DIASPORA, Economie, Editorial, Justice, Politique, Société

Congo-Brazzaville : De l’embellie économique à la crise permanente. A quand la prise de conscience?

Par   Jean-Claude BERI

 

LA POSITION DU DAC 

De l’échec jaillit  la prise de conscience. Tout n’est pas perdu….

Il y a des gifles qui laissent  des traces indélébiles comme si les empreintes de la main étaient  marquées au fer rouge  qui se transmettaient. Devant l’évidence manifeste les lobbys de la finance internationale ont choisi de se serrer les coudes. Ils critiquent des bouts des lèvres l’accord signé ce 11 juillet 2019 à Washington entre le FMI et le Congo-Brazzaville. Un accord de prêt portant sur un montant de 448,6 millions de dollars (399 millions d’euros), sur trois ans. Ce n’est en aucun cas pour sa bonne gouvernance qui est scotché aux antipodes d’une gouvernance efficiente.

Mais en réalité ils ont tout fait pour crucifier encore plus le peuple congolais sous l’autel des intérêts. Un accord scellé sous le sceau  de la paupérisation du peuple congolais. On est abasourdi par les décisions de ces institutions de mercenariat financier qui ont, une fois de plus,  manifesté l’étendue de leur doctrine vouée la prédation financière sur l’humain.

Nous l’avons dit et redit il y a 22 ans  que notre objectif n’est pas de jeter le discrédit sur l’ensemble des  hommes politiques congolais en  place dans le pays et encore moins de faire l’apologie d’un Congo voué à l’échec. Il est certain et même encourageant de faire remarquer que certains hommes politiques méritent  notre plein respect, quand bien même ils sont souvent « séquestrés idéologiquement »  par des groupes  d’influence ultra-ethnique. Dans cet optique et s’il venait à soulager tant peu soit-il les souffrances du peuple congolais nous saluons cet accord.

Mais reconnaissons tout de même que le  manque d’impartialité de la justice sur de nombreux cas avérés de grossiers détournements, l’absence d’efficacité dans les prestations des services publics, le manque de vision pour le développement, le manque de courage politique des dirigeants congolais lors des grandes discussions concernant l’avenir du Congo tout entier, relevés quotidiennement, sont de nature à jeter un voile de suspicion et de doute sur les qualités de ces derniers. Le summum est atteint avec le sacre de l’impunité. Les peuples africains en particulier ceux de l’Afrique centrale sont les derniers de la classe.

La Francafrique vient une fois de plus de les essorer en prétendant voler au secours d’un CEMAC en perdition.

Le peuple de la résistance Congolaise vient de mettre un genou à terre, roulé dans la boue par la roublardise française. Cet accord est un véritable coup de massue économique aux classes moyennes et populaires congolaises qui ne cessent de se battre  pour l’avenir du Congo alors que les dirigeants vautrés dans une opulence insolence  veulent notre mort. Leur volonté est, visiblement, de fermer nos gueules en douceur ou de nous laisser crever à petit feu.

Comment faire confiance à un gouvernement qui a eu plus de 5.000 milles milliards et réussit  a les engloutir dans des opérations cosmétiques de développement et des années de municipalisation accélérée qui ont fini par étrangler les finances dans ces  fameux « chevaux blancs » qui sillonnent le pays faussement appelés réalisations Sans compter la dilapidation des fonds.

Ne voulant pas mettre en place  le processus d’arrêt de la corruption aggravée et  le règne de l’impunité, cet accord peut paraitre comme une  véritable stratégie de mise sous tutelle du Congo par le monde des mercenaires de la finance internationale. Qui seul aura les coudées franches pour l’exploitation de nos richesses. On enferme  ainsi le peuple, comme les années précédentes,  dans une spirale vicieuse d’une dette  usurière à répétition pour les plus modestes de nos compatriotes.

Cet  accord ira  dans le même sens que l’ensemble de la politique financière  que mène cette bande de prédateur financier  qui a déjà demandé des sacrifices considérables notamment à nos anciens, à nos retraités, le sacrifice de la jeunesse congolaise avec la « disparition » dans les paradis fiscaux des 14 .000 milles milliards des générations futures. Beaucoup de  questions demeurent en suspens : la  transparence sur le rééchelonnement de la dette avec la Chine, le flou sur les mécanismes du fonctionnement du compte EXIM Bank. Pire encore le dossier sur la restructuration de la dette des traders Trafigura et Glencore ait été éludé

Alors que le Congo traversait une embellie économique envieuse. C’est le décapage, le laminage de notre tissu social qui se poursuit. Le peuple congolais à force de rester attentiste court le risque de tout perdre, tout ce qui faisait notre force.

