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Concertation de MADINGOU, l’opposition dans une opération mitigée

Concertation de MADINGOU,

l’opposition dans une opération mitigée.

Par 

Jean-Claude BERI

 

Au Congo-Brazzaville, les carriéristes politiques usent davantage du cynisme le plus abject que du rêve. Ils empruntent beaucoup à Machiavel et très peu à Thomas More. Les cyniques manipulent à leur profit les rêves du peuple naïf et sous informé. Le levé de bouclier qui a suscité mes deux précédents articles intitulés « À peine annoncée, la stratégie de l’union des forces s’effrite…. » et « Tous pourris, on fait comment maintenant…. » se révèle à juste titre que c’est  la manifestation du règne de la feinte et de la manigance. Bien que la date de ladite concertation ne soit pas encore fixée, toutes les plateformes dites de l’opposition s’y préparent pour y participer. Contrairement aux multiples sous entendus.

Ce n’est plus un questionnement, mais une certitude au regard de tractations en cours. D’ ailleurs quelles tractations dirais-je ? Il n’y a eu qu’un feuilleton, peu haletant à vrai dire sur la question de la gouvernance électorale, rempli de rebondissements, de scandales, de tension politiques égoïstes, et un peu de suspense pour faire monter la mayonnaise des rémunérations. Beaucoup de bruit dirais-je pour rien, un peu de fureur, mais rien qui soit à même de percer le mur de la dangereuse option que prélude ces élections de 2021. L’opposition demeure encerclée par SASSOU.

L’absence d’un projet commun devant réunir chaque plateforme, ces dernières diversement fanatisées tournant en rond dans leur bulle d’opposition sclérosée. Mais ce fanatisme même ne fait qu’ accroître le sentiment d’irréalité politique. Il suffit de se projeter au lendemain de l’élection de 2021 pour s’aviser de ce que notre message contenait de prophétique : Si SASSOU se présente, il sera  un président tout aussi fantoche qu’il l’est actuellement, sa légitimité à gouverner sera tout aussi introuvable pire contestable, il sera tout aussi minoritaire, injuste  et inhumain. Cela ne tient pas seulement à l’extrême égoïsme de notre opposition, mais aussi du fait qu’il soit  devenu impossible de croire honnêtement à ce qui s’y fait et à ce qui s’y dit, mais au fait que les moyens de la politique de l’opposition sont dérisoires au regard de la profondeur de la catastrophe économique en cours. SASSOU les tient tous par la bourse.

Que peut l’opposition toute tendance confondue et son univers proclamatrice d’une alternance salutaire quand s’effondrent concomitamment, la société salariale et l’équilibre sociétale d’un pays qui se noie dans un mensonge collectif.  Le sens de la vie et celui de la parole n’a plus d’importance.  l’opposition ne fait qu’ajouter au désastre le désastre. Il n’y a pas de « solution » au désastre que nous traversons, si notre opposition est celle de suivre le plan de SASSOU. Penser en termes de problèmes et de solutions fait précisément partie de ce désastre : ce n’est qu’une manière de nous préserver de toute remise en question sérieuse. Or ce que l’état du Congo-Brazzaville met en cause devrait être au-dessus de toute priorité., Ce n’est pas seulement un système d’opposition politique qui est en cause mais toute l’organisation sociale et intellectuelle, c’est-à-dire nous-mêmes, nos façons de vivre, d’être, de se lier et de penser.

Les mêmes promesses ont été faites par le même François Louceny Fall depuis 2017 pour quel résultat ?  Nous savons tous comment fonctionne les institutions internationales en particulier l’ONU. Le peuple congolais, avec eux, la communauté internationale, ont, en mémoire, le conflit désastreux du 5 juin 1997 qui a basculé le Congo dans l’horreur. L’ONU a fermement condamné et a reconnu par la suite le coup d’Etat.

En 2019 La présidente de la Fédération de l’opposition congolaise Claudine Munari, estime que parlant du dialogue qui tire la couverture du coté du pouvoir   «  dialogue pour faire plaisir au pouvoir » (1) https://www.jeuneafrique.com/858458/politique/congo-il-faut-privilegier-le-dialogue-a-la-violence-plaide-francois-lounceny-fall/

Voyez-vous les rencontres de Mr François Louceny Fall représentant de l’ONU et l’opposition congolaise sont  une farce digne d’un poker menteur. Le dossier de    l’organisation des élections crédibles en République du Congo est sur la table de l’ONU depuis la fin des élections de 2016. Les thèmes retenus sont les suivants ; la gouvernance électorale (découpage électoral sur des bases objectives, la Commission Électorale Nationale véritablement indépendante, le recensement administratif spécial précédé du recensement général de la population et de l’habitation, les cartes d’électeurs biométriques, le fichier électoral… Nous sommes en 2020 et ces mêmes dossiers n’ont toujours pas trouvé un début de résolution. On nous annonce la concertation de MADINGOU, l’opposition réclame  le respect du cahier de charge des élections déposé en 2016, 2018, 2019 et là 2020 auprès de cette même instance internationale. Où est le sérieux de ces rencontres ???

