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60 e anniversaire: entre crise financière et désordre social, le Congo se meurt

60 e anniversaire entre crise financière et désordre social, le Congo se meurt

Article remis au goût du moment

Par :  Jean-Claude BERI

En 60 ans d’indépendance, le bilan est affligeant. Les guerres civiles, les crises, la pauvreté jalonnent le parcours de ce qui a été autrefois capitale de la France libre et le berceau de l’éducation africaine plus particulièrement l’AEF.  Un pays sans projet politique cohérent et continue, sans véritable politique économique sérieuse et rassurante ; le niveau de formation des équipes dirigeantes est noyé dans la perfidie et la corruption, les dirigeants choisis pour la plupart par affinité plutôt que pour leur compétence, la démission des intellectuels à jouer leur rôle d’incitation aux réveils des consciences. Le Congo se meurt à petit feu sous une liesse d’un peuple drogué à la corruption, la fainéantise et la dépravation.  Pendant ce temps certains dirigeants enivrés par le pouvoir et partisans du moindre effort tuent et massacre ses enfants en particuliers dans le pool. L’année 2020 sera marquée par la   célébration des 60 ans d’indépendance pour bon nombre de pays africains francophone dont le Congo-Brazzaville.

Malgré la liesse qui gagne le pouvoir de Brazzaville habitué à caricaturer les chiffres et les bilans économiques, il nous parait inexcusable de ne pas esquisser   une réflexion sur le bilan de ces 60 dernières années dont plus de la moitié sous le règne de SASSOU.

Le Congo-Brazzaville a-t-il su tirer profit de   cette accession à la souveraineté internationale ? Le sujet mérite d’être abordé sans un esprit arabesque et sans polémique inutile.  Le premier constat que l’on observe est que, malgré les avantages immenses en ressources naturelles, le Congo-Brazzaville reste, sans l’ombre d’un discours hypocrite et mensonger, à la traîne du train du développement pris par bon nombre de ses voisins africains.

Aussi, si l’on peut percevoir  dans ses rapports déséquilibrés avec le reste du monde, notamment avec ses partenaires africains  les dirigeants congolais  qui se sont succèdés depuis les années 1960, à quelques exceptions près, ont plutôt manifesté une seule volonté, se maintenir au pouvoir contre vent et marrée dans une ambiance très souvent teintée de  coups d’Etat , de guerres civiles,  de mauvaise gouvernance, de népotisme, de  corruption, de concussion, de gabegie financière, d’enrichissement personnel et illégal, de trafic d’influence et autres maux qui contribuent à l’enfoncement du pays dans les bas fond du sous-développement. A cela vienne s’ajouter la manipulation des institutions et des règles démocratiques les plus élémentaires, qui ont caractérisés la gestion du pouvoir dans ce pays. Certains dirigeants en particulier ceux issus du parti au pouvoir ont fait du tribalisme politique un mode de gestion du pouvoir.

Autant de questions qui suscitent notre curiosité intellectuelle sur le bien-fondé de vouloir célébrer ces 60 ans avec faste, alors que beaucoup d’interrogations restent en suspens qui suscitent une immense inquiétude.

Un président mal élu et rejeté par la plupart des congolais enferme les démocrates congolais sous des motifs fallacieux et sans aucun doute dans un souci évident de pérennisation au pouvoir. Que le peuple s’accroche à un énième discours d’un président dictateur pour quémander des rallonge d’aides financières est tout simplement un aveu de la non maîtrise de la gestion d’un Etat et la proclamation de la mauvaise gouvernance et l’abandon d’un quelconque combat pour la démocratie.

Le peuple devrait se lever pour libérer ses prisonniers et non un dictateur qui les a injustement enfermés dans des geôles insalubres de les libérer pour témoigner d’un humanisme ignoble. Demander l’amnistie de sassou c’est reconnaître ce fou comme Président. NON !! SASSOU n’est pas le président du Congo. Désolé, je le dis depuis 23 ans et ma petite intelligente me recommande de continuer à le dire.

