Economie

À combien la dette du Congo-Brazzaville s’élève-t-elle réellement ?

Par: La griffieinfos Journal

À ce jour, la dette publique extérieure du Congo est estimée à environ 120 % du produit intérieur brut (PIB). Une annonce faite en août dernier qui a eu l’effet d’une petite bombe. En effet, ce taux est bien supérieur à celui de 77 % annoncé quelques mois plus tôt et très éloigné du 3e critère de convergence des pays de la Cemac qui plafonne l’encours de la dette publique à 70 % du PIB. En outre, la dette intérieure n’est pas incluse dans les estimations actuelles. Du coup, la dette totale pourrait avoisiner 200 % du PIB. De quoi mettre en péril l’équilibre macro-économique et financier du Congo, mais aussi des pays de la zone.

La deuxième caractéristique de cette dette est qu’elle a été négociée par trois acteurs : le ministre des Finances, en principe seul habilité à engager le Congo à l’extérieur sur le plan financier, le ministre de l’Aménagement du territoire et des Grands Travaux (ex-DGGT) et la Société nationale des pétroles (SNPC). Troisième particularité, une partie de cette dette est restée longtemps cachée, des créances contractées notamment par la SNPC et les Grands Travaux n’ayant pas été remises à la Caisse congolaise d’amortissement (CCA), l’organe technique du ministère des Finances chargé du suivi et de la gestion de la dette. Ainsi, ni le ministère des Finances ni la CCA n’ont été en mesure de dresser un état précis de l’endettement du pays.

Enfin, dernier trait, une partie de la dette congolaise a été gagée sur le pétrole. Il s’agit notamment de prêts alloués par la Chine, principal créancier du pays, avec laquelle le Congo a conclu en 2006 un partenariat stratégique. Et de prêts faits à la SNPC par des sociétés de négoce en pétrole en échange de futures livraisons d’or noir. Outre la méconnaissance de leur montant et les coquettes commissions qu’ils auraient permises, certains ont été détournés de leur objet. Selon l’ONG suisse Public Eye, les 750 millions de dollars octroyés par Gunvor à la SNPC n’ont pas été utilisés pour les investissements de l’entreprise mais pour une autre société.

Valse des chiffres

L’annonce de l’arrivée d’une mission du FMI à Brazzaville laisse à penser que tous les documents réclamés sont parvenus au Fonds. Autant dire qu’ils sont passés au peigne fin car il s’agit de faire la clarté sur plusieurs points : qui a prêté, à qui, combien, sur quelle durée, à quelles conditions, à quel taux (concessionnel ou non) et à quelles fins ? Parallèlement à l’analyse des créances, une projection des recettes à venir sera établie pour évaluer le gap financier.

Il faut faire vite. En effet, à court terme, c’est un soutien à la balance des paiements que le FMI doit apporter aux pays de la Cemac, pour éviter une dévaluation du franc CFA, la monnaie commune. L’aide budgétaire viendra plus tard, quand sera bouclé un programme, accompagné de réformes structurelles spécifiques à la situation du Congo et conforme au cadre de référence prédéfini par la Cemac.

Alors que vont débuter les négociations entre le FMI et le Congo, la population congolaise, déjà frappée par la montée du chômage qui a suivi le choc pétrolier de 2014, et par des arriérés de salaires qui touchent des catégories de fonctionnaires, s’interroge et s’inquiète. Comment le Congo en est-il arrivé là ? Jusqu’où la baisse de son pouvoir d’achat ira-t-elle ? À quelle austérité devra-t-elle encore se plier ? Beaucoup ont encore en mémoire les ajustements structurels des années 1980 et 1990 qui ont été douloureux pour eux.

La griffieinfos Journal

 

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