Ce n’est pas tant le fait  d’être contre la concertation politique de Madingou, dans la Bouenza mais  c’est d’y aller en sachant que les problèmes ne trouveront pas une solution à cette rencontre. Pour une simple et bonne raison. A supposé que Le PCT et SASSOU acceptent le fameux cahier des charges, auront ils le temps nécessaire et matériel pour effectuer un nouveau recensement administratif spécial précédé du recensement général de la population ? Auront-ils les moyens de fournir à tous les congolais en âge de voter les cartes d’électeurs biométriques ?

Voyez-vous tout prête à penser que l’opposition et le gouvernement jouent un même jeu, celui de l’enfumage du peuple. Ces leaders qui s’empressent de monter sur des estrades pour vanter la solution de la concertation de MADINGOU ne font que mettre en œuvre la stratégie d’une fois élus, viendront pour satisfaire qu’à notre besoin d’illusion. A notre besoin de croire qu’il existerait une sorte de combat pour le changement décisif qui nous engagerait . Alors même leurs attitudes nous renvoient une démarche qui traduit qu’ils ne sont là que pour nous pousser à  ne rien changer à ce que nous sommes, de ne prendre aucun risque, ni physique ni existentiel. Ils seraient,  pourrait-on dire,  pour l’approfondissement de la catastrophe économique et sociale.

Sans réelle cohésion à minima, l’opposition ne sera que la surface de projection d’une certaine impuissance face au monstre qui les avale petit à petit.

Pourquoi ne pas envisager un autre scénario peut-être encore plus plausible et une projection de sortie de crise possible : Faire de la concertation de MADINGOU un moyen pour décider du report des futures élections et se projeter vers une transition qui serait l’organe qui statuerait sur le dossier de   l’organisation des élections crédibles en République du Congo. Cela serait une démarche compréhensible et rassembleur pour le peuple pris en tenaille.

La question n’est plus de savoir qui va y aller ou pas mais y aller pour faire quoi ? Si au sortir de là, les élections sont maintenues dans le contexte actuel pourquoi y  participé puisque nous vous le disant que la messe serait déjà dite. J’espère que l’avenir me contredira 

Le cynisme de la manœuvre n’échappe pas au peuple. Instrumentaliser un avenir radieux qui ne verra jamais le jour pour construire vos réussites personnelles, quoi de plus indigne.  L’opposition continue à jouer ce jeu-là pour aboutir dans cent pour cent des cas à une dictature encore plus féroce. Tous les espoirs placés en cette opposition ont vocation à être déçus. La virulence même de leurs propos atteste suffisamment de leur besoin de se convaincre de ce qu’ils savent être un mensonge. Certains observateurs les plus mesurés admettent que la politique congolaise se décompose à coup de billet de fr CFA , qualifient ces rencontres préméditées de   campagne de solution du vide. Nous n’avons aucune raison de subir un rituel devenu récurrent et évidemment nocif. Nous sommes lassés de comprendre pourquoi tout va mal.

A défaut d’un sursaut patriotique de l’opposition congolaise, il nous faut d’urgence réarmer nos perceptions et notre imagination politique. Parvenir à déchiffrer cette démarche et à déceler les possibilités ou les chemins praticables. Ne perdons pas de vue que l’abîme n’est pas loin si nous continuons dans ces atermoiements stériles. Cessons d’attendre, et reprendre confiance en nous-mêmes. On pourra alors dire, la dictature est vaincue, le voyage vers le salut commence . Prenons ceci en compte, le Congo est un bien commun et tous les jours nous avions besoin d’une nouvelle tige d’allumette pour allumer notre lampe. Ce que l’opposition actuelle fait, c’est le résultat de leur expérience politique, c’est leur ressentis du moment par rapport au contexte. Vous les jeunes, vous avez aussi votre ressentis, votre vision du Congo de demain, exprimez-le et manifestez-le sur le terrain. 

Jean-Claude BERI

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