Economie

CONGO-BRAZZAVILLE : Les acrobaties financières d’un Etat sur la corde raide

Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso est dans une position économique plus que précaire.

Suspendu aux délibérations du Fonds monétaire international (FMI), qui doit décider au début de l’année prochaine s’il est disposé à prêter au Congo-Brazzaville, étranglé par la dette, Denis Sassou Nguesso a mandaté le négociant pétrolier Lucien Ebata pour trouver de toute urgence des fonds à l’étranger. En quête désespérée de financements, ce dernier multiplie les contacts avec les banques et les traders en Europe, mais également en Russie et dans le Golfe persique.

Autour de Lucien Ebata gravite une nébuleuse de conseillers officieux qui ouvrent leurs carnets d’adresses au Congo en espérant, à terme, retirer bénéfice de leurs interventions.

Une enquête exclusive de La Lettre du Continent et d’Africa Energy Intelligence au cœur d’un Etat en pleine tourmente financière.

Lucien Ebata en mission spéciale pour renflouer le Congo

Bombardé cet été conseiller spécial de la présidence congolaise pour les financements extérieurs (AEI n°800 et LC n°759), Lucien Ebata travaille, à solliciter la Russie et la Turquie via leurs banques publiques.

Ne disposant pas de réseaux en Russie, Ebata bénéficie sur ce dossier des conseils de l’entrepreneur libanais Iskandar Safa, très introduit à Moscou et proche de l’homme d’affaires Alexandre Djouhri, également familier des milieux d’affaires russes.

Au printemps dernier, Iskandar Safa avait déjà proposé de monter un eurobonds de 500 millions $ pour permettre au Congo d’acheter des patrouilleurs fabriqués par son groupe Privinvest (AEI n°795). 

Il a également conseillé Lucien Ebata lors de ses négociations avec la Société générale sur un emprunt international de 500 millions $ (LC 761).

Dès l’été, le Congo avait tenté de négocier un prêt auprès de la Banque islamique de développement (BID) saoudienne, en jouant sur le conflit entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui contrôle 15% de Total Congo (AEI n°796, AEI n°797 et LC 758). Mais l’institution saoudienne a mis fin aux pourparlers quand elle a compris que le Congo ne pouvait offrir aucune garantie de prêt.

Sollicitée peu après, la Chine a également refusé d’abonder au budget national congolais.

L’activisme financier déployé par Lucien Ebata ces derniers mois a été décuplé par la visite, début octobre, d’une délégation de fonctionnaires du Fonds monétaire international (FMI) à Brazzaville (LC 761). Ce déplacement faisait suite à la réévaluation par l’institution, en juin, du niveau de la dette du Congo, passée de 70 à plus de 120%du PIB du pays. Les discussions entre les fonctionnaires du FMI et les conseillers de la présidence congolaise, Lucien Ebata en tête, ont été particulièrement orageuses, la délégation s’inquiétant notamment de l’usage de certains prêts souscrits par la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), notamment auprès de l’Ecobank nigériane (AEI n°802) ainsi que des négociants pétroliers Glencore, Trafigura et Worldwide (AEI n°800, AEI n°773 et AEI n°757).

En attendant de trouver des fonds étrangers, le gouvernement congolais tente de se renflouer en mettant les entreprises locales sous pression. Plusieurs opérateurs étrangers, aux premiers rangs desquels le groupe Bourbon, se sont vus brusquement sommés de régler des indemnisations faramineuses, dont ils contestent la valeur (LC n °762).

En pleine crise économique, le pouvoir essore les investisseurs

Les tensions de trésorerie des entreprises présentes au Congo-B suivent le rythme de la sérieuse crise économique que connaît le pays depuis plusieurs mois (LC n°762).

Le FMI sur la piste des 900 millions $ de la SNPC

La délégation de l’institution de Washington qui a séjourné à Brazzaville ces deux dernières semaines s’est tout particulièrement intéressée à un prêt de 914 millions $ souscrit par la SNPC.

En mission à Brazzaville depuis la fin septembre, les fonctionnaires du Fonds monétaire international (FMI) ont passé au peigne fin tous les emprunts souscrits par la Société.

Une enquête exclusive de La Lettre du Continent et d’Africa Energy Intelligence

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