Politique, Tribune libre

Congo Brazzaville : Un regard sur l’Etat de la nation avec Paul Marie Mpouélé

Par Sébastien Patrick DZEBA

Comme à l’accoutumée, le président de la République a fait constitutionnellement un message à la nation tout en dressant le bilan de l’année 2017. Ce message a suscité plusieurs réactions dans la société congolaise. La Griffe dans sa mission d’informer les populations s’est rapprochée de Paul Marie Mpouélé, Président du parti des républicains pour connaitre ce qu’il pense de ce message et, en sa qualité d’homme politique congolais, ce qu’il pense de l’avenir économique, social et politique du Congo-Brazzaville sans oublier la crise du Pool.
La Griffe : L’année 2017 a pris fin. Quel souvenir vous laisse-t-elle ?

Paul Marie M’Pouélé : L’année 2017 a été marquée par plusieurs évènements : il y a eu les élections, l’accentuation de la crise économique et financière. Et le plus beau cadeau que nous ayons reçu cette année c’est la signature des accords entre les belligérants de la crise du Pool notamment la force publique et les éléments du Pasteur N’toumi. Je crois que ce sont les trois grands éléments que nous pouvons retenir de l’année 2017. Mais vous savez chacun apprécie à sa juste valeur.

La griffe : Dans sa déclaration sur ces accords, le Pasteur N’toumi indique que le texte ne lui a pas été soumis au préalable. Que s’est-il réellement passé ?

PMM : Je ne peux pas le savoir parce que je n’étais pas présent. Mais, je salue le courage des signataires et surtout la responsabilité du Pasteur N’toumi qui, malgré ce couac, a pris acte de cet accord qui, officiellement, marque la fin des hostilités et des combats dans le Pool. Il a donné sa vision de l’accord globale, c’est déjà l’essentiel. Je pense que la commission mixte qui sera mise en place sera regardante du reste des problèmes et de l’application véritable de cet accord.

La Griffe : Le Pasteur N’toumi dans son intervention sur RFI a posé quelques préalables. Pensez-vous que ceux-ci pourront empiéter sur cet accord.

PMM : Je ne pense pas. Il y a déjà quelque chose qui est importante, c’est la cessation des combats. Après avoir obtenu cela, ils peuvent maintenant discuter. Je pense que c’est un schéma irréversible. Ce qu’il faut savoir c’est que lorsqu’on va à une négociation on perd un peu et on gagne un peu. Je pense que les choses vont avancer …

La Griffe : …Il s’emblerait que le cas N’toumi lui-même n’est pas évoqué dans cet accord

PMM : Oui, lui-même l’a dit. Tout bon congolais pourrait le constater que ce cas ne pourra être résolue que de manière politique. Et cette manière, à mon entendement, est celle qui va être abordée par la commission mixte paritaire qui va être mise en place. Je pense qu’il y’a plus de peur que de mal, comme on le dit.

La Griffe : Politiquement, il y a le premier secrétaire de l’Upads qui a été désigné comme le président de l’opposition. Quels est votre sentiment à propos ?

PMM : C’est une désignation constitutionnelle qui demande que le second parti qui a le plus grand nombre de députés après le parti majoritaire prenne la tête de l’opposition. Ce qui reste c’est que le président désigné parvienne à ressembler toutes les chapelles de l’opposition. Vous savez, l’opposition c’est un comportement, c’est une attitude. Et, ce n’est pas à bout d’arrêté ou de décret qu’on peut désigner X ou Y chef de l’opposition. Ça se mérite sur le terrain en fonction de la capacité de mobilisation mais surtout en fonction du projet alternatif que les uns et les autres portent. J’espère que nous parviendrons tous au nom de cette opposition à ériger un projet alternatif qui soit crédible à taire nos différends pour qu’enfin nous ayons une plate-forme commune qui nous permettra de s’opposer véritablement au pouvoir actuel.

La Griffe : Venons-en au message de fin d’année prononcé par le président de la République. Que vous inspire ce message ?

