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Congo-Brazzaville – La « Conga » ou la « Tumbadora » née à Cuba, de parents Kongo (Bantou)

 

 

CLEMENT OSSINONDE

La « Conga » ou Tumbadora ». Quand elle apporte du plaisir aux « Rumberos » et aux « Salseros » c’est parce qu’elle est boxée avec méthode et frénésie. La légende lui impute le pouvoir de faciliter le dialogue des vivants avec le séjour des…morts. Les harmonistes disent qu’elle représente à elle seule un orchestre symphonique.

Instrument de percussion

D’origine Kongo, la Conga (tam-tam) apparaît à Cuba au XVI° siècle. C’est un instrument de percussion en forme de tambour à une membrane et qui comporte différentes tailles, si bien qu’on en joue de trois ou quatre à la fois.

La conga, également appelée « Tumbadora » (Tambour Congo) désigne aussi plusieurs éléments musicaux cubains ou latins : un instrument de musique, un rythme, une formation musicale ou une danse. Le percussionniste jouant des congas s’appelle un conguero.

I – L’incontournable « Ngoma » (Tam-tam)

A propos des instruments de musique bantoue, le premier a dû être la percussion ; le « Ngoma  » (Tam-tam). La forme grossière du «  Ngoma  », c’est assurément le tronc d’arbre creusé dans le sens de sa longueur, bouché aux extrémités.

Le « Ngoma  » actuel avec peau d’animal à sans doute marqué un âge inconnu. De même les instruments à cordes sont le témoignage d’un progrès intellectuel. Entre eux et le « Ngoma  », les premiers peuples bantous ont dû «  inventer » les grelots en enfermant des grains dans un récipient sonore, les sifflets, etc.

L’âge des métaux a donné le jour à toute une série d’instruments perfectionnés pour accompagner le « Ngoma », comme les gongs, les clochetes, les hochets.
Comme pour la danse et les instruments de musique, le chant a évolué au fur et à mesure que les intelligences évoluaient. On peut donc dire que la danse et le chant accompagnés par le « Ngoma » ont donné naissance à ce que nous appelons aujourd’hui la musique folklorique ou ancestrale, issue des groupements ethniques bantous que comprend le bassin du Congo , voire l’Afrique noire, et transmis de père en fils.

II – L’influence du « Ngoma » (Tam-tam)

En 1948, lorsque l’éditeur grec Nico Jeronimidis a créé la plus grande maison phonographique à Léopoldville (Kinshasa), il a visé juste en attribuant à sa firme l’appellation « Ngoma ». N’est-ce pas pour honorer ce instrument incontournable de notre musique que l’éditeur grec a pris conscience de son importance, au point même de conjuguer ce nom par le verbe ; «  Kina  » (Danser) pour trouver l’appellation réelle et statutaire de sa Firme : «  Kina-Ngoma » (danser au rythme du Ngoma). Mais par soucis d’abréviation, « Ngoma » est le diminutif qui apparait sur les pochettes et les disques.

En 1950, les éditeurs belges (d’origine juive) Salomone et Joseph Moussa Benatar, créent leur nouvelle maison de disque, et lui attribue l’appellation « Kina  » (danser), sans savoir que la Maison Ngoma détenait ce prénom dans ses statuts. Drôle de coïncidence pour laquelle la Maison Ngoma rappelle à l’ordre, les frères Benatar.

Faute d’entente, les tribunaux rendent justice en faveur de Ngoma. Les frères Moussa Benatar se voient obliger d’opter pour l’appellation « Opika » (Tenir bon). Allusion faite à bien se tenir pour battre le «  Ngoma » (tam-tam).

En 1953, Joseph Kabaselle – a le mérite d’introduire pour la première fois dans un orchestre moderne, l’African Jazz, l’instrument traditionnel « Lokole » (à l’instar d’Antoine Moundanda en 1954 pour la « Sanza  ».) . Le « Lokole », est un autre genre de Ngoma fait d’un tronc d’arbre, d’environ 0,50 m, fendu au milieu, et qui se joue , assis ou debout, avec deux bouts de battons.

III – L’Aller et Retour du « Ngoma » (Tam-tam)

A) – L’ALLER (avec la traite négrière)

Au XVIème siècle, pendant la traite négrière, notre « Ngoma » actuel avec peau de bête accordée à l’aide de la flamme de feu, a fait un aller triomphal dans les Caraïbes, particulièrement à Cuba, contrée qui a légué le plus grand nombre d’instruments de percussion bantous, parmi lesquels deux genres qui prédominent :

01) La « Conga  » ou « Tumba  ». Ce tambour est issu de notre « Ngoma », avec peau d’animal. Il est utilisé par la plupart des orchestres. Large d’un mètre environ, rond, ouvert, il n’a qu’une peau, tendue à l’aide de clés et non plus à la flamme de feu. On peut en jouer soit assis, soit debout, soit en marchant. Mais la plus grande caractéristique de la « Tumba », c’est, l’assemblage de trois, tambours joués alternativement par un batteur. Chaque tambour produisant un son propre, l’ensemble compose un système de six notes qui permet d’associer à la richesse rythmique un aspect mélodique développé.

