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Congo-Brazzaville, 60 ans d’indépendance dévoyée : CORRIGEONS-NOUS, pour CORRIGER

Congo-Brazzaville, 60 ans d’indépendance dévoyée :

CORRIGEONS-NOUS, pour CORRIGER

Par Jean Marie BITOULOU

 

15 AOUT 1960- 15 AOUT 2020 : 60 ans déjà que le CONGO-BRAZZAVILLE accédait à la souveraineté nationale et internationale. Que d’errements, d’égarements, d’approximations ,de non respect de la chose publique, de manque de morale publique, d’oubli de repères, d’abus de biens sociaux, de compromissions pour enrichissement illicite, de retournement de veste, de gabegie, d’allées et venues, de parjures, d’indignité politique et humaine, de tribalisme ,d’assassinats et massacres, de raccourcis…par une classe politique pitoyable et un CONGO de caniveaux. Mais, aussi, des efforts pour un CONGO qui peut gagner avec des amendements, des implications et l’amélioration, bien que souvent lente, des conditions de vie. Rien ne pouvait aller de soi car l’expérience ne vient jamais du néant. Ce bilan accumule de matériaux pour l’histoire et permet une critique d’objectivité pour repartir, et bien repartir.( dixit feu professeur COME MANKASSA à l’occasion du cinquantenaire du CONGO).

Dix ans après, cette description colle toujours à la réalité actuelle. En faisant un inventaire, même sommaire, les 60 ans d’indépendance du CONGO-BRAZZAVILLE sont loin d’être une épopée, c’est donc le regard triste, parfois traversé de colère, que l’on accepte les balbutiements qui jalonnent l’histoire revisitée de notre pays. On venait de trop loin.

De 1945 avec l’abolition du code de l’indigénat, 1946 avec la constitution de l’UNION FRANCAISE jusqu’en novembre 1958 avec la déclaration de la République du CONGO, que de chemin parcouru. L’Afrique Equatoriale Française puis le MOYEN CONGO s’étaient requalifiés en des ETATS TERRITOIRES. Le CONGO-BRAZZAVILLE hérita du territoire occupé par les descendants du royaume KONGO, du royaume TEKE, des chefferies MBOCHIS, du groupe ECHIRA et les peuples dits autochtones, groupes dont les anthropologies sont très éloignées les unes des autres. C’est naturellement que l’indépendance du CONGO fut précédée de bruits de casseroles qui demeurent vivaces jusqu’aujourd’hui. Aussi, un triptyque, au plan heuristique, nous permettra d’interroger notre vécu commun. Il s’agit :

-De l’unité nationale, plutôt du mieux vivre ensemble car l’histoire avait obligé à BERLIN, les quatre groupes de vivre ensemble. Occupant le même espace, les différents groupes ethniques se doivent de faire preuve d’ingéniosité pour vivre en bonne intelligence. Cela passe par le respect strict, par tous, des lois et règlements dont se dote le pays.

-Du développement, surtout de l’amélioration des conditions de vie (santé, éducation…)

-Du mode d’administration, autrement dit de la bonne gouvernance (droits de l’homme, liberté d’expression, l’organisation libre, transparente des élections à date échue…) Ce corpus doit être considéré comme des missions qui constitueraient des instants d’interaction enrichissant pour le CONGO-Brazzaville.

Sous le président YOULOU, il y a eu frémissement en ce qui concerne le vivre ensemble. La guerre civile était passée par là. Mais le président YOULOU et OPANGO avaient pris de la hauteur en transcendant la situation, et l’acte posé par OPANGO à la chute du président YOULOU en est le révélateur. Sous le président MASSAMBA-DEBAT,l’unité nationale fut maintenue au travers de l’action du mouvement national de la révolution (M N R). En plus ,les conditions de vie des congolais étaient acceptables et, les nombreuses petites industries avaient vite fait de résorber le chômage des jeunes. Cependant, la pratique bâillonna les libertés fondamentales et des contradictions internes finirent par emporter le régime. Le président NGOUABI arrive au pouvoir, porté par les partisans du socialisme scientifique donc au nom de la pureté idéologique. En 1971,pendant qu’il criait que le CONGO allait importer de la main d’œuvre, après un an seulement, certains membres du comité central du parti congolais du travail ( P. C. T) dénoncent la pratique du tribalisme, la gabegie, le travail fractionnel… en échafaudant le concept de l’OBUMITRI (oligarchie bureaucratico-militaro tribaliste). Et depuis, jusqu’à ce 60ème anniversaire, la parenthèse du président LISSOUBA y compris, le mieux vivre ensemble, l’amélioration des conditions de vie et la question de la démocratie sont plus en « ballotage défavorable » qu’ils ne constituent des acquis présageant d’un futur meilleur pour le pays. C’est pourquoi, tout propos mesuré, en ce 60 ème anniversaire, on peut tout au plus chanter indépendance to zoui…, eh dipenda tou bakidi…, mais pas vraiment danser… indépendance tcha tcha tant le bilan de ces 60 ans est globalement négatif. Cependant l’espoir demeure si et seulement si les congolais donnent la priorité au CONGO avec pour substratum la recherche du consensus et la non violence. À titre d’illustration, on peut épingler :

 *le domaine de la santé :jusqu’à la fin des années 70,on pouvait parler de couverture universelle de la maladie. Les « ordonnances médicales » étaient pratiquement inconnues des congolais et la prise en charge des malades faisait le point d’honneur du système sanitaire. Au niveau des inspections scolaires, il y avait des dispensaires où tout élève était soigné gratuitement…Aujourd’hui, même les programmes annoncés et réputés gratuits (césarienne, lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida…), sont hypothétiques. Les consultations sont payantes et le bel accueil des patient est soumis au « volume de sa poche ».Le système est détricoté et les médecins ne pratiquent plus leur sacerdoce soutenu par le serment d’hypocrate. Il suffit de repartir à la base : on ne peut, par exemple, être à la fois médecin au CHU, évoluer dans une clinique privée et être enseignant à l’université :des trois choses, deux. L’Etat doit restaurer son autorité dans ce domaine comme dans tous les autres secteurs en équipant les hôpitaux, en formant les personnels de santé tout en améliorant leurs conditions de vie. Les événements du 4 mars 2012 et tout récemment, la covid 19 ont démontré les limites de notre système de santé.

