DIASPORA, Politique

La Conférence de Modeste Boukadia le 27 janvier 2018 à Paris

La Conférence de Modeste Boukadia le 27 janvier 2018 à Paris

Par :  Thierry Oko

 

Ceux qui ont pensé que Modeste Boukadia avait abdiqué après son retour de Pointe-Noire (Congo-Brazzaville) où il était arbitrairement incarcéré, ceux-là peuvent se rassurer.

Bien que convalescent, le président du CDRC est en train de reprendre le combat politique. Il l’a annoncé dans ses vœux de nouvel an à la Nation. Profitant du rituel des vœux ; le président du CDRC a remercié tous ceux qui l’ont soutenu alors qu’il vivait le calvaire dans les geôles congolaises. Il n’est jamais trop tard pour bien faire car ceux qui l’avaient soutenu commençaient à désespérer et condamner, notamment, son silence jugé assourdissant depuis son retour à la civilisation (terme qui signifie l’inverse de la barbarie).

Modeste Boukadia a alors saisi l’opportunité des vœux pour annoncer la tenue d’une Conférence Internationale qui aura lieu à Paris le samedi 27 janvier 2018.

Certains pourraient déplorer la pléthore de réunions politiques dans la communauté congolaise. Récemment encore (les 12 et 13 janvier 2018) l’ACODESA de Jean-Luc Malékat et l’association LIENS ont organisé un colloque à Nice sur le changement politique au Congo. L’évènement de Nice n’a pas encore été digéré que déjà, ce 27 janvier, à un peu plus d’une semaine de distance, le CDRC de Modeste Boukadia remet le couvert à Paris.

On pourrait rétorquer à ceux-là qu’il n’y a jamais assez de réunions politiques lorsque le sort d’un pays est en jeu.
Et Modeste Boukadia a promis ratisser large.
« A cette Conférence Internationale nous inviterons le Fonds Monétaire Internationale, La Banque Mondiale, La Banque Africaine de Développement, Les Clubs de Londres et de Paris, L’ONU, et les pays partenaires pour qu’ils soient parties prenantes. »

Autant dire que toutes les associations congolaises de la diaspora y sont conviées.

Mais ça ne semble pas gagné. Car les réseaux sociaux se sont déchaînés au sujet du thème qu’il est supposé aborder au cours de sa conférence. Les spéculations vont bon train, notamment sur la duplicité sémantique dont on accuse l’orateur avant même qu’il n’ait ouvert la bouche en dehors des vœux de la Saint-Sylvestre.

Non-dits et spéculations intellectuelles

Par exemple, chacun a pu observer sur les réseaux sociaux la furie anti-Boukadia quant à la sincérité de son discours. L’ancien prisonnier de Sassou a beau annoncer qu’il ne ressent « aucune haine, aucune vengeance au fond de (lui) » l’épouvantail de la scission du Congo (un thème jadis affecté par lui) est agité par ses détracteurs sur les réseaux sociaux.

Boukadia a beau marteler dans ses vœux : « Seul le Congo est important à mes yeux. Seul le Congo fait battre mon cœur, et le bonheur de mon peuple est la seule chose qui m’anime et m’importe » les stigmates de sa vieille antienne sur le Sud Congo ne paraissent pas avoir été effacés de la mémoire de ses ennemis. Comme les faits sont têtus ! Ou plutôt comme les Congolais sont têtus !

N’est-on pas dans le préjugé lorsqu’on le taxe de cultiver le génome du peuple du Sud Congo alors que dans ses vœux il a martelé que son unique but c’est « préserver l’intérêt national  » ?

Dires et délires

On ferait mieux de lire l’ouvrage sur l’analyse du contenu du discours intitulé Ce que parler veut dire. Pour l’auteur (Pierre Bourdieu), selon le statut de celui qui parle, et le moyen avec lequel il s’exprime, la réception de son discours n’est pas la même chez ses auditeurs. Moins tu comptes dans le champ social, moins ce que tu dis, même si c’est important, compte. A l’inverse, ton discours fait autorité quand tu es important, même si ce que tu dis n’est pas important. Pour Bourdieu, c’est la force de l’habitus qui rend possible cette méconnaissance/reconnaissance ou ce paradoxe.

