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Congo-Brazzaville : les deux « SDF » d’un même pays 

Marché Total ( Bacongo)

Par :  Jean-Claude BERI 

« Au Congo de SASSOU,  deux visages cohabitent avec deux catégories de SDF. La première catégorie des SDF, entendez par là les « SANS DIFFICULTÉS FINANCIÈRES » qui jouissent dans un bonheur indécent, qui peuvent se soigner et manger à leur faim, et la seconde catégorie des SDF « SANS DOMICILES FIXES » croupissant dans  une misère insoutenable qui doivent soit se prostituer ou faire la manche pour vivre. Où est le sérieux dans votre « VIVRE ENSEMBLE » ?

Les Congolais ne croient plus aux promesses à répétitions qu’on lui sert depuis 21 ans par un pouvoir qui a suffisamment montré ses limites. Les années passent et malheureusement se ressemblent, car leurs portes monnaies subissent sans cesse les effets pervers d’une crise qui ne dit pas son nom. Une petite musique soucieuse orchestrée par un son de repli sur soi, de tristesse de colère, mais surtout d’inquiétude d’un avenir incertain. Le peuple, est-il conscience de sa puissance ? Le peuple congolais, mesure-t-il sa force devant ce ramassis de voleurs qui l’humilie ? Le peuple congolais, sait-il qu’il peut redevenir le maître de son destin? Le peuple congolais, sait-il que sa place devrait être plus prépondérante dans la gestion de son patrimoine ? Certainement pas. Sinon, il ne se plierait pas devant tant d’incapables qui le placent à la remorque du développement.
Les discussions évoluant en dents de scie avec le FMI n’augurent rien de bon. Faut-il le marteler de nouveau qu’il y a urgence de s’intéresser davantage aux situations des plus démunies qui croupissent au seuil du dénuement par une politique de solidarité antisociale en matière de prix des denrées alimentaires de premières nécessités ? Cette population, livrée à elle-même, a assez du déni de reconnaissance par le gouvernement de leurs conditions dégradantes au jour le jour.
À titre de rappel, le SMIG est passé de 40370 à 100750 francs CFA en 2015, soit une augmentation de 200 % en 20 ans. Pourtant le chômage des jeunes reste un véritable fléau au Congo. Même les autorités le reconnaissent aujourd’hui. Car malgré une croissance économique vigoureuse ces dernières décennies, les 60 % des 15-25 ans, sont toujours sans emploi.

Se loger, se nourrir, se vêtir et se soigner sont devenus des rêves cauchemardesques pour toute cette frange de la population. L’argent destiné à construire une vie solidaire entre congolais est réquisitionné pour la location des avions médicalisés pour transporter certains nantis pour se faire soigner à l’étranger.
Et la situation ne va pas en s’améliorant. Selon la banque mondiale 40% des 1 .000.000 chômeurs environs sur une population de 4 millions vivent aujourd’hui dans un foyer dont un seul membre travaille et touche le SMIC. Beaucoup de ces défavorisés retournent chez leurs parents pour combler le déficit et espérer joindre les deux bouts du mois.

Quelques prix des produits à la date du mai 2018  

Marché Total
PRODUITS PRIX en F CFA
SAC DE RIZ Entre 9500 et 11000
SAC DE FOUFOU 25000
POULET ENTIER 2000 à 2500
VIANDE au KILO 3000 a 3500
POISSON  FRAIS au détail 2000 à 2500
HARICOT au Verre 500 à 1000
PAIN 100 à 150
 MANIOC entier  500 à 700
 BOUTEILLE d’HUILE  700 à 1000
POT de YAOURT (Local) 250 à 300
  LITRE D’EAU MINÉRALE  250 à 300
  FEUILLE DE MANIOC ( le tas)  500 a 700

Ceci n’est qu’une partie, la liste n’est pas exhaustive …

Au moment où l’économie congolaise vacille dans des eaux troubles, il est indécent que les efforts financiers soient priorisé dans l’armement et la protection des intérêts de quelques nantis du PCT. Il est injustifié que le peuple ne puisse pas bénéficier d’une politique de solidarité acceptable mais surtout équitable.
Au regard de la progression du coût exorbitant de la vie et de la flambée des prix des produits, Il est indispensable que le gouvernement congolais procède à une amélioration significative des conditions de vie des plus défavorisées. Ceci par une fixation des prix, minimum permettant aux populations de pouvoir se nourrir décemment.