De même, on peut noter sans risque de se tromper que les défis socio-économiques soulevés par une population galopante et non maîtrisée augmentent    avec acuité le chômage qui se complexifie chaque jour notamment dans les centres urbains : plus de 2/3 de la population urbaine vivent dans un habitat précaire et insalubre dépourvus de tout, sans services essentiels…

L’absence d’un vrai programme d’assainissement expose aujourd’hui les populations vivant dans les grandes villes aux phénomènes d’inondations récurrents et surtout à une pénurie sans précédent en eau potable et électricité. Ce sont là des réalités quotidiennes de plus 5 millions de congolais

Les périodes d’embellie économique due à la hausse du prix de pétrole connues ces 15 dernières années ont servi à alimenter les comptes offshores des dignitaires qui ont choisi de privilégier les intérêts égoïstes au lieu d’investir dans des projets de relance d’emploi pour les jeunes.

Plus de 14 000 milliards se sont volatilisés ruinant ainsi l’avenir de toute une génération. Les entreprises hier florissantes sont bradées et livrée à la rapacité des investisseurs étrangers qui se délectent de posséder aujourd’hui des parts dans les grandes sociétés comme Société d’Electricité du Congo et La SNDE pour mieux assujettir encore les congolais.  Drôle d’indépendance…. Qui l’aurait cru que l’histoire donnerait raison à René DUMONT. Sa mise en garde prémonitoire va au-delà de la simple mise en garde car certains pays africains creusent leur propre tombe par ses propres fils

Selon la tradition congolaise, 60 ans c’est l’âge de la sagesse, un âge où l’on vient vous consulter pour votre culture, votre perspicacité à aborder les sujets, à régler les problèmes, bref votre sagesse devient une bibliothèque pour l’avenir. Seulement le Congo-Brazzaville paraît pourtant comme un malvoyant à qui on doit tenir la main pour traverser une rue. A 60 ans, le Congo-Brazzaville demeure un Etat avili qui multiple les recettes immatures, accroît son acculturation par l’abandon d’une politique éducative sérieuse.  Aujourd’hui 43,73%, des jeunes décrochent   sans un diplôme scolaire. L’enfant congolais aujourd’hui est incapable de lire et écrire en arrivant au CM1. Quelle honte !

Pendant que certains Etats voisins (Guinée équatoriale, Angola, Rwanda…)   ont estimé réfléchir sur le comment sortir leurs pays de la médiocrité chronique où ils seraient maintenus par les politiques néocolonialismes qui ne cessent de les assujettir, ont investi sur l’économie la plus sur du monde : l’homme. Au Congo l’homme est placé au bas de l’échelle, les idiots s’entourent des plus idiots qu’eux pour pérenniser la médiocrité.

Comme pour mieux appuyer cette thèse de l’infantilisme de l’homme politique congolais, la corruption est aujourd’hui érigée au rang de sport national. Pompeusement on nous présente l’un des plus grands voleurs du Congo-Brazzaville, ces 20 vingt dernières années, Denis Christel SASSOU NGUESSSO comme le futur sauveur du Congo, le modèle de réussite congolais. Ce congolais rendu célèbre par le nombre de médias qui se gargarisent face à sa capacité extraordinaire de piller les richesses du Congo. Demain on voudrait nous le présenter comme le candidat de l’espérance.  Drôle de sketch !!!

Quand la mafia règne au sommet de l’état ?

Trafics d’influences, commerces illicites, malversations, paradis fiscaux, sociétés offshore, corruption… malgré les discours réformateurs sans contenus que nous chantent les responsables politiques congolais, le virus de la mafia est bel et bien installé au sommet de l’Etat congolais érigé de surcroît en méthode de gouvernance politique. La devise du nouveau dirigeant du PCT est la suivante « On te nomme, vole et vole encore, demain ça sera le tour d’un autre de voler »

Le système économique et financier instauré par nos politiques au pouvoir s’accommode fort bien avec des comportements « mafieux » observés. Une « corruption scientifique » est entretenue au sommet de l’Etat. Ces maux et antivaleurs qui s’enracinent au sein de la société congolaise ne cessent de prendre de l’ampleur et inquiètent toute conscience humaine. Ces anti-valeurs reprennent leur place de choix dans le processus de destruction du pays et constituent le plus grand ingrédient contributeur au sous-développement du Congo.

Quand la Banque Mondiale et le FMI demandent l’éradication de ces antivaleurs, le gouvernement s’empresse à exposer de petites mesures, fonctionnaires « seconds couteaux » qui perçoivent plusieurs salaires et pensions de retraites. Des ministres dont on veut s’en débarrasser des menus fretins, pour se dédouaner de la grosse escroquerie que le Congo n’est jamais connue et surtout dont les responsables sont connus de tous.