Pour les adversaires de Modeste Boukadia, ce qu’il dit, ce n’est pas ce qu’il va dire à sa conférence car l’orateur a un important statut d’homme politique. Donc il y a forcément des non-dits dans son message de nouvel an ; des non-dits, c’est-à-dire des choses qu’il a intérêt de cacher mais qu’il ferait mieux de cracher car de toute façon on a vu clair dans son jeu. Côme Manckassa nous enseignait qu’un bon homme politique c’est celui qui fait le contraire de ce qu’il dit et dit le contraire de ce qu’il fait. Mais la définition n’est pas absolue puisqu’on a vu le postulat inverse, par exemple Sassou qui a toujours dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, dans une totale transparence criminelle, notamment dans l’épisode du changement de la Constitution.

Age sans rage

A plus de soixante ans, Modeste Boukadia est un homme politique aguerri, c’est-à-dire capable d’articuler un message sans rapport avec son subconscient. Mais c’est trop facile aux Cassandres de jouer les psychanalystes de comptoir en enfermant stricto sensu M. Boukadia dans le double-langage comme si la science freudienne était donnée au premier internaute venu et comme si la sincérité était une dimension éthique à jamais bannie de l’inconscient de tout homme politique.

Stendhal disait de la condamnation à mort que c’est la seule chose qu’un homme politique ne peut pas voler. Tu peux usurper des galons, tu peux voler une élection, tu peux voler le Trésor Public, mais il n’est pas donner à tout le monde de prendre le risque de mourir pour sauver un peuple. Il le dit, et pas par habitus : « mon unique but : préserver l’intérêt national. »

On se souvient que Boukadia était allé se jeter dans la gueule du loup de son propre chef. En effet ils ne sont pas nombreux, comme Modeste Boukadia, qui se sont habitués à flirter avec la mort dans l’enfer congolais. Ca, comme chez Mokoko, Paulin Makaya, Okombi Salissa (ne parlons pas de Mandela) ça forge un homme politique, un vrai.

Thierry Oko

Rencontre Citoyenne : BOUKADIA Modeste organise une rencontre le samedi 27 Janvier 2018 à 14h . Une rencontre pour remercier ses compatriotes pour leur soutien multiple lors de son incarcération. Cette rencontre sera aussi l’occasion d’un échange sur la situation du Congo .
Salle : centre d’affaires NCI
Adresse : 20-22 rue des petits -Hôtels 75010 Paris

Métros : Gare du Nord -Gare de l’Est

http://www.congopage.com/La-Conference-de-Modeste-Boukadia-le-27-janvier-2018-a-Paris

 

2 commentaires

  1. LA PARODIE DE GUERRE ENTRE NTUMI ET SASSOU NGUESSO : QUEL REPÈRE POLITICO-CRIMINEL POST DICTATURE ? http://congo-objectif2050.over-blog.com/2018/01/que-pensez-vous-du-nouveau-plan-de-sassou-nguesso-pour-rester-au-pouvoir.html

  2. Je ne crois pas que MOKOKO et OKOMBI se sont jetés dans la gueule du loup comme Modeste BOUKADIA. Non monsieur! MOKOKO était pris par son propre piège; celui d’attendre les populations Sud de Brazzaville(Makélékélé, Bacongo, Diata et Mfilou) de sortir en martyr après le hold-up électoral afin qu’il prenne aisément le fauteuil présidentiel. Et, pour le cas OKOMBI, il avait la même pensée que MOKOKO. Mais lorsque cela avait capoté, il a manqué la finesse de vite quitter le pays par manque d’issue de sortie car Sassou Nguesso avait mobilisé ses policiers qui étaient à sa recherche. C’est cela qui avait fait que OKOMBI ne sorte pas du pays.

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