*Le domaine de l’éducation : à partir de 1960mais surtout en 1964 avec sa démocratisation, l’enseignement est obligatoire et gratuit jusqu’en classe de terminale, Des bourses d’étude sont accordées tant la formation et l’instruction constituent les conditions permissives d’un développement bien pensé. A partir des années 80, l’institutionnalisation des droits/cotisations scolaires a crée un système éducatif à plusieurs vitesses. Déjà de 1971 à 1975,l’envoi des étudiants à « la production »commençait à minorer la qualité de l’enseignement là où l’introduction du cycle national de rattrapage avait déjà déstructuré l’offre de l’éducation. Ici aussi, il faut repartir à la croisée de chemins, là où le pays s’est dévoyé.la fermeture des internats n’a pas favorisé le brassage des jeunes de divers milieux….IL faut revenir au principe de l’enseignement obligatoire et gratuit, qui aux nantis d’envoyer leurs enfants dans les écoles privées. L’Etat ne doit plus se cacher derrière son petit doigt ou derrière une association des parents qui n’est qu’une coquille vide parce que ne représentant que quelques loubards en manque d’occupation. Construction et équipement des infrastructures, adaptation des programmes aux besoins du pays, valorisation de la fonction enseignante constituent la garantie d’un développement intraverti.

*L’agriculture : L’agriculture de subsistance n’arrive plus à nourrir la population. Tout vient de l’extérieur et personne n’est offusqué de dire que plusieurs milliards de francs par année sont consacrés à l’importation des produits alimentaires. En plein 21ème siècle, le secteur n’est pas mécanisé alors qu’ il constitue la base de l’accumulation. La pisciculture, mieux l’aquaculture tend à disparaitre, simplement parce qu’il n’y a pas de fabrique d’aliment pour poisson .Il en est de même pour l’élevage. L’industrie, en dehors des industries de fabrication des boissons, est inexistante. Le pays ne vit que de la rente pétrolière. Plus grave encore, même une volonté de diversification de l’économie n’est pas perceptible. Ce n’est pas l’expertise qui fait défaut, les causes de ce surplace, 60 ans après l’indépendance, sont endogènes et exogènes. Cependant, les premières sont déterminantes, et le facteur politique nous documente suffisamment, pour recommander :

-La consécration des principes de la continuité de l’Etat et de la hiérarchisation des priorités.

-le maillage électrique à partir du barrage de Sounda qu’il faut impérativement construire. -Le développement de l’internet avec l’essaimage de la fibre optique ,ainsi que sa libéralisation. Le monopole étant sclérosant par principe.

-La garantie d’une justice véritablement indépendante. -Une police syndiquée. -L’approfondissement de la démocratie et l’apprentissage à la citoyenneté. -Le bannissement ou la criminalisation du clientélisme ethno-politique.

-La décentralisation de plein exercice consacrant le transfert de compétence et de ressources. -La liberté effective de l’expression car la parole bâillonnée fait le lit de la médiocrité.

-L’organisation des élections libres et transparentes ; -Une force publique républicaine contribuant au développement.

-L’apaisement des tensions et, pour montrer la bonne volonté qu’à 60 ans d’exercice parfois solitaire du pouvoir, qu’il y a une prise de conscience pour les challenges futurs :Elargir les prisonniers politiques ,qualifiés à tort ou à raison sera un bon indice préfigurant de la direction que l’on veut imprimer pour l’avenir du pays.

-La reprise immédiate des négociations avec le F.M.I. sans calcul malveillant

-La diversification de l’économie, et que l’Etat s’occupe des vrais problèmes économiques produisant la richesse à répartir. Par exemple, la question foncière au CONGO n’est pas arrivée au niveau où des communautés ou des individus s’affrontent par manque d’espace. Si c’est pour seulement renflouer les caisses de l’Etat qui sont vides après la « bamboula », d’autres pistes à explorer existent.

A 60 ans d’existence du CONGO-BRAZZAVILLE, l’unité nationale, l’amélioration des conditions de vie des congolais et l’approfondissement de la démocratie constituent une affaire congolo-congolaise. Capitalisons nos errements/égarements pour corriger en nous corrigeons car comme le disait le professeur COME MANKASSA « si le passé n’existait pas, le présent ne serait qu’illusion. Mais si le passé est déjà dans le présent congolais, il faut craindre et tout craindre ».Faisant appel au génie de l’homme et en positivant, repartons d’un meilleur pied que ces 60 dernières années. Repartons, non point pour une nouvelle espérance ou une marche pour le développement qui ne sont que de simples slogans, mais repartons pour une prise de conscience et une nouvelle expertise. 2020 doit être l’année d’une profonde réflexion, non sur ce qui nous a conduit au marasme , mais plutôt sur ce que nous devons entreprendre pour avancer.

C’est pourquoi,CORRIGEONS-NOUS, POUR CORRIGER.

Brazzaville,le 9 Aout 2020

Jean Marie BITOULOU

 Analyste politique

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