 Plus de 150 milliards évaporés pour une route qui n’a jamais vu le jour dans les plateaux. Près de 220 milliards seraient investis pour la constructions des 12 hôpitaux dans du Congo. Seulement ces hôpitaux sont introuvables sur le territoire congolais. Des filles et fils sassou qui achètent des villas à tout va en dépouillant le trésor et les entreprises d’Etat congolais.

Avec le COVID 19, les congolais découvrent avec stupeur la quasi- inexistante des infrastructures adéquates et un système sanitaire totalement embryonnaire. Les frustrations des congolais et les décès dus au désordre de la Commission en charge des malades du covid-19, dans ce qui reste encore qu’on peut qualifier d’hôpital avec son lot d’imprécision et de légèreté est pollué par une administration sanitaire corrompue.

La confiance dans ces installations est au plus bas.  Le cas, par exemple, du mauvais diagnostic qui a déferlé la chronique sanitaire congolaise ayant couté la vie à de madame Chloé Bafouidi Nsoni, testée post-mortem négative au covid-19 et le diagnostic en rétropédalage du général MOKOKO sont autant des points qui montrent que notre système de soins et l’hôpital congolais tuent plus qu’il ne soigne. Cette institution sanitaire, on le croirait, poursuit d’autres desseins que ceux de sauver des vies.

Aussi, le flou et la falsification des chiffres, on nous parle de 1821 cas dont 525 guéris et 47 morts sèment le doute et le désordre sur la crédibilité de la commission en charge du COVID19

Les dignitaires au pouvoir s’organisent pour détruire le seul Hôpital capable de soigner convenablement les populations en le transformant en un mouroir à ciel ouvert.  En 60 ans des agissements indignes d’un Etat et qui prouvent le manque d’exemplarité au sommet ont été perpétrés par des agents dont les ramifications et des soutiens douteux au sein d’une « Mafia étatique » ne laissent aucun doute et ont périclité le CHU aux abimes d’un hôpital de la mort. Oui René, vous aviez raison, le Congo est mal parti….

Qu’attendre des promesses d’un homme qui a abimé, divisé, ruiné et surtout transformé le Congo en une terre de barbare ou les militaires tuent les populations civiles, les policiers massacres dans des commissariats, des paisibles démocrates injustement incarcérés Rien….

Comment peut-on de satisfaire des nominations des maires sur des critères farfelus « d’anciens cobras qui a combattu » Le cas de MOUNBENDA, maire de TIE-TIE devrait interpeller plus d’un congolais

Comment comprendre que Mr Emmanuel Ollita ONDONGO, retraité de son état et âgé de 84 ans, puisse être nommer, en Conseil des Ministres, Président de la Haute Autorité de la Lutte contre la Corruption, ce qui parait inimaginable ailleurs est une réalité au Congo. La lutte contre la corruption au Congo étant une des critères exigés par le FMI figurant parmi ses 41 mesures, cette légèreté frise l’irresponsabilité même de celui qui les nomme

60 ans pour une réflexion vers une nation tournée vers l’avenir

Ne serait-il pas ici l’occasion d’organiser une vraie rencontre entre congolais pour réfléchir à une sortie de crise face au dilemme sociopolitique que traverse le pays depuis l’arrêt brutal de la démocratie congolaise en 1997 ?

Comme chacun le sait plusieurs milliards ont été débloqués pour magnifier semble-t-il les 60 e années d’indépendance. Or aucun Congolais n’ignore que l’ambiance dans le pays n’est pas à la fête, tant les défis restent énormes.

Au chapitre sanitaire, la situation n’est guère reluisante. La pandémie du COVID 19 ne cesse de progresser Outre cette pandémie, la mortalité maternelle et infantile progresse alors que le paludisme reste encore la première cause de mortalité du pays, détruisant parfois  des familles entières, auxquels s’ajoutent la poliomyélite, le choléra, la méningite, la bilharziose, la fièvre typhoïde, les AVC et les nuisances sonores provenant des lieux de cultes et des bars dancing et sur les voies publiques,  etc., et la sous‐alimentation reste une équation insoluble.

L’agriculture n’a jamais décollé, pire encore elle est devenue archaïque et dépendante de l’extérieur. On préfère octroyer des milliers d’hectare aux fermiers Sud-africains, au lieu de privilégier et d’encourager la préférence nationale. Les chinois qui polluent les terres du nord par une agriculture agressive et dégradante de l’environnement.

