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Congo-Brazzaville : Quand l’idée du dialogue obscurcit la sortie de crise

Jean-Claude BERI

Par   Jean-Claude BERI

 

La classe politique congolaise est plus que jamais à la croisée des chemins. La recherche de consensus autour des conditions nécessaires à la question du dialogue politique soulevée par l’opposition depuis quelques années dans le pays divise d’avantage les acteurs impliqués. Au Congo, l’ensemble des partis et associations politiques de l’opposition ne cesse de réclamer auprès du pouvoir en place, la convocation d’un dialogue politique inclusif devant réunir les partis de la majorité présidentielle (PCT et allié), l’opposition et la société civile.

Les années passent et l’eau a coulé sous les ponts pourtant nous assistons à une classe politique congolaise qui refait l’histoire à chaque confrontation. On s’inscrit dans un rapport au temps où l’on souhaite très vite que tout se passe tout de suite. Or il a été démontré depuis la nuit des temps que sans préparation ni cohésion, aucune organisation politique ne peut faire avancer ses idées et les faire accepter par le camp adverse. Beaucoup d’opposants sont restés scotchés à une lecture archaïque, complètement décalée de notre combat. Il est acté par bons nombres de politiciens ou qui se disent politiciens que la victoire est souvent liée à un bon dosage de rassemblement des énergies et surtout parlé d’une seule voix. A mon humble avis c’est là le plus grand dilemme de la diaspora.

Une diaspora qui a marqué de son empreinte le combat pour la restauration de la démocratie. Le pouvoir en place a pris conscience du poids que représente une diaspora unie et organisée. La divisée et la manipulée est une aubaine pour les partisans du statut quoi.  Sur ce point, on peut le dire sans risque de se tromper que le PCT manie très bien la politique de la terre brûlée. Le cas de  NZONZA et cies est là pour faire douter d’une réelle volonté de dialogue pour une frange de la diaspora.

Ayant grossièrement tenté de museler l’opposition, par plus d’une fois lors des « pseudos dialogues verrouillés d’avance », le pouvoir  se heurte aujourd’hui au mur infranchissable et à la détermination d’une diaspora qui s’impose aujourd’hui comme un acteur sur lequel il faut compter. Je félicite ce travail qui se fait en notre sein en élaguant les branches affectées. D’elles-mêmes elles tombent progressivement. L’arbre de la diaspora sera propre tant qu’il restera encore des femmes et des hommes intègres et dépourvus de toute ambition égoïstes nuisible accompagnés d’une seule arme celle de la compromission.

Les exigences de la diaspora ?

Les tentatives de confiscation et  de gestion personnalisée du dialogue sont toutes balayées les unes des autres se rendant compte de l’inextricabilité de cette question par une institution partisane. Et comme à l’accoutumée, le pouvoir, comme un serpent qui se mue sans cesse, sort du chapeau son petit lapin pour ou une ruse nouvelle. La solution miracle en prônant un« DIALOGUE INCLUSIF ». Tout en maquillant cette idée de parures dorées en espérant la faire digérer comme une sangsue épineuse, par une certaine  diaspora somnolente affamée fatiguée mais surtout complaisante.

Se servant de ses seconds couteaux, nombreux implanté au sein de la diaspora,  Denis Sassou Nguesso, tente de  baliser le chemin qui est semé d’épines.

En l’absence d’un rapport de force favorable à l’opposition, tout dialogue politique dans le contexte actuel ne sera qu’une perte de temps voire une initiative mort-née.

Déjà le fameux dialogue n’est ni convoqué par les institutions reconnues comme tels. Ni MBERI Martin, Ni MBOULOU Zépherin pourtant habilités à convoquer le dialogue ne font consensus. Comment peut-on aller négocier avec les conseillers de SASSOU ???  Les choses doivent être faites dans les normes et règles. Une convocation officielle qui nécessitera à ce moment-là aussi réponse officielle de la diaspora et l’opposition. Pour l’heure nous n’observons qu’une opération de débauchage savamment organisée visant à semer encore le trouble et la division  au sein de la diaspora. Après avoir trainé dans la boue le pauvre MAKOME, le pouvoir se vante du débauchage d’un transfuge de YUKI en la personne de NZONZA B H. Ce sont là des non événement   

Le moment ou l’information sera officielle, la diaspora se retrouvera et réactualisera ses préalables pour parler d’une seule voix.  Déjà des documents existent dans les différends plateformes de la diaspora.

Nous ne voulons pas d’un dialogue qui ne servira qu’à sortir de l’argent du Trésor public pour gaver  des députés véreux et opposants sans conviction prêts a trahir a la vue d’un premier billet de Fr CFA . Nous rejetons tout dialogue extirpé des questions essentielles qui minent la vie politique et sans porter l’opération de vérité sur la place publique. La seule exigence de la diaspora est l’alternance. Une alternance qui se fera avec le peuple par le peuple et pour le peuple. Les carriéristes politiques auront tout le temps de convaincre.

Ces points doivent être inscrits à l’ordre du jour et clairement énoncés afin d’éviter toute autre ruse du pouvoir pour éviter  la manipulation et favoriser un passage en force en 2021 pour SASSOU.

Pour « la vraie diaspora », la vigilance est de rigueur car le ver est dans le fruit.  Le clan sassou  est dans la logique de faire échouer le rassemblement  afin de s’accrocher au pouvoir. Le pouvoir  souhaite mettre la diaspora   dos au mur en réduisant ou en neutralisant ses marges de manœuvres pour que seul  Denis Sassou Nguesso reste le seul  maître de la situation jusqu’en 2021. Comme on peut le constater ses aboyeurs sont lancés dans l’arène pour distiller le venin de la division au sein de la diaspora.