PMM : J’avoue qu’au début j’ai eu envie de dormir parce que j’avais l’impression de toujours entendre cette autosatisfaction, que nous avons bien travaillé, que nous avons construit des routes, des bâtiments etc. Mais la deuxième partie m’a intéressée. Cette partie qui a constitué à se rendre compte de ce que pendant plus de 20 ans le pays se montrait comme un bateau sans capitaine. Et à la fin de ce vingtième année, le capitaine se « réveille » et constate qu’il y a beaucoup de pagaille, il faut mettre de l’ordre.
Mais il ne suffit pas de dire parce que, je pense que c’est la troisième fois que le président de la République fait des déclarations sur l’intention de la lutte contre l’impunité, la corruption, la concussion et j’en passe. Il s’agit de poser des actes. C’est au tournant autour duquel on attend le président de la République. Il faut que lui à son niveau donne l’exemple. Vous avez des ministres qui sont soupçonnés de malversation, des enfants soupçonnés de tels ou tels scandales et pendant près de cinq ans ou plus, le Congo a caracolé en tête du hit parade du scandale financier au plan international. Je pense que lui entant que chef, il doit savoir prendre des mesures conservatrices pour dire untel est fortement soupçonné je le suspends et je le mets à la disposition de la justice. Je crois que le président Sassou est un vieil homme politique, il n’y a personne qui soit indispensable dans ce pays et il n’y a personne qui puisse se dire incontournable dans notre nation. Ce que je souhaite, en tout cas au-delà de toutes les lectures qu’on peut faire – puisqu’on les fait depuis 1979 – c’est de voir désormais le procureur de la République libre, d’ouvrir des informations judiciaires sur tel ou tel fonctionnaire ou haut fonctionnaire comme sur tout congolais lambda comme cela se fait partout ailleurs sans trafic d’influence, sans abus de position dominante. C’est ce que nous attendons du président de la République. Il a déclaré, maintenant nous allons voir dans les faits s’il y aura des députés qui vont ouvrir des enquêtes parlementaires sur tel ou tel dossier.
En tout cas vivement nous attendons les enquêtes parlementaires sur les municipalisations accélérées parce que ça été un gouffre à sous. Les enquêtes parlementaires sur la gestion des fonds du pétrole par la SNPC, les enquêtes parlementaires sur les grands travaux parce qu’il se trouve que se sont ces différents secteurs et les régies financières qui nous ont conduits dans le gouffre que nous vivons actuellement. Alors, on ne peut pas toujours déplorer la crise sans sanctionner ceux qui en sont les auteurs.

La Griffe : Vous opposants vous avez toujours dénoncé les maux reconnus aujourd’hui par le président de la République dans son message. Pensez-vous que le procureur de la république attendait le mot d’ordre du Chef de l’Etat pour agir.

PMM : J’ai dis chapeau ! Parce qu’enfin le président de la république s’est rendu compte que nous avions raison tout le temps. Nous le disons depuis 2009 que l’économie ne peut pas être gérée comme ça, nous craignions que nous allions droit dans le mur. On ne nous a pas entendus. Maintenant que le président de la République a fait le même constat, alors, je dis gloire à Dieu parce que finalement nous sommes sur la même longueur d’onde. Reste que l’indépendance de la justice soit prouvée par des actes, la capacité, la liberté accordée au procureur, entant que représentant de l’Etat dans l’appareil judiciaire, de prendre des initiatives afin de garantir les intérêts de l’Etat partout où ils se sentent lésés. Il n’y a pas que le procureur, il y a aussi le parlement qui a l’obligation du contrôle de l’exécutif. Le top a été donné nous attendons l’exécution.

La Griffe: Dis-nous à quel moment cette léthargie est rentrée dans le corps de ceux qui ont la police de la décision.

PMM : Déjà le mode d’accès au pouvoir du président de la république en 1997 l’a gardé comme prisonnier des lobbies qui l’on conduit au pouvoir. Le crédo à l’époque c’était de dire, il faut transformer la victoire militaire en victoire politique. C’était presque répété tout le temps. Et c’est ce que nous avons vu avec l’organisation des élections de 2002.
Et nous à l’opposition avions commencé à dénoncer en disant qu’on ne peut pas continuer à gérer le pays comme une épicerie familiale pour emprunter l’expression du général Ngouélondelé. Nous n’étions pas seuls. Beaucoup d’organisations internationales nous ont presque emboités le pas. Je fais allusion à Global Witness qui déjà en 2002 dénonçait le fait que près de 500 milliards de FCA étaient portés disparus chaque année alors que cela nécessitait qu’on fasse un collectif budgétaire en fonction de l’augmentation du prix du baril de pétrole. Donc, nous avons commencé, il y a longtemps, à dénoncer la mauvaise gestion, la gabegie financière, la corruption qui catapultaient le pays sur le mur. Nous avons eu l’impression que nous n’étions pas entendus. J’espère que 20 ans aujourd’hui, tout le monde peut entendre raison à l’image du président de la république.

La Griffe : Peut-on dire que le président de la République est entrain de lâcher ceux qui l’on conduit au pouvoir en 1997 pour une nouvelle donne politique ?

