03/09/2014

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Rencontre littéraire avec Henri Lopes l’occasion de la parution de son livre «Une enfant de Poto-Poto»

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« Une enfant de Poto-Poto » ou la douce mélancolie des tropiques est sans conteste le meilleur roman d’Henri LOPES sur les huit que constituent sa riche littérature, dont il est une mémoire vivante de la littérature africaine d’expression française.

En parcourant « Une enfant de Poto-Poto » et pour citer Boniface MONGO-MBOUSSA, on se fait une idée d’un roman du « parler-écrit dans lequel les dialogues jouent un rôle capital. C’est d’ailleurs ce que nous réveille l’extrait de son entretien avec Henri LOPES.

Brazzaville est certes présente dans  Une enfant de Poto-Poto, mais on voyage beaucoup dans ce roman, qui se déroule sur trois continents. Cette errance littéraire est-elle fortuite ou participe-t-elle du métissage ? Ou bien obéit-elle simplement aux exigences des personnages ?

H.LOPES: Ce va et vient sur trois continents répond d’abord à la logique interne du récit. L’horizon des intellectuels congolais sous la colonisation – ceux qui se nommaient les « évolués » - était limité aux frontières de l’Afrique Équatoriale Française (Congo, Gabon, Oubangui, Tchad) sur lequel se greffait un rêve de « Métropole », c’est-à-dire de France. A partir de 1945, les intellectuels en herbe, c’est-à-dire les étudiants, entrent dans la diagonale Congo-France : deux continents. Avec l’indépendance, l’éventail des bourses offertes est plus ouvert, d’autres horizons apparaissent. KIMIA, mon héroïne, est envoyée en Amérique de manière fortuite : trois continents. Cela la rend plus proche de son professeur, son mentor, à la limite son Pygmalion, un mulâtre à la peau si blanche, aux yeux si bleus, à la chevelure si blonde qu’on le prend pour un moundélé. Que le métissage soit une obsession chez moi, pourquoi le nier ? Je l’assume et le dépasse. Mais le dépassement n’est pas possible sans acceptation de, sans enracinement dans, son identité première… Mais vous m’amenez à m’égarer dans les sentiers compliqués de la réflexion philosophiques, alors que je ne suis philosophique, alors que je ne suis qu’un romancier ; un conteur d’histoire.

Le personnage central du roman éveille les passions, amoureuses et littéraires, suscite des vocations. Une enfant de Poto-Poto peut-il être lu comme un « roman de formation » ?

H.LOPES: Vous êtes plus fort que moi dans la nomenclature littéraire. Je crois effectivement qu’Une enfant de Poto-Poto est un roman d’apprentissage. Du moins, pour une part. C’est aussi un roman sur la condition d’une génération. La mienne, la vôtre, celle des enfants de la diaspora. Des êtres venu d’Afrique et qui se font leur place dans le monde. Une génération prête à abolir les frontières pour se situer dans l’essentiel.

Franceschini meurt. Mais le roman est un hymne à la vie. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

H.LOPES: Au cours de mon travail de création et d’écriture, je ne me pose pas ce genre de question. En tout état de cause, il est légitime que les lecteurs accueilleront ce texte dans les mêmes dispositions que vous et entendront un hymne à la vie. Pour ne pa éluder votre question, je pourrais dire, avec légèreté, qu’il s’agit là encore d’une fusion des contraires, d’un métissage ou, de manière pédante, qu’il s’agit d’un moment de la dialectique ou l’objet se change en son contraire. Plus simplement, je dirais que tel est le cours des choses, qu’ainsi va la vie. Un fleuve qui, après avoir bondi et dansé en sarabande du côté du Djoué, coule et court irrémédiablement vers son embouchure et se dissout dans l’océan. La mort est un moment du cycle de la vie. La vie est remplie de morts…

La musique congolaise habite, traverse ce roman. Cette référence quasi obsessionnelle à ce que l’on appelle joliment sur les deux rives du Congo les « merveilles du passé » ne témoigne-t-elle pas finalement d’une certaine nostalgie, voire d’une mélancolie douce ?

H.LOPES: J’ai toujours été frappé par la place de la rumba dans la vie de mes compatriotes. Que vous soyez accueilli à Paris, à Ouagadougou, à Moscou ou à Los Angeles, disons loin, très loin du pays, par un congolais que celui-ci soit marmiton, « sapeur », professeur de philosophie ou de physique nucléaire, huissier ou ambassadeur, dès qu’il fera démarrer sa voiture, ce n’est pas le bruit du moteur que vous entendrez, mais la dernière rumba à la mode ou un pot-pourri des « merveilles du passé ». La rumba congolaise est le manioc et le piment quotidiens de nos compatriotes. Leur adjuvant alimentaire, leur hygiène de vie, leur carte d’identité intrinsèque. La congolitude de Franschini – ce personnage à la peau blanche et l’âme nègre – s’exprime et s’impose justement le soir où ce moundélé non seulement danse comme un enfant du village, mais surtout entonne « en langue » une rumba oubliée de notre patrimoine musical. Hymne à la vie équatoriale ou douce mélancolie des tropiques ? C’est au lecteur d’en décider.

L'écrivain congolais Henri Lopes, dont les œuvres sont devenues des classiques de la littérature africaine contemporaine, est également homme politique et diplomate.

Clément OSSINONDE




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