Bien qu’il ne soit pas exclu que la solidarité correspond à une responsabilité à la fois individuelle et sociale. Ce sont deux dimensions qui se renforcent mutuellement. La liberté individuelle n’est pas atteignable, dans une société démocratique, qu’à la condition d’offrir à chacun la possibilité de l’exercer pleinement. Cette ambition passe par le recours à la notion de responsabilité sociale de l’Etat.

Avant d’incriminer les plus faibles en les rendant responsables de leur sort, il faudrait se poser la question de la  responsabilité de nos autorités dans la   défaillance du système économique et social. Que fait notre gouvernement pour rééquilibrer les inégalités salariales qui causent tant d’humiliations et de souffrances ? A-t-on mis en place une politique de surveillance des prix des produits qui ne soient pas en inadéquation avec les revenus de la majorité des Congolais ?

Géant ( groupe Casino) à Brazzaville

En référence au tableau, ci-dessus, nous constatons qu’il est difficile pour une famille moyenne de trois individus (Père, mère et un enfant) dont un seul membre de la famille travaille et ne touchant que le SMIC de s’offrir un vrai repas tous les jours. Il faut réorienter l’aide publique pour atténuer l’hémorragie sociale qui crucifie les populations.

Certains économistes sursautent déjà sur leur chaise en lisant ces lignes, car leur théorie sur la rigueur et la gestion sécuritaire des finances est incompatible avec une possibilité de revalorisation globale du SMIC. Sans vouloir contredire leur orientation, nous nous posons les questions suivantes : comment justifient-ils une augmentation de plus 20% des salaires des députés, magistrats, ministres, officiers, conseillers politiques…Culminant parfois jusqu’à dépasser plus de la moitié de la masse salariale globale du pays ? Quelle est cette théorie économiste qui accrédite l’augmentation salariale d’une portion de la population à hauteur de plus 20% en espérant ainsi rééquilibrer un système social décadent ?
La solidarité dont nous faisons allusion ici est la condition sinequa non du vivre ensemble, du rééquilibrage de l’égalité sociale face à la cherté de la vie dont les responsables sont ceux-là même qui imposent les prix les plus élevés.
Le retour de l’investissement dans le capital humain, dans la protection sociale, dans des emplois de qualité, ne constitue pas une dépense superflue. Il s’agit au contraire d’accroître notre efficacité collective à sortir le Congo par le haut. Face à une économie de plus en plus cadenasser par la rigueur économique mondiale.
La comparaison du Congo avec d’autres pays africains (Gabon et Guinée équatoriale dont le SMIC est au-dessus de 150.000 F Cfa par exemple) nous montre qu’il existe des marges d’autonomie pour des reformes sociales en faveur d’une intégration plus solidaire. Autrement comment comprendre, tout cet étalage d’opulence de la part des dignitaires actuels si le statut quo persiste privant ainsi la majorité des Congolais d’une vie meilleure.

Comment SASSOU peut-il instituer un Congo avec deux catégories de SDF. La première catégorie des SDF, entendez par là les « SANS DIFFICULTÉS FINANCIÈRES » qui jouissent dans un bonheur indécent, et la seconde catégorie des SDF « SANS DOMICILE FIXE » croupissant dans leur une misère insoutenable. Où est le sérieux dans votre « VIVRE ENSEMBLE. » Est-il acceptable dans un pays comme le Congo que les gens survivent avec des menus de misère baptisé  l”oeufpâ” (Pain et œuf grillé) , le rizpâ ( le riz avec du pays ) ou le pain Android  ( pain avec de l’eau , ou pain avec patte d’arachide ou autre composant a porté de main ) ?


Nous remercions notre source S.B. à BRAZZAVILLE   pour son aide précieuse qu’il a apporté dans la rédaction de cet article

Jean-Claude BERI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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