Concrètement cela signifie une perte de près de 39% de pouvoir d’achat pour une très grande partie de nos concitoyens. De l’embellie économique on est plongé pied joint dans la crise permanente. Car on ne voit pas cette bande mercenaire financière faire ce qu’elle n’a pas pu faire en 22 ans du pouvoir.

Cet accord renferme en lui une  bombe sociale à retardement. Le risque d’un profond désordre social imposé par les mesures drastiques du FMI qui selon certains experts ne seront pas réalisées a bon escient  par les acteurs politiques du moment sans une varie remise en cause des talents et compétences au sein de ce gouvernement. Car tout y passe

  • Surveillance et contrôle élevé des experts du FMI sur les opérations financières à risque.
  • Exécution du cahier des charges (réduction du nombre pléthorique des ministres, députés et Sénateurs et certainement gel des salaires dans tous les secteurs étatique, .revue du nombre des fonctionnaires…)
  • « l’endettement opaque » du Congo pose problème car elle est inquiétante et peut se révéler explosive quant à la soutenabilité  en matière de gouvernance
  • Absence de mesures fermes contre le  système des préfinancements pétroliers ou prêts gagés sur le pétrole.

Il est clair que ces mesures seront perçues comme une grave atteinte à la vie quotidienne des congolais. Certains ne manqueront pas de relever le fait que nous sommes dans cette situation à cause de la voracité financière de certains qui sont déjà dans le collimateur de la vindicte populaire.

Ce gouvernement est donc appelé à  changer son train de vie et surtout son rapport avec l’argent. mais surtout a s’atteler à respecter les valeurs universelles qui font que tout travail qui aboutit obéit aux règles de compétence, de moralité, d’efficacité, de constance , de justice et d’effort. Si ces préalables sont actés et compris par tous cet accord peut être un début d’éclairci. Or, avec SASSOU,  l’impunité est une doctrine immuable  surtout lorsqu’il s’agit des parents et amis du Clan.

C’est la stratégie du désespoir.  Pas même ses fidèles aboyeurs n’osent croire que cette énième FEC du FMI va changer quelque chose d’efficace dans cette crise politico socio-économique qui menace d’emporter tout le pays. Les médias pro –gouvernementales passent leurs temps à nous casser les oreilles avec des slogans qui ne signifient plus rien aujourd’hui alors que toutes les institutions publiques et para-publiques sont en  faillite: le système de santé congolais est inexistant,  l’éducation est en faillite, le réseau routier est en faillite, la culture est déficitaire, tout ce qui a trait au gouvernement congolais est dans le trou financier. Tout est négatif.

Nous mettons en lumière depuis des années  les lacunes de chaque ministère mais surtout montrer qu’il est aussi possible de relever le défi de l’avenir. Toute possibilité d’aller de l’avant, dans le sens de l’accomplissement des changements qui permettraient à notre pays de s’inscrire irréversiblement dans la perspective du développement, nous semble donc conditionnée, aujourd’hui, par l’aptitude des citoyens congolais à surmonter ce fléau qui sévit actuellement dans toutes les couches sociales : La corruption et la poursuite des privilèges et du gain facile.

Au Congo, chaque mois nous avons notre lot de désolation et des actes irresponsables commis par nos gouvernants qui sont censés d’être des modèles d’exemplarité. Et cela ne va qu’en s’empirant parce que la règle d’or consiste « à placer l’homme qu’il ne  faut  pas à la place qu’il  faut ». Ou encore le règne de la médiocratie érigé au sommet de l’état. Le Congo ne doit pas sombrer en une Ripoux-cratie.

Notre démarche citoyenne  vise à atteindre un  objectif de démocratie tournée vers le développement comme élément central de toute action. Elle  s’inscrit, comme nous ne cessons de le faire,  dans un but de susciter des interrogations et à faire germer des idées pragmatiques conduisant à l’éclosion d’une conscience nationale, avant de faire vibrer la fibre patriotique qui est en chacun de nous et nous faire rêver ensemble une modernité républicaine basée sur la culture de l’excellence et de l’intégrité couplée du gout de l’effort.

Notre démocratie ressemble de plus en plus à l’éternelle et absurde  tâche de Sisyphe. On passe notre temps à se préoccuper de savoir qui sera l’élu providentiel, tant rêvé, aux prochaines élections ,  qui apportera avec lui les promesses  magnifiques et qui  en définitive décevra encore pitoyablement, laissant place  à de nouvelles spéculations politiques encore plus farfelues. Il semble que les officines  de la politique deshumanisante en vogue depuis belle lurette au pays se mettent déjà en branle pour  dessiner les futurs contours de ce que sera demain la nouvelle manière d’avilir, d’appauvrir encore plus le citoyen congolais. Feignant d’être amnésique, le politique congolais oublie  aujourd’hui de penser à apporter sa contribution sociale, économique et culturelle aux différents maux de notre société, préférant tourner le regard ailleurs alors que  la maison Congo se fissure au jour le jour. Avons-nous les moyens  par notre système  démocratique  de fournir à notre société des futurs hommes politiques capables d’une certaine sagesse, pratique morale et politique ?  S’il est vrai qu’une bonne politique est un art (pas celui des sophistes) dont le but est de réaliser le bien humain, sommes-nous capables tout autant que nous sommes d’atteindre cet objectif ? Ou simplement comment le Congo peut-il se reconstruire autour d’un  projet de société démocratique ?

La république, une nécessité pour la démocratie

Un projet de telle ampleur  est difficilement  concevable  tant les conditions d’une  vraie conception de pensée démocratique  ne se construit pas autour des priorités réellement congolaises. Il s’agit d’adapter une nouvelle vision, repenser une  démocratie qui réponde aux deux préoccupations fondamentales de la société congolaise à savoir : La justice et l’efficacité. Pour cela, comme nous ne cessons de le marteler,  il faut placer au tout premier plan la lutte contre la pauvreté comme  élément central du changement social, économique  et politique.  Concentrer nos efforts pour l’amélioration du bien-être social des congolais reste un objectif pour lequel nos concitoyens aspirent pour se mettre en phase avec un futur développement équilibré et surtout solidaire. Cette stratégie étant conforme à la logique  et à l’éthique démocratique permettra de sortir les populations longtemps engluées dans la misère par des choix inappropriés et égoïstes.

La démocratie congolaise, telle qu’elle est conçue aujourd’hui n’est  qu’un hold-up  politique qui exclut le fait de faire un diagnostic objectif,  des tensions à répétition qui paralysent  le pays et qui se  refuse de prendre des résolutions pragmatiques pour se projeter vers l’avenir.

Aussi, il est impératif de reconnaître,  pour l’homme politique du futur qui aspire au vrai changement, que l’objectif de jeter les bases d’une large entente nationale et poser les jalons d’une société nouvelle fondée sur les principes du droit, du mérite et de la prospérité pour tous, n’est  pas une abstraction ni encore une invention d’une  gymnastique intellectuelle qui ne trouverait  véritablement de refuge que dans des discours démagogiques à connotation philologique, conçus par ces quelques intellos qui peuplent la basse cour des pouvoirs et du palais de Mpila.  C’est plutôt la base de toute notre conquête  pour reconstruire ce qui a été lâchement sacrifié sous l’autel d’un égoïsme politique très destructeur.
Le combat contre le sous-développement et la pauvreté ne peut être gagné qu’au prix de la prise en compte sans exclusive de  ces préalables sujets que souvent l’homme politique congolais galvaude dès que son fauteuil est assuré. On vous parle de démocratie, de paix et d’unité, de patriotisme… dès lors qu’on se retrouve exclut du partage du gain.

Le problème de notre démocratie, c’est de ne pas  la calquer réellement à nos aspirations, d’en faire un vrai levier de développement, un rempart aux idées de régression et de divisons.  Il s’agit comme le disait Georges Clémenceau de la réinventer : « La démocratie se doit d’être une création continue.»  C’est pas parce qu’elle ne marche pas encore au Congo qu’il faut la bannir et remettre sur selle de façon détournée le régime à parti unique.  Se Laisser berner par cette nouvelle hypocrisie politique des hommes sans  foi ni ambition collective et qui espèrent par cette nouvelle pirouette  se déresponsabiliser des graves manquements commis au sommet de l’Etat. La classe politique et la société civile ne doivent pas être sclérosées et doivent comprendre que le Congo ne doit pas être une monarchie républicaine.

 

Jean-Claude BERI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*