Société

Congo-B-Tribune : quelque 570 corps bientôt inhumés à Mayitoukou

Congo-B-Tribune : quelque 570 corps bientôt inhumés à Mayitoukou

Congo-B-Tribune : quelque 570 corps bientôt inhumés à Mayitoukou
Par  Cédric MPINDY

Une vidéo de Vox TV fait état d’une opération d’inhumation de corps « d’indigents » au cimetière de Mayitoukou, à quelques encablures de Nganga-Lingolo. Selon la journaliste, une concertation a eu lieu à la Mairie centrale de Brazzaville. Une commission composée de membres des ministères de la Santé, des Affaires sociales, etc, s’est déplacée pour se rendre compte de l’effectivité de cette information, et de ce que ces corps empêchent les différentes morgues (CHU de Brazzaville, Makélékélé et la morgue de l’hôpital de Talangai) de bien fonctionner !

Le reportage évoque quelque 570 corps ! Un chiffre effrayant ! Soit 44 corps provenant de la morgue de Talangai, 69 de celle de Makélékélé et 457 de celle du CHU ! Cette vidéo appelle des interrogations légitimes et fondées. Depuis combien de temps ces corps ont-ils été abandonnés dans ces différentes morgues ? Et d’où viennent-ils, ces corps ? Ces corps sont-ils si « indigents », au point que personne ne les réclame ? Les autorités les ont-elles identifiées ?

Déposer un corps à la morgue requiert, généralement, la présence d’un parent muni d’une pièce d’identité, qui procède, dans un premier temps, à la reconnaissance de la personne décédée. Il doit exister, quelque part, des registres des personnes décédées dont les corps sont déposés à la morgue. Que disent-ils sur ces registres ? De quoi ces personnes sont-elles mortes réellement ? Nous parlons quand même ici de 570 corps et non de 6 corps ! Des corps qui ne sont pas arrivés à la morgue par l’effet d’un tour de prestidigitation… Ils ont été déposés là, mais par qui ?

Jusqu’à preuve du contraire, au Congo-Brazzaville, même un fou a une famille. Du moins il est connu de gens capables de l’identifier. Il eût donc fallu commencer par une opération de communication, qui consiste à rechercher les membres des familles de ces corps « d’indigents », ou demander à la télévision et à la radio, aux différentes familles ayant constaté la disparition d’un parent d’aller à ces morgues pour une opération d’identification. Ce faisant, il suffisait de diffuser les photos de chaque personne décédée.

Pourquoi s’empresser de les enterrer pour la modique somme de 35 millions de francs CFA ? Toujours dans le reportage, le directeur des pompes funèbres parle d’une séparation de 50 centimètres entre les tombes, et qu’ils ne seront pas enterrés dans une fosse commune, ce qui est de toute évidence absurde, car les images de la vidéo de Vox TV montrent un long « trou », sans séparation. Du reste, cette séparation de 50 centimètres n’est pas réglementaire. En effet, avec la violence des pluies, on a déjà vu ces images hideuses des corps flottants à l’air libre, à la suite d’une pluie diluvienne. C’est dire qu’en réalité, on sera dans le cas d’une fosse commune.

Enfin il convient de nous interroger sur le fait de savoir où nous avons placé le curseur sur la dignité humaine et le respect dû aux défunts. Nous savons pertinemment que l’Africain reste attaché à l’accompagnement du défunt dans la dignité.

« Abandonnés », avez-vous dit ? Nous n’en sommes pas convaincus.

Cédric Mpindy

D’origine congolaise, Cédric Mpindy vit en France. Il se définit comme un « esprit libre » et anime la Page Facebook de « La Balade des idées ». Il est l’auteur du recueil de nouvelles, Sérénade à Island no Law (2020, La société des écrivains).

Lien de la vidéo de Vox TV : https://www.youtube.com/watch?v=G6ugXE3qu1w

 

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