PMM : Bon. Le dire est une chose et le faire en est une autre. Nous allons voir comme on le dit, on reconnait le maçon au pied du mur. Nous avons de notre côté lancé un appel pour que la crise économique actuelle soit considérée comme une cause nationale et que ça rassemble les congolais au-delà de leurs obédiences politiques. Et c’est le président de la république qui a l’obligation de rassembler, d’apaiser le climat politique. Donc, il lui appartient de faire le premier pas pour que les congolais, au moins la vraie majorité, se lève pour dire faisons cause commune, dépassons cette crise et après il y aura, certainement, des comportements nouveaux qui devront forcément être imposés dans la société.
Quand on parle de corruption, on a l’impression que ce ne sont que les gouvernants qui corrompent. Imaginez une maman assise à la maison et qui voit un matin sa fille débarquer avec une Rav4 ou une V8 qui coûte 80 millions de FCFA. Elle ne s’étonne pas, plutôt elle est heureuse de voir sa fille en voiture. Elle ne se pose pas la question de savoir comment cet enfant a fait pour avoir subitement une voiture qui coûte des millions. C’est la même chose avec les parcelles où un matin une fille qui dit quelqu’un a construit pour moi une maison quelque part et va désormais y habiter. Mais qui l’a construit si rapidement et avec quels moyens, quelle est la traçabilité de ses fonds ? Personne ne cherche à le savoir mais on est content que ainsi soit. Donc, nous sommes tous comptables de ce qui se fait aujourd’hui. Je pense – je peux me tromper- notre société a besoin d’être véritablement formaté, reformé pour que nous ayons des attitudes des travailleurs, des conquérants que des attitudes passifs qui consistent à se laisser assister continuellement.

La Griffe : Vous parlez de rassemblement. Faites-vous allusion au dialogue que vous avez l’habitude d’exiger ?

PMM : Ecoutez. Le dialogue est une vertu africaine. Je pense que si il y a une chose que nous allons emmener au concert des nations, c’est notre capacité à nous retrouver et à trouver des solutions à tous les problèmes de quelques natures que ce soient dans nos familles, dans notre société africaine. Si ça doit passer par un dialogue peu importe le terme qu’on peut lui attribuer «inclusif ou national», l’essentiel que ça permette notamment aux congolais de se parler, d’identifier le mal et d’apporter la thérapie nécessaire. Cela va au-delà de nos valeurs, de nos positions sociales. Je peux être président de la république et pour l’intérêt supérieur de la nation, je serai obligé de dire « je vais m’asseoir avec mon adversaire pour que nous réglions les problèmes de la nation pour que nous puissions avancer. » Parce que nous ne serons pas éternels. Est-ce qu’il nous faudra léguer cet héritage fait de haine, de contradictions quelquefois futiles à nos générations futures ?
Faut-il que nous laissions cet héritage à nos enfants qui vont le perpétrer, certainement, de manière plus virulente ?
Je pense qu’il est de notre devoir de créer une société apaisée, une société rassemblée par des valeurs que nous défendons par : l’unité, le travail, le progrès. Ce sont nos valeurs républicaines, il faut les mettre en pratique pour que le Congo puisse aller de l’avant.

La Griffe : Vous parlez de rassemblement, les réseaux sociaux parlent d’une transition en affichant un gouvernement dont Paul Marie Mpouélé est ministre des Hydrocarbures. Qu’en dites-vous ?

PMM : (Rires) Oh, ce sont des fantasmes. Quelqu’un derrière son clavier, qui certainement n’a rien à faire essaie d’imaginer parfois n’importe quoi pour le pays. Un perd temps. C’est aussi le droit de chacun de rêver. Mais je ne pense pas que le salut du Congo doit forcément passer par des occupations de positions sociales de tel ou tel individu. Je crois que ce n’est pas cela le pus important. Le plus important c’est l’idéal que nous nous fixons pour ce pays, c’est l’ardeur, la détermination que nous mettons tous ensembles pour atteindre cette idéale. Voilà ce qui est plus important pour moi. Les positions sociales des uns et des autres ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est que le pays se fixe un objectif. Comme l’indiquent les valeurs de notre république, Nous avons besoin de l’unité, le travail pour atteindre le progrès ; Il faut que ces valeurs soient mises en branle pour que, demain, nous puissions laisser un bon héritage à nos enfants. Cela fait 50 ans dépassés que nous sommes indépendant. Mais quelle indépendance ! Nous avons suffisamment épilogué là-dessus. Je pense qu’il est temps que nous puissions nous arrêter pour s’interroger sur la question de savoir qu’avons-nous fait de bon après 58 ans d’indépendance et qu’est-ce qui nous reste à faire ?
Avons-nous posé les bases d’une république, d’une nation, d’un développement qui, dans 5, 10 ans nous permettra de rêver?
Il y a une chose que j’ai retenue en 2017, c’est l’organisation à Paris du sommet sur le climat par le président Emmanuel Macron. Je retiens de ce sommet un engagement très fort de la Banque Mondiale qui dit qu’elle ne va plus financer toutes les opérations liées à l’exploration des hydrocarbures, notamment du pétrole. Est-ce que les congolais y ont pensé ? Notre principale ressource dans ce pays c’est le pétrole. Et si demain les grands pays se désolidarisaient de cette manne (pétrole) qu’allons-nous devenir ?

