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Congo-Brazzaville : Sassou se gave au FMI d’un appétit insatiable

Par :  Patrice Aime Cesaire MIAKASSISSA

Les temps sont durs, Peuple Congolais. Là où le FMI passe, le peuple trépasse.

En ce jour 11 juillet 2019, une mauvaise nouvelle nous est parvenue de Washington aux USA, siège du FMI (Fonds monétaire international). Le Conseil d’administration du FMI a décidé de donner de l’argent de poche au clan Sassou déjà détenteur des 14 000 milliards de francs CFA des générations perdues, dont plus personne ne semble se soucier.

La pacotille de 448,6 millions de dollars sur 3 ans accordée au Congo-Brazzaville à coté de notre dette estimée à 10,7 milliards de dollars n’est là que pour amuser la galerie. L’on se croirait dans un film de science fiction, mais hélas non.

Pendant que la famine nous assaille, le FMI octroie une bourse aux mêmes qui ont mis le Congo-Brazