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Le clan Sassou dans une gouvernance chaotique.

La pyramide du vol et de la corruption au Congo-Brazzaville

Jean-Claude BERI

Comment peuvent-ils encore tenir ? Pourquoi ce petit État d’Afrique centrale destiné à un avenir radieux, où débordent tous les tumultes d’une Afrique centrale ravagée par les conflits peut-il résister de sombrer à son tour  à cause d’une gestion calamiteuse de ses ressources?          Cette nation, c’est le Congo-Brazzaville en équilibre sur un fil qui risque de se rompre devant la cécité politique de ses gouvernants actuels.

Le gouvernement congolais a annoncé la création d’un HALC (Haute Autorité de lutte contre la corruption), la mission de celui-ci serait de restructurer l’économie du pays en élaguant les branches infectées. Ou plus clairement, «  L’objectif de cette HALC est de rompre avec les mentalités déviantes et les comportements négatifs du passé, et ce dans le souci de prévenir et réprimer plus efficacement les actes de corruption, de concussion et de fraude.»   C’est facile, ça paraît sérieux, et c’est pour sauver le pays d’une faillite imminente causée par une politique où sévit l’impunité à grande échelle depuis le retour sanglant du dictateur Sassou en 1997.

Pourtant les faits traduisent une autre réalité. Quelque chose nous dit qu’on va assister à la continuité d’un énorme gâchis. Celui d’une incapacité chronique du pouvoir politique en place à assumer depuis au moins 20 ans sa mission de lutte contre la corruption et la gabegie.

Mr Lamyr NGUELE, nommé par SASSOU est remercié pour avoir un peu trop fait du zèle. Sa commission aurait pris la liberté de citer dans un rapport remis au gouvernement son intention d’entendre la ministre Rosalie MATONDO (ministre de l’économie forestière).  Cela a suffi pour susciter le protectionnisme pervers de Sassou envers ses proches. Qui est Mme Rosalie MATONDO afin qu’elle bénéficie de ce passe-droit ? Apparemment au Congo de SASSOU, c’est la loi, on ne touche pas aux « maîtresses » de Sassou… Comment peut-on lutter contre la corruption et le vol si les corrupteurs et les voleurs sont dans son propre poulailler ?

Toujours est-il que l’important, c’est l’exécution des promesses. Or, chez SASSOU, il y a un aveu d’impuissance, du début et à la fin. Commençons par la fin : l’exécution d’un plan de lutte contre la corruption s’est toujours heurtée à la nécessité de protéger un système de démocratie clientéliste. Système qui requiert du pouvoir politique qu’il traite l’État comme la vache à lait de tous les détenteurs d’une rente financière, politique, familiale ou de situation.

Dites-moi à quoi servent ces subterfuges pour court-circuiter une commission corrompue qui, sans aucun doute sera  remplacée à son  tour par  de nouvelles bureaucraties aussi corrompues.

On entend ici et là que ça serait différent c’est une classe au-dessus… C’est une icône du management stratégique, avec des outils enseignés dans toutes les écoles de gestion. En fin de compte, on revient à la case de départ. Ce qui signifie demandé de l’aide extérieure pour renflouer les caisses…

Toute honte bue depuis plus d’une trentaine d’année, le Congo est placé sous les fourches caudines des instances internationales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, ce qui, avouons-le, n’est pas du tout une marque distinctive de réussite.

On le sait tous, que la corruption est l’une des véritables composantes du système de prédation d’Etat mis en place par le truchement du du régime PCT-CLAN–SASSOU/français-Rwandais-mercenaires et autres rapaces de la francafrique qui utilise la politique de la terre-brulée, son funeste mode de régulation. La stabilité recherchée est au prix des équilibres fragiles de cette pieuvre géante qu’il  a installé et qu’il manie avec art et une rare dextérité au Congo pour pérenniser un pouvoir familial. Malheureusement le château s’écroule comme dans un jeu de carte. Tous ces experts censés gouverner se révèle n’être que des déchets politiques incapables de gérer ne fusse qu’une simple épicerie.

En d’autres termes, SASSOU remplace la commission présidée Lamyr NGUELE par une Haute Autorité de lutte contre la corruption (HALC). Seulement, il n’innove pas. C’est faire de la transformation des ressources économiques en ressources politiques, c’est-à-dire de la corruption, un instrument de gouvernance.

En effet, le ver est déjà dans le fruit. Depuis le début SASSOU est dans le déni, la falsification, la manipulation. Pour preuve, rien n’a été fait pour ;

  1. La mise en place d’une commission électorale nationale indépendante (CENI) composée de manière consensuelle avec la participation de tous les acteurs
  2. L’organisation d’un recensement administratif sous la supervision de cette même commission électorale indépendante
  3. L’établissement des listes électorales fiables sur la base de ce recensement administratif
  4. L’établissement de nouvelles cartes en conformité avec des nouvelles listes électorales.

Nous sommes en plein dans la continuité d’un système corruptible à tel  point demain  le seul élément rassembleur commun qui réunira  véritablement les congolaises  et congolais et qui sera visible dans nos marchés, dans nos rues, dans nos villages, dans nos villes, dans nos administrations, dans nos commissariats, dans nos hôpitaux, nos entreprises, nos écoles, nos collèges, nos lycées, nos universités, dans nos églises chrétiennes, dans nos temples (Mama Olangi  Rose-croix, franc-maçon…), dans nos maisons, bref, dans tous les espaces publics, dans toutes les strates de notre quotidienneté et de la société, et plus grave encore, dans nos consciences d’Homme, c’est le parti de la corruption et de l’impunité dont les plus grands fervents défenseurs sont  répertoriés dans cette pyramide de la corruption représentés par le clan des voleurs.

Par ce fait, SASSOU se heurtera donc à l’impossibilité de justifier dans le temps le compromis originel entre le pouvoir des armes en dehors de l’État et celui de l’argent découlant du pillage planifié de l’État. Osera-t-il sacrifier les siens ?

Les antivaleurs selon SASSOU NGUESSO, c’est taisez-vous, nous, on bouffe !!

Toute cette agitation n’est qu’un subtil moyen pour gagner du temps. Or celui-ci ne peut faire l’économie d’une véritable identité politique, faite d’un récit partagé, de valeurs communes et de vraies perspectives d’avenir. Et c’est à l’État qu’il revient de formuler cette vérité. Mais l’on essaie de déguiser ce double évitement par un discours ronflant qui, sous couvert d’agitation permanente, permet au pouvoir clanique de ne rien faire et de se partager les ressources en toute tranquillité. Au mieux protéger les vrais responsables du pillage systémique des richesses du pays.

Car derrière cette façade démocratique affichée se cache en réalité un régime oligarchique, au service de quelques intérêts minoritaires, qui protège ses privilèges derrière une muraille clanique. Cette oligarchie ou cette ploutocratie n’est élue par personne, n’est responsable devant personne mais contrôle les banques, détient la dette publique, privatise les rivages et les montagnes, possède la galaxie médiatique, accapare les ressources publiques et confisque la parole du peuple à travers les vieilles structures des partis politiques calcifiés.

Dans cette démocratie de façade la seule valeur qui compte  est l’argent, le seul moyen de se faire entendre est de posséder une arme et le seul moyen d’exister est de partir. L’État n’est plus qu’un fonds d’investissement qui vend de la dette publique, et le ministre des Finances un courtier d’obligations publiques stériles.

On espérait une rupture, on a eu droit à une continuité. À la continuité de l’immobilisme. La lutte contre la corruption est avant tout un choix politique, transparent, partagé, compris par tous et auquel tous adhèrent. Elle adresse en premier lieu la question de savoir comment valoriser la dignité humaine ? Serait-ce par le discours du mensonge ?

En effet, au Congo, la norme en vogue est la suivante. Le policier subalterne vole parce qu’il sait que son commissaire vole. Le premier conseiller d’ambassade vole parce qu’il sait que son ambassadeur de patron vole. Le Commissaire de police vole parce qu’il sait que son général en chef lui-même vole, le général de la Police vole parce qu’il sait que son ministre de l’intérieur vole aussi. Les présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle, le trésorier payeur général et les ministres volent parce qu’ils savent que leur Premier ministre tape dans les caisses et leur Président de la République est autant voleur. Et le Président de la République vole parce qu’il sait qu’il n’a de comptes à rendre ni au peuple, ni à l’armée, ni même à la justice.

Comment on est arrivé là ?

Parce que MPILA ( la présidence de la république)  est la source première de corruption et d’impunité totale. Cette chaîne est le moyen par lequel les Congolais sont reliés. Aucun secteur n’est épargné. L’ensemble du tissu social en est imprégné dans ses profondeurs. Ne faut-il pas inverser cette pyramide en place,  que  le peuple soit au sommet afin de sortir le pays de la griffure insultante de la misère et la férule caniculaire de l’extrême pauvreté dont il est contraint ?

Jean-Claude BERI

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