Les vieilles recettes de villages coopératifs qui ont pourtant échoué en Europe de l’Est refont surface chez nous à IGNE et NKOUO à 80km au nord de Brazzaville. Un manque de considération inadmissible pour le paysan congolais a qui l’on fait croire qu’il est incompétent alors même qu’on lui refuse tous les moyens nécessaires pour son développement.

L’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 slogan pompeux des années 80 est vite oublié et rangé dans les tiroirs. Le Congo demeure très enclavé malgré une richesse insolente.

Après 60 ans d’indépendance, le Congo-Brazzaville a du mal à décoller et à se concentrer sur une stratégie de sortie du sous‐développement ou de pauvreté presque chronique.  Le pays ne cesse de se tourner des institutions financières internationales.

Après six décennies d’indépendance, doit-on s’interroger si l’ancienne puissance colonisatrice avait totalement coupé le cordon ombilical ?  L’heure n’est-elle pas venue d’aborder un nouveau virage pour s’affranchir de la servitude néocoloniale ? En tout cas la situation observée un peu partout dans tout le pays, donne tristement raison aux arguments brandis par certains observateurs qui visitent notre pays et qui remarquent ; « les congolais ne s’aiment pas », « les congolais aiment faire la fête au détriment de s’investir sur l’avenir » ; « les congolais sont tous corrompus », « ils aiment le pouvoir pour le pouvoir sans une ambition collective ». La liste est longue de ces remarques qui fleurissent sans cesse sur l’image d’un pays à la dérive.

Est-il logique qu’un député, fut-il fils de président se paie des pavillons à travers le monde et une armada de voitures de grand luxe à coup de milliards, alors que le pays croupit sous une dette et un désordre social innommable ?

Est-il concevable qu’un Président s’étonne de l’état de délabrement de sa capitale entourée des immondices forçant ainsi son peuple à y cohabiter alors que les maires détournent les milliards à leur profit ?

Est-il logique que l’on nomme des maires sous des critères totalement partisans teintés d’un clientélisme notoire qui se pavane dans les rues de Brazzaville en étalant une fortune douteusement et honteusement acquise ?

Est-il logique que des membres du gouvernement aillent se faire soigner à l’étranger a coup de million alors même ou les hôpitaux de leur pays n’ont même pas de coton et fauteuils roulant pour les handicapés ?

Pourquoi le président peut-il demander à un ministre de réinstaller dans son fauteuil un DG qui venait d’être suspendu ?

Peut-on gouverner sérieusement un pays lorsque les policiers deviennent des assassins du peuple ?

NON !  60 d’indépendance cha cha cha (pour paraphraser mon frère Éric MAMPOUYA) ne méritent pas une fête grandiose mais bien une réflexion sur notre politique de gouvernance.

Autant de questionnements entre autres, que les congolais doivent se poser aujourd’hui à la place des fastes insouciants. Le développement du Congo passe nécessairement par les Congolais eux‐mêmes. Ça, c’est un fait ! Ainsi, le contexte actuel du Congo interpelle tous congolais, diaspora comme populations de l’intérieur, même si les élites, notamment politiques, ont une responsabilité première de l’état du pays.

En effet, le destin du Congo est entre les mains des Congolais, qui malheureusement, se sont plutôt présentés, à ce jour, comme les véritables fossoyeurs tout en criant au loup. Il est temps de s’arrêter et de reconnaître que « les ennemis du Congo sont les congolais » eux‐mêmes.

C’est un peu trop facile de mettre tout sur le dos des autres, sans oser regarder avec responsabilité, les actes que l’on pose chaque jour, sa manière de faire et sa manière d’être dans un monde qui se complexifie chaque jour.

Ce 60e anniversaire doit être fondamentalement, l’heure de l’introspection et sur comment faire pour sortir le Congo du sous-développement, de la pauvreté et du mal gouvernance chronique. La célébration de ces 60 ans d’indépendance, doit avant tout se décliner sous l’angle d’une nouvelle tonalité écartée de tout perspectif victimaire, pour interroger la vraie réalité des pratiques de gouvernance instaurées au pays depuis ces dernières années. Cela passe avant tout par la démission de sassou et son gouvernement et l’instauration d’une transition. Surtout pas à la course aux élections de 2021 qui ne sont que plus au moins la consolidation d’un pouvoir inique que tout congolais rejette.

Jean-Claude BERI

DAC

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