02) Les « Bongos  » instrument composé de deux tambours reliés par une planche en bois est issu de notre ancien « Patenge ». Le plus aigu est appelé « Macho » (male), le plus grave « Hemba  » (femelle). A l’origine, on tendait les peaux à la flamme, aujourd’hui au moyen de clés. Placés entre les genoux, on les frappe des paumes, de mains et du bout des doigts. D’abord uniquement utilisés par les groupes de « Son », ils figurent à présent dans tous les orchestres de la Salsa et de la musique afro-cubaine en général.

B) – LE RETOUR (avec Marie-Isidore Diaboua « Lièvre »

Il faut attendre 1954, pour voir arriver à la firme « Loningisa » des frères grecs Basile et Athanase Papadimitriou, à Kinshasa, les premiers tambours « Tumbas » et « Bongos » cubains, après leur initiation dans la même année au sein de l’orchestre brazzavillois « Euro-Africain  » (Bantous Sextet). En effet, les tambours « Tumbas  » et « Bongo » cubains sont introduits en orchestre à Brazzaville, par le grand percussionniste-flûtiste, Marie Isidore Diaboua, le premier à se perfectionner, au contact avec les artistes caribéens de passage à Brazzaville.

C) – La particularité des Tambours « Tumbas » et « Bongo » cubains

Si le « Ngoma  » est un instrument populaire joué chez nous depuis la nuit des temps, cependant, la seule différence avec la Tumba cubaine, c’est qu’elle nous revient dans une forme moderne. Le cadre obéit à des angles bien perfectionnés, la peau n’est plus accordée au contact du feu mais à l’aide de écrous que l’on serre et desserre. Ce ne sont plus trois batteurs qui jouent chacun un tambour, mais ce sont trois tambours assemblés et joués par un seul batteur. Etant entendu que le timbre varie d’un tambour à un autre.. Il en est de même pour les « Bongos » qui constituent deux batteries cylindriques au lieu d’une seule, rectangulaire comme à l’époque du « Patenge  » (tambour rectangulaire)
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Marie-Isidore Diaboua et ses deux acolytes Liberlin de Shoriba Diop et Jacques Pella « Lamonta » ont gagné leurs lettres de noblesses aux éditions Loningisa de Kinshasa, pour avoir été les premiers à introduire les « Tumbas » en studio et à accompagner les nombreux musiciens et groupes de cette écurie. Ce fût une grande avancée pour la musique congolaise, qui ne pratiquait auparavant qu’un Tam-tam (Tumba), un Lokole ou un « Patenge » (Bongo)

D – L’Importance des Tumbas (dans sa structure de trois tambours assemblés)

C’est depuis 1955, que tous les orchestres congolais ont opté pour l’introduction des Tumbas dans leur structure rythmique, Cle marque le début d’un âge d’or d’une ambiance rythmique et entrainante dans les « Rumberos » et deux ans après, en 1957 dans les «  Salseros  ». On atteint l’époque de la consécration du rythme musical cubain. L’essentiel c’est la danse, dominée certes par la Rumba, mais également par le cha cha cha, la guaracha, la charanga…dont l’ensemble constitue aujourd’hui la Salsa.

La concurrence des tumbas avec les drums

Si les deux genres prédominants de la percussion ; les Tumbas et les Bongos ont fini par avoir droit de cité, dix ans après, ils seront alors en concurrence ouverte avec les Drums et atteindre un niveau de « swing » fortement élevé, au point où ils sont devenus incontournables.

Parmi les meilleurs percussionnistes qu’a connus la musique congolaise, le nom de Marie-Isidore Diaboua est sans conteste, celui qui vient en tête, pour avoir été l’initiateur. Il n’a cependant pas exercé longtemps en Orchestre, au point, où son élève Saturnin PANDI passe pour être, le plus grand technicien congolais de tous les temps. Pandi, plébiscité en 1957, meilleur batteur du Pool, il s’est imposé définitivement, jusqu’à sa disparition en 1996, comme le seul à pouvoir jouer parfaitement toutes les musiques cubaines, et qui a accompagné les plus grands groupes de la musique congolaises, tous styles confondus.(son séjour à Cuba avec Les Bantous Décembre 1974-Janvier 1975 en dit long)

Entre autres grandes renommées de la Tumba, les plus représentatifs et les plus en vogue, dans les années 50 et 60, citons Nicolas Bosuma « Dessoin » et Simon Moke (OK Jazz)- Antoine Kaya « Depuissant » (African Jazz), Denis Loubassou « Tintin » (Negro Band) Etienne Diluvila, Yantula Elengesa « Petit Pierre » et Willy Bofomba, (African Jazz), Fanfan Kalala (Nickelos) , J.Félix Pouela « Dupool », (Négro-band, OK Jazz et Bantous), Domsis Nzonzi (Maquisards), Weteto « Micorason », Siméon Malonga « Rikky », Massengo (Bantous), Tochino Biniakounou (Cercul Jazz- Orch.de la jeunesse), Ignace Makirimbia , Otar, Luxor Okombi, Danos, etc.

Enfin, citons quelques groupes qui ont générés les grands percussionnistes, notamment, les Ballets : (sans pouvoir les citer tous) Ballets Diaboua, Lemba, Nfina, Les Tambours de Brazza, Le groupe Boketsu, Tambours de Sukumba, etc.

Clément Ossinondé

 

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