Paul Ndombé de son appellation originelle, nous a brulé la politesse le 24 mai 2012 en fin d’après-midi à Kinshasa suite à un arrêt cardiaque.
Chanteur-auteur-compositeur émérite, Opétum était âgé de 68 ans dont 49 ans de carrière professionnelle au plus haut niveau dans les orchestres «Afrisa», «Afrizam» et le «Tout-puissant Ok jazz».
Paul Ndombé a vu le jour le 21 janvier 1944 à Bagata, province de Bandundu au Congo-Léopoldville. Ses études terminées, il entre dans l’administration publique comme fonctionnaire au ministère du plan à Kikwit. Parallèlement, il s’essaie dans l’orchestre «Select Jazz» puis dans «Fiesta» de Kikwit.
Venu passer les vacances à Kinshasa dans la deuxième moitié des années 60, il intègre l’African Fiesta National de Tabu Ley qui devient son mentor. Ce dernier lui apprend les rudiments du métier et Ndombé Opétum le reconnaissait volontiers, se refusant à tronquer ou falsifier l’histoire.
Rochereau, son 1er maître
Déjà à l’époque, commencer sa carrière de chanteur venu de l’arrière-pays auprès de Rochereau dans l’African Fiesta des années 1968, en remplacement de Sam Mangwana parti vers d’autres cieux, le plaçait à un niveau d’exigence qu’il fallait absolument relever. Et Pépé Ndombé se montra à la hauteur du défi. Les chroniqueurs musicaux et les mélomanes apprécièrent.
Sa première chanson «Longo», suivie de «Hortense» le propulsent dans la cour des grands.
Son «odyssée» dans l’Afrisa, au moment où Tabu Ley tout feu tout flamme lance sur le marché des titres d’anthologie comme «Bonne année na Noël», «Ki makango mpé libala» etc., place Opétum dans une position où pour ne pas demeurer en reste, il complète ce répertoire par «Mutambula» et «Basi basalaka» confirmant ainsi son talent. Vint ensuite l’apothéose de la prestation de Tabu Ley à la salle mythique de l’Olympia fin 1970. Ndombé Opétum fait partie de l’aventure dans l’ombre, avec Athel Bumba comme guitariste soliste, Mavatiku Michelino guitariste accompagnateur, Empopo Loway «Déesse» saxo-phoniste et Molenga Seskain drummer.
De retour de l’Olympia toujours dans l’Afrisa, à l’époque où la musique de l’orchestre «Les Grands Maquisards» surplombait la musique zaïroise, Ndombé fit de la résistance avec la chanson «Bati miso» particulièrement apprécié du public. Lorsque Tabu Ley crée le «Soum Djoum» une variante de la rumba congolaise pour refaire surface sur l’échiquier, avec des chefs-d’œuvre comme «Silikani», «Mundi», «Selija», Ndombé épaule son mentor Tabu Ley avec «Chéri Samba».
L’univers de la musique étant fait de revendications diverses, d’intrigues et de volonté d’émancipation, la séparation entre Tabu Ley et Ndombé Opétum intervient en 1972. Ce dernier crée l’orchestre Afrizam, rejoint dans cet ensemble par Sam Mangwana, Athel Bumba (ex sociétaire de l’Afrisa), Espérant Kisangani, Faugus etc.
Les titres «Zibola 20ème siècle », «Olondo», «Kayi-Kayi», «Béa Walo» etc. consacreront Ndombé Opétum comme leader et chef d’orchestre capable de voler de ses propres ailes.
Malheureusement cette épopée ne dure pas longtemps et en 1976, il intègre le Tout-Puissant Ok Jazz de Franco Luambo Makiadi.
Franco 2ème maître
Sa première chanson dans l’Ok Jazz «Voyage na Bandundu», est un véritable plaidoyer en direction de tous ceux qui, notamment son mentor Tabu Ley, voyaient en lui «l’un des grands dépositaires» de l’école African Jazz qui ne pouvait aller se fourvoyer dans l’école «Odemba» de l’Ok jazz. Il prend le contrepied de cette vision, en arguant que Vicky Longomba et Brazzos, anciens musiciens de l’Ok jazz excellèrent bien dans l’African Jazz à l’occasion de leurs prestations à la Table ronde belgo-congolaise de 1960 à Bruxelles.
Il fera les beaux jours de l’Ok Jazz aux côtés des Josky Kiam-bukuta, Michel Boyibanda, Youlou Mabiala, Wuta May, Ntésa Dalienst, Lola Checain, Jo Mpoye, Madilu Système etc.
De sa discographie dans cet orchestre on retiendra: «Masha-ta», «Youyou», «Mawé», « Nayébi ndengue bakoléla ngaï», «Jenny» etc.
En 1989 à la mort de Franco, et suite à une brouille avec la famille de ce dernier sur fond de quotité des dividendes à partager, Lutumba Simarro, Josky Kiambukuta, Ndombé Opétum quittent l’OK Jazz pour créer le Bana OK qui ne fera pas long feu.
Depuis un certain temps, la carrière de l’artiste avait connu un ralentissement jusqu’à sa disparition subite le 24 mai 2012. Ndombé Opétum était une âme sensible, émotive. On l’a plusieurs fois vu éclater en sanglots lors des obsèques de Lola Checain son collègue chanteur de l’OK jazz et devant la dépouille mortelle de Pépé Kallé Yampania etc.
Il laisse plusieurs enfants dont Baby Ndombé, ex sociétaire de Wengué Musica de Werra Son, qui a choisi le métier de chanteur comme son géniteur.
Adieu l’artiste, que la terre de tes ancêtres te soit légère.
Roger Pao - source Le Patriote
Pepe Ndombe Opetum & OK Jazz dans Mawe






Commentaires
Poussant le culot plus loin, ses collègues demandent nommément aux Congolais de Brazzaville de leur venir en aide. Lorsque les musiciens congolais de Brazzaville meurent, à l’instar tout récemment de Nino Malapet et Antoine Moundanda, quelle a été la contribution des musiciens et des mélomanes de Kinshasa qui ont dansé au rythme de ces deux grands musiciens de talent ?
À la suite du décès du chanteur, auteur et compositeur Ndombe Opetum, les musiciens qui constituent le comité d’organisation de ses funérailles écument les chaînes de télévision pour quémander l’aide financière afin disent-ils « d’inhumer dignement leur collègue ».
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