précédent  en eau potable et électricité.

59 ans, c’est l’âge de la sagesse, un âge où l’on vient vous consulter pour votre culture, votre perspicacité à aborder les sujets, à régler les problèmes, bref votre sagesse… Le Congo-Brazzaville, le 28 Novembre 2017,  a eu exactement  59 ans.  Il paraît pourtant comme un malvoyant à qui on doit tenir la main pour traverser une rue.

A 59 ans,  pourquoi notre pays demeure un Etat avili dont-on apprend encore à lire et écrire ? Un Etat qui ne peut décider par soi-même de son avenir. Quelle honte !  Un président qui se précipite aller émarger à Abidjan  alors au moment où le pays célèbre son anniversaire dans le démuni le plus total et le climat politique tendu, est-il responsable ?

Pendant que certains Etats (Rwanda, le Ghana, l’Angola..) ont estimé réfléchir sur le comment sortir leurs pays de la médiocrité chronique où ils sont maintenus par les politiques néocolonialismes qui ne cessent de les assujettir, la haute autorité congolaise  a estimé privilégier les escapades abidjanaises pour aller cirer les pompes de l’ancien colonisateur.  Comme pour mieux appuyer cette thèse de l’infantilisme de l’homme politique congolais.

En 59 ans, le Congo est devenu le pays de la mafia  au sommet de l’Etat 

Trafics d’influences, commerces illicites, malversations, paradis fiscaux, sociétés offshore, corruption… malgré les discours réformateurs sans contenus que nous chantent les responsables politiques congolais le virus de la mafia est bel et bien installé au sommet de l’Etat congolais érigé de surcroît en méthode de gouvernance politique.

L’impunité et l’enrichissement illicite gangrènent  à toutes les sphères du sommet de l’Etat.

Le système économique et financier instauré par nos politiques au pouvoir s’accommode  fort bien avec des comportements « mafieux » observés. Une «corruption scientifique» est entretenue au sommet de l’Etat. Ces maux et antivaleurs qui s’enracinent au sein de la société congolaise ne cessent de prendre de l’ampleur et inquiètent toute conscience humaine.

Ces antivaleurs reprennent leur place de choix dans le processus de destruction du pays et constituent le plus grand ingrédient contributeur au sous-développement du Congo. Quand la Banque Mondiale et le FMI demandent l’éradication de ces antivaleurs, le gouvernement s’empresse à exposer des fonctionnaires de « seconds couteaux » qui perçoivent plusieurs salaires et pensions de retraites. Ou encore un acharnement du FMI sur un pays pauvres et faible. Pourtant les faits sont patents démontrant l’immaturité politique et économique du Congo dans la gestion de la chose publique.

Détenir un parc auto de moins de 5 voitures de luxe est une infamie, une seule villa est un tar, l’étalage d’une fortune honteusement acquise est presque devenue une nécessité, une distinction de réussite. Quand bien même l’on sait que cette corruption  réduit gravement notre capacité de pouvoir s’attaquer sérieusement à l’éradication de la famine et de la malnutrition dont les conséquences négatives sur les capacités intellectuelles et physiques des populations sont évidentes.

L’impossibilité de pouvoir combattre efficacement des maladies comme le paludisme, le sida et d’autres maladies endémiques éradiquées ailleurs depuis longtemps, et dont la persistance, voire l’aggravation, résultent de la détérioration continue des conditions de vie des populations…  Rien qu’en mois de mai 2016, des agissements indignes d’un Etat de droit et qui prouve le manque d’exemplarité au sommet ont été perpétrés par des agents dont les ramifications et des soutiens douteux au sein d’une «  mafia étatique » ne laissent aucun doute. Cette classe des crasseux politiques qui dirigent le Congo depuis 20 ans ont semé de plus  grands dégâts presque assimilable à des calamités économiques ne cesse de souiller la république

En 59 ans d’indépendance  le Congo subit encore   les confiscation des libertés fondamentales, la fermeture du plus grands hôpital de pays (Chu), du CNLS et de bon nombre d’entreprises publiques et privées, la privation de salaires,  pas plus tard qu’il a deux jours une bastonnade des opposants  et ,l’ enfermement de certains d’entre eux.  Ceci sans compte le  risque d’une année blanche pour les étudiants de l’Université Marien Ngouabi…

59 ans, pour une réflexion vers une nation tournée vers l’avenir dans l’unité

Ne serait-il pas l’occasion d’organiser une vraie rencontre entre congolais pour réfléchir à une sortie de crise face au dilemme sociopolitique  que traverse le pays depuis 1997 ?  Comme chacun le sait plusieurs milliards ont été débloqués pour magnifier des dialogues historiques qui n’ont eu historiques que de noms. Or aucun Congolais n’ignore que l’ambiance dans le pays n’est pas à la fête, tant les défis restent énormes.