Nous avons parlé de la diversification de l’économie depuis plus de 30 ans. Résultat : rien ne se fait de manière concrète pour que l’économie congolaise soit diversifiée. Est-ce les Congolais pensent à la stratégie qui est en perpétuel mouvement, Quel est notre apport au concert des nations ? Voilà des questions qui doivent préoccuper ceux qui prétendent nous diriger aujourd’hui et demain. Mais si c’est pour faire des calculs comment je vais devenir sous-préfet, ministre, directeur de ceci ou cela franchement ce n’est pas ma préoccupation.

La Griffe : Si vous étiez conseiller du Président de la République que conseilleriez-vous au Chef de l’Etat pour 2018.

PMM : J’aurai aimé être président de la République mais bon si je suis l’un de ses conseillers – ce n’est non plus mauvais – je lui demanderai de rassembler, d’apaiser et travailler pour que le Congo puisse aller de l’avant.

Propos recueillis par Sébastien Patrick DZEBA

La griffeinfos Journal

2 commentaires

  1. Pour ceux qui ne veulent rien comprendre de l’histoire du Congo et qui se laissent prendre par la manipulation, les stupides mensonges du régime criminel, dictatorial et génocidaire Sassou Nguesso , jusqu’ au point de croire que Ntoumi est à la base de la guerre du Pool commencée le 4 avril 2016, voilà un exemple parmi tant d’autres:
    « Paulin Makaya par exemple est toujours en prison. Mais pourquoi cela. Emprissonné arbitrairement avant le commencement de la dite guerre du Pool, comme furent tués des centaine de manfestants pacifiques contre le changement de la constitution à Brazzaville, Pointe-Noire, Paulin Makaya, le leader de la formation Unis pour le Congo avait été condamné en juillet 2016 à deux ans de prison pour « incitation au trouble à l’ordre public ». Il a fini de purger sa peine le 1er décembre de cette année. Pourtant, il n’a toujours pas recouvré la liberté. Pourquoi ? »
    Congolais. Il faut comprendre l’état d’esprit du tyran sanguinaire Sassou Nguesso et son clan dont les actes de barbarie, de corruption, de haute trahison et des crimes contre l’humanité ne se comptent plus: Notre la lutte pour la libération se doit plus acharnée, constante et multiformes.
    . Nous devront sans cesse dénoncer les dérives, le non respect du droit de l’homme de ce régime hitlérien. Le génocide du Pool, les arrestations arbitraires des opposants,manifestants, les morts dans les prison, les crimes contre l’humanité tels que le problème des disparus du Beach, des biens mal acquis, des détournements massifs des deniers publics, la fermeture du CHU et autres centres hospitaliers et les conséquences des morts gratuits, ne sont pas à prendre à la légère.
    . Congolais et « victimes du régime de Brazzaville avons la charge de porter plainte contre Sassou-Nguesso, et sa quel que soit l’endroit où nous trouvons.Il faut que l’impunité finisse auCongo.
    . »Le pacifisme bêlant ne paye pas contre Sassou Nguesso et les autres les psychopathes « qui forment son clan.
    . Congolais nous devront tout faire, usqu’au point d’utiliser légitiment la force pour chasser le criminel génocidaire Sassou-Nguesso illégal et sa bande, car il est illusoire de s’attendre de réssoudre la crise globale par une quelcongue négociation avec régime dictatorial, génocidaire Sassou Nguesso.
    Après 34 ans d’exercice de pouvoir illégal dans l’intimidation, terreur, corruption, il ne faut s’attendre à ce que le dictateur sanguinaire,terroriste Sassou Nguessou devienne sage et respecte les décisions de ce eme dialogue, en un mot de ce grand rassemblement national tant espéré. Sassou Nguesso et sa clique ne comprennent qu’ un seul language: Le language de la force.
    Congolais de la diaspora: Moyennant 5 euros, pour nous financer une rebellion armée qui doit s’ouvrir sur plusieurs fronts de l’étendue du territoire du Congo.

  2. LA GEOPOLITIQUE: ACTUALITE DU 11 01 2018 : KABILA PIEGE MOSENGWO ? LA CENCO CHEZ SASSOU NGUESSO BOTALA
    Entente cordiale politico-militaire et géopolitique entre les résistances aux tyrannies politiques des deux rives du fleuve Congo: Sassou tombe Kabila aussi et inversement… http://congo-objectif2050.over-blog.com/2018/01/la-geopolitique-actualite-du-11-01-2018-kabila-piege-mosengwo-la-cenco-chez-sassou-nguesso-botala.html

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