Article en hommage aux nombreux Congolais qui ont perdu la vie, suite à l'explosion, survenue le 4 mars 2012, d'un dépôt de munitions, à Brazzaville...
Voici déjà un certain temps que je milite en faveur d'une fusion des ministères de la santé et de l'environnement (1,2). Ceci dit et rappelé, la récente explosion d'un dépôt de munitions, dans un quartier populaire de Brazzaville - autrement dit "en milieu urbain" (Mpila)-, ne fait que me conforter dans ma résolution à poursuivre le combat, quitte à engager un débat constructif et objectif. Bref rappel...
A y regarder de plus près, l'explosion qui vient d'endeuiller Brazzaville est révélatrice d'un problème d'aménagement du territoire (3). En d'autres termes, les défaillances dans le respect des normes et standards en matière de construction, d'habitat et d'urbanisme ont été fatales à plus d'un Congolais. En attestent les conséquences préjudiciables, non seulement à la sécurité et responsabilité environnementales, mais également à la santé publique. Pour ainsi dire, des paisibles citoyens ont reçu de plein fouet, en l'espace de quelques minutes, une part non négligeable de la force de frappe et de la puissance de feu de leur pays. A méditer...
De ce qui précède, il apparait aujourd'hui nécessaire, si ce n'est urgent, de fusionner les ministères de la santé et de l'environnement (1,2). Exemple concret: une telle fusion permettrait, entre autres atouts préventifs et prévisionnels, de ne plus aménager des infrastructures dangereuses (dépôts de munitions, dépôts de carburant, usines chimiques, etc.) dans des zones à forte densité de population (4). Tout compte fait, les autorités sanitaires, partie prenante de la nouvelle configuration ministérielle, auraient désormais leur mot à dire dans la délivrance de certains permis de construire. Affaire à suivre...
Engageons-nous dans une nouvelle donne. Alors, et seulement alors, nous cesserons de faire cohabiter, dans un rayon de moins de 500 mètres, un dépôt de munitions, des stations d'essence, un nombre conséquent d'établissements scolaires, des marchés à ciel ouvert, des commerces et, cela va de soi, des... habitations (souvent précaires). Ainsi que, détail valant son pesant d'or, un... HÔPITAL (5). Ainsi donc se résume un scénario-catastrophe dont les Brazzavillois n'avaient pas besoin...
Cela étant: dans l'immédiat, il s'agit de panser des blessures et meurtrissures, dont beaucoup, des années durant, resteront cuisantes et lancinantes. Toutefois, le moment venu et convenu, nous n'aurons pas d'autres choix que celui, aujourd'hui incontournable, de repenser certaines pratiques, dès lors que: "Émerge aussi ce qui peut sauver lorsque les périls montent. Car c'est quand le danger est le plus grand que le salut est aussi le plus proche" (Friedrich HÖLDERLIN, poète). Chacun l'aura compris: je ne perds pas espoir (6).
Osons bousculer l'ordre des choses, quitte à faire chavirer un décor qui n'a plus sa place: Tel est, en définitive, le meilleur hommage que nous, Congolais, puissions rendre à nos compatriotes éprouvés. Ne nous voilons donc pas la face: Ne pas protéger une "population meurtrie" n'est rien d'autre qu'un... "meurtre en puissance".
J'insiste et persiste: osons. Sinon...
Docteur Michel ODIKA
1. Santé et environnement: fusion ministérielle inéluctable
2. Santé publique et sécurité environnementale
3. Santé publique et aménagement du territoire
4. Soit dit en passant: le Congo-Brazzaville dispose, actuellement, d'un "Ministère de la Santé et de la Population". Or, qui dit "population" dit, inéluctablement, "environnement", les deux notions étant indissociables et interdépendantes...
5. A l'attention des lecteurs qui ne connaissent pas le Congo ni Brazzaville, l'Hôpital de Talangaï, situé dans la zone sinistrée, a été en grande partie détruit. Comme l'ont été des infrastructures scolaires de premier plan. Mis à nu, le symbole ne peut qu'être fort, alors très fort, à partir du moment où l'explosion a gravement porté atteinte à deux des principaux piliers du développement durable que sont la santé et l'enseignement. A méditer...
6. "Prenez un homme, frappez-le: il en restera toujours quelque chose" (Bertolt BRECHT, dramaturge et metteur en scène). Message d'espoir à quoi fait écho: "On ne peut pas détruire un homme" (Ernest HEMINGWAY, romancier). Et tout ceci constitue, en définitive, le sens, profond, de l'hommage que j'entends rendre à nos compatriotes...





Commentaires
Le docteur Alain Deloche est venu prêter main forte aux médecins congolais. Ce chirurgien, qui travaille pour l'association la Chaine de l'Espoir, est bouleversé par le manque de moyens et par l'ampleur de la catastrophe.
Il s'agit de l'accident le plus meurtrier de ce type, dans des dépôts d'armes et de munitions, depuis 10 ans dans le monde.
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