01/10/2014

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Les ravages de la fièvre de l’or

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Dans l’ouest du Congo Brazzaville, de nombreux jeunes se lancent à la recherche de l’or. Quelques-uns réussissent. Mais cette quête fiévreuse d’un revenu présumé facile perturbe gravement le mode de vie traditionnel.

Mayoko, district du département du Niari: trois jeunes orpailleurs s’activent. Deux ont des pelles en mains. Le troisième tient un seau et verse en cadence de l’eau dans une caisse en bois pour laver le gravier. Aussi déterminés que peu bavards…

« Nous travaillons par groupes de trois, indique tout de même Vivien, pailleteur depuis 2002. Quand nous trouvons de l’or, nous le vendons ensemble et partageons l’argent. Un orpailleur peut gagner jusqu’à 50 000 Fcfa (76 €) par jour ». Urbain, devenu orpailleur après avoir quitté les forces armées en 1995, dit gagner mieux sa vie aujourd’hui.

L’exploitation de l’or dans cette région aurait commencé dans les années 1960. Aujourd’hui, les jeunes, parfois très jeunes, persuadés de pouvoir gagner de l’argent en un temps record, sont nombreux à tenter leur chance.

Le manioc et les élèves se font rares

« En une semaine, j’ai eu 60 g d’or, soit plus d’un million de Fcfa (plus de 1 500 €) », évalue Blaise. D’autres, comme Aubain, gardent les pieds sur terre : « Avec cet argent, j’ai acheté douze chèvres que j’ai envoyées à mon père à Mossendjo. Aujourd’hui, j’ai un cheptel de 32 cabris ».

Son exemple reste assez isolé. Bon nombre de jeunes ont abandonné les travaux agricoles. « A Mayoko, quand on a la chance de trouver du manioc sur le marché, les gens se précipitent. Les prix augmentent », témoigne M me Mareze, mère de quatre enfants. Gina résume la situation : « La fascination des jeunes pour l’orpaillage est la cause de nos maux. Nos villages n’ont jamais connu de telles difficultés ! »

Autre conséquence inquiétante : le manque d’assiduité des enfants à l’école. Certains, âgés de 7 à 15 ans, vont chercher des pépites le samedi, d’autres y vont le matin et suivent seulement la classe l’après-midi, quand ils ne sèchent pas les cours toute la journée.

« Des amis m’ont initié. Je travaille souvent les samedis. Cela m’a permis d’acheter mes fournitures scolaires cette année », se justifie Guy, 14 ans.

Hilaire Mavoungou, chef du village de Mayoko-poste, s’inquiète aussi de la venue d’autres orpailleurs. Selon lui, il y aurait près de mille habitants de Kinshasa et des Camerounais dans la zone. En général, ils travaillent un peu à l’écart, pour éviter des tensions avec des nationaux.

« Les autorités doivent réglementer ce travail »

Le plus souvent, l’or reste un travail collectif où chacun joue un rôle précis. Fragonale, chef d’un collectif de jeunes à Mayoko, explique : « Nous menons des actions pour chercher l’or. Une fois que nous le repérons, nous recrutons des jeunes dans le village pour l’exploitation. »

Une organisation qui n’empêche pas les gens de se détourner de leurs activités habituelles vitales. Basile Gandjongo, chef de service au ministère des Mines et de la géologie à Brazzaville, explique : « Nous identifions les sites, organisons les artisans en coopératives, les dotons en matériels pour qu’ils augmentent leur capacité de production. Les autorités doivent aussi prendre des mesures drastiques pour réglementer ce travail et exiger l’achat de permis d’exploitation de sorte que les enfants repartent à l’école et que les jeunes s’intéressent à l’agriculture ».

Jean Thibaut Ngoyi

© Syfia.