Toute autre exigence sur la gouvernance, l’exemplarité politique et l’éthique ou de modification de la loi fondamentale trouveront leur traitement dans une alternance concertée.

Le constat est fait depuis longtemps : la diaspora a triomphé dans la modernité. Mais ce triomphe risque de s’achever sur un échec : celui du collectif qui peine désormais à se rassembler,  de parler d’une seule voix,  de se projeter dans l’avenir. Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que nous marchons avec nos propres bourreaux.

Le morcellement des intérêts a fait éclater notre horizon d’attente. La naissance  des groupuscules dits de diaspora de résistance attise le feu au lieu de le cerner pour mieux le circonscrire.  Seuls les naïfs et les incrédules croient que l’on peut dialoguer avec le pouvoir  dans sa formule et composante actuelle, grand fossoyeur des libertés humaines, muré dans leur seule certitude qu’il n’y a de vérité que la vérité enfermée dans l’idéologie clanique qu’il prône. Nous n’avons pas non plus pour vocation à être des éternels  « opposants » ( pour ceux qui aspirent à faire de la politique)  manquant de discernement pour exiger  le dialogue avec des gens qui font du monologue hermétique leur seule raison d’exister pour rester au pouvoir à vie.

Attention au piège

Il est évident que ce pseudo dialogue est un faux dialogue.  Quelques cadres du PCT et autres se sont mis en tête de crier ci et là qu’ils veulent un dialogue avec la diaspora, c’est un piège dans lequel nous devons nous organiser pour ne pas y être enfermé. Il faut retenir que tous les congolais sont pour le dialogue, un vrai dialogue de paix et d’unité. Cela passe par le réexamen des points cités ci-dessus.

Mais pas un diktat sous couvert de soumission. Nous avons depuis toujours réclamés ce dialogue, on nous a servi des plats indigestes à EWO et Dolisie. On nous a fait comprendre que le Congo n’est pas en crise, les institutions fonctionnaient normalement, que le pays n’était pas en faillite pourtant…..

La diaspora ne doit pas être imperméable ni sourds au dialogue. Au contraire, elle doit même l’appeler de tous ses vœux. « On ne fait la paix qu’avec ses adversaires»Seulement l’ensemble de la diaspora devrait d’abord se concerter pour synchroniser leur argumentaire pour faire du dialogue une porte de sortie bénéfique pour notre peuple. La diaspora  a des droits mais pas de perspective de progrès. La crise nous paraît sans fin car le temps lui-même s’est absenté du monde commun. Comment donc refaire l’Histoire sans écorner les acquis individuels ?

Cette reconquête n’est pas vaine. Elle est le fil qui lie notre destin commun et républicain. Lorsque les dirigeants qui sont censés vous guider vers le développement social se transforment en un groupe de fossoyeurs d’avenir, il est légitime que le scepticisme gagne le peuple.

C’est ce scepticisme qu’il faut combattre car il crispe notre désir de liberté, notre désir de nous mettre en mouvement selon nos valeurs. Il est temps de nous dépasser en nous mobilisant pour une cause digne et qui ne peut que nous  rendre fier si chacun y mettait du sien. Alors chers compatriotes congolais, combattons ensemble ce scepticisme qui crucifie notre démocratie et levons nous comme une seule personne pour dire non à la dictature d’un seul clan. Exigeons cette concertation démocratique qui donnera la primauté à la confrontation pacifique d’idées, des projets, de vision nouvelle pour le Congo, rétablira l’équilibre des choix des circonscriptions selon un vrai découpage régional.

Dénonçons avec fermeté l’extrémisme régional présenté comme projet politique qui n’est plus ou moins qu’une manipulation pour camoufler les difficultés d’une dictature aux abois. Au-delà des diktats, des barrières devenues des barbelés érigées entre les congolais, qui ne sont à notre sens que les preuves que la peur change de camp, il est plus qu’urgent de se rassembler : opposition, l’ensemble des diasporas,  associations civile, tous derrière cette volonté du vrai changement pour le bien collectif de notre peuple. Avec une opposition, diaspora  crédible et responsable, la renaissance d’une vie politique congolaise moderne plus apaisée et tournée vers un développement équitable de toutes les régions peut se concevoir. A la diaspora de prendre la mesure de cet appel et d’en faire le talisman du vrai changement. Pardonnons-nous, comme nous devons pardonner à nos aînés et construisons le changement ensemble.

Pour ma part, je reste constant et sincère pour  proclamer une position que j’estime juste face au conflit politique congolais, alors que beaucoup d’entre nous se taisent et se terrent par peur des pressions énormes qui pourraient s’abattre sur eux.

Seulement l’honneur et la valeur d’un homme ou d’une femme politique ou pas  se mesure à sa capacité à proclamer la position qu’elle estime  juste malgré les pressions. De même, il n’est pas question d’aller servir de décor à un monologue démagogique qui ne répond pas aux exigences et aux attentes des Congolais qui souhaitent de tout cœur, dans l’ensemble, tourner une page de leur histoire. Si ces conditions ne sont pas réunis, le peuple décidera du sort à  réserver aux magouilleurs et autres illusionnistes politiques issus de l’OYOLAND. «  On ne combat pas un déchet en le laissant se proliférer ».  Il n’est plus à démontrer que le clan sassou et son gouvernement sont des déchets politiques qui gangrènent notre société. Les laisser polluer d’avance notre société par des actes de corruption et de verrouillage politique  au profit d’un clan n’est plus supportable. Le combat doit être mené sur tous les fronts.

Jean-Claude BERI

 

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