Au chapitre sanitaire, la situation n’est guère reluisante. La pandémie du Sida, le paludisme et la tuberculose ne cessent de progresser dont les enfants et les femmes sont les plus vulnérables. Outre ces pandémies, la mortalité maternelle et infantile progresse alors que le paludisme reste encore la première cause de mortalité du pays, détruisant parfois  des familles entières, auxquels s’ajoutent la poliomyélite, le choléra, la méningite, la bilharziose, la fièvre typhoïde, les AVC et les nuisances sonores provenant des lieux de cultes et des bars dancing et sur les voies publiques,  etc., et la sous‐alimentation reste une équation insoluble.

L’agriculture n’a jamais décollé, pire encore elle est devenue archaïque et dépendante de l’extérieur. On préfère octroyer des milliers d’hectare aux fermiers Sud-africains autres étrangers, au lieu de privilégier et d’encourager la préférence nationale. Un manque de considération inadmissible pour le paysan congolais a qui l’on fait croire qu’il est incompétent alors même qu’on lui refuse tous les moyens nécessaires pour son développement.

L’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 slogan pompeux des années 80 est vite oubliée et rangé dans les tiroirs. Sans oublier que le pays en 59 ans d’indépendance peine à sortir de son insuffisance en matière d’infrastructure routières. Moins 2000km  construit en 59 ans, dont 60%  hérité de la colonisation. Le Congo demeure très enclavé malgré une richesse insolente. Et tout ceci malgré les milliers des milliards engloutis dans les fameuses municipalisations accélérées qui n’ont eu d’accélérer que la vitesse à laquelle les fonds ont été détournés du trésor public

Après 59 ans d’indépendance, le Congo-Brazzaville a du mal  à décoller et à se concentrer sur une  stratégie de sortie du sous‐développement ou de pauvreté presque chronique.  Le pays ne cesse de  se tourner vers  l’ancienne puissance coloniale et des institutions financières internationales qui s’amusent à venir en terre africaine  donner des leçons à notre jeunesse déboussolées. C’est aberrant de voir un jeune africain questionner l’ancien colon ne fusse président soit-il sur l’électrification de son pays. Cela montre que le degré de l’immaturité  des rapports entre la jeunesse africaine et leurs propres responsables a atteint des proportions graves

Après cinq décennies  d’indépendance, doit-on réellement s’interroger si l’ancienne puissance colonisatrice avait correctement coupé le cordon ombilical ?  L’heure n’est-elle pas venue d’aborder un nouveau virage pour s’affranchir de la servitude néocoloniale ? Ceux qui pensent que l’Afrique doit demeurer  le terrain de jeu des mêmes politique ayant prévalu depuis des décennies minimise la grande ferveur qui gagne cette nouvelle Afrique jeune et décomplexée. Celle-ci aspire au changement politique pays. Elle veut tourner la page.

En tout cas la situation observée un peu partout dans tout  le pays, donne tristement raison aux arguments brandis par certains observateurs qui visitent notre pays et qui  remarquent ; «  les congolais ne s’aiment pas»; « les congolais aiment faire la fête au détriment de s’investir sur l’avenir » ;  « les congolais sont tous corrompus  »; « ils aiment  le pouvoir pour le pouvoir sans une ambition collective ». La liste est longue de ces remarques qui fleurissent sans cesse sur l’image d’un pays à la dérive.

Aussi, on ne peut réfuter ces propos, même avec un triplement de l’aide au développement, le rééchelonnement de la dette à répétition, l’effacement de la dette, l’admission au PPTE,   les demandes de prêts etc.…

Le congolais vivait mieux en 1972 qu’en 2017, selon la Banque Mondiale. Certes, les termes de l’échange ont toujours été défavorables aux jeunes économies congolaises. Certes, les subventions que certains pays occidentaux accordent à leurs producteurs portent une concurrence déloyale aux productions congolaises. …

Néanmoins, il faut aussi savoir se mettre en cause devant les échecs et les difficultés en 59 ans d’indépendance. C’est trop facile de chercher toujours du côté de l’autre les causes de son mal être. Ne serait-il pas aussi utile de regarder du côté de nos responsables.  Il est urgent de penser une alternative à l’échelle africaine, la mise en place de réseaux et d’institutions capables de défendre les droits et les libertés publiques et politiques, le droit de la défense pour les prisonniers politiques, le droit d’asile et la protection pour les réfugiés; de garantir l’exercice des libertés démocratiques, menacées un peu partout par l’usage systématique de la fraude électorale.

Plus des trente années sur les cinquante-neuf d’indépendances la richesse du Congo a été siphonnée en partie par les amazones NGUESSO et les Al caponne NGUESSO. Nous avions déjà mentionné dans nos colonnes sur le site www.dac-presse.com : « …les filles du clan Sassou n’ont rien à envier à leurs frères en matière de corruption, d’achat de conscience, de « détournement ». Car c’est bien de ça qu’il s’agit. C’est la valse observée depuis quelques années du clan des amazones qui ne lésinent pas sur les méthodes ni encore moins n’ont aucun scrupule pour s’approprier toute unité de production susceptible de générer des bénéfices de façon douteuse. Autrement comment expliquer, au moment où tous les Congolais croupissent dans la misère et la pauvreté que Claudia, Cendrine, Christelle, Ninelle baptisées les quatre amazones, toutes nées Sassou Nguesso, battent le pavé de l’opulence ? Ces filles Sassou seraient-elles les seules femmes crédibles auprès des banques congolaises pour s’offrir les crédits exorbitants qui leur permettent aujourd’hui de tout acheter ou de morceler l’économie du Congo ? » (1)

Comme on peut le constater, nous pouvons produire une bible de preuves très accablantes qui non seulement condamnent ce système moribond mais apportent les éléments pouvant justifier ne fusse qu’une ouverture d’enquête sur toutes les personnes dont les noms sont cités par ces multiples accusations fortuites ou justifiées. Dans ce contexte comment ce gouvernement puisse se targuer de demander aux congolais de serrer la ceinture ?

Est-il logique qu’un Président se paie des pavillons à travers le monde  et une armada de voitures de grand luxe à coup de milliards, alors qu’une bonne partie de son pays est encore complètement enclavée ?

Est-il concevable qu’un Président s’étonne de l’état de délabrement de sa capitale entourée des immondices forçant ainsi son peuple à y cohabiter alors aucun effort n’est fait pour y remédier  depuis 59 ans?

Est-il logique que l’on change de gouvernement sous des critères totalement partisans  teintés d’un clientélisme notoire qui se pavane dans les rues de Brazzaville en étalant une fortune douteusement acquise alors que plus de 58 % de sa population ne mange pas à sa faim ?

Est-il logique que des membres du gouvernement fêtent des milliards au moment où les hôpitaux de leur pays n’ont même pas de coton et fauteuils roulant pour les handicapés ?

Est-il logique qu’un président nomme de force un député ayant été désavoué par les électeurs bafouant ainsi toutes les règles élémentaires de la démocratie ? Pourquoi le président peut-il demander à un ministre de réinstaller dans son fauteuil un DG qui venait d’être suspendu ?

Quel partenariat avec les Institutions Financières Internationales et autres bailleurs, au‐delà des emprunts, des échelonnements et annulations de dettes habituels tant que les pilleurs connus ne sont ni inquiétés, ni sanctionnés ?

N’est-il pas temps que l’Organisation panafricaine fasse son introspection en examinant les causes qui conduisent aux coups d’État et autres crises politico-institutionnelles à la place des condamnations tous azimuts après coup et des rencontres UA et France complétement hors temps ?

NON !  59 ans  d’indépendance ne méritent pas une rencontre entre les pays africains et la France  mais bien une réflexion sur notre politique de gouvernance.

Autant de questionnements entre autres, que les congolais  doivent se poser aujourd’hui à la place des gesticulations actuelles.

Le développement du Congo passe nécessairement par les Congolais eux‐mêmes. Ça, c’est un fait ! Ainsi, le contexte actuel du Congo  interpelle tous congolais, diaspora comme populations de l’intérieur, même si les élites, notamment politiques, ont une responsabilité première de l’état du pays.

En effet, le destin du Congo est entre les mains des Congolais, qui malheureusement, se sont plutôt présentés,  à ce jour, comme les véritables fossoyeurs tout en criant au loup. Il est temps de s’arrêter et de reconnaître que « les ennemis du Congo sont les congolais » eux‐mêmes. C’est un peu trop facile de mettre tout sur le dos des autres, sans oser regarder avec responsabilité, les actes que l’on pose chaque jour, sa manière de faire et sa manière d’être dans un monde qui se complexifie chaque jour.

Ce cinquante-neuvième anniversaire doit être fondamentalement, l’heure de l’introspection et sur comment faire pour sortir le Congo  du sous-développement, de la pauvreté et du mal gouvernance chronique. La célébration de ces 59 ans d’indépendance, doit avant tout se décliner sous l’angle d’une nouvelle tonalité écartée de tout perspectif victimaire, pour interroger la vraie réalité des pratiques de gouvernance instaurées au pays depuis ces dernières années. En un mot le départ de Sassou et de tout son clan s’impose car ils sont l’incarnation de l’ethnocentrisme, du vol, de l’enrichissement illicite, l’absence du respect des libertés fondamentales des citoyens. Bref, le Congo est malade à cause de ses dirigeants criminels et barbares actuels.

Jean-Claude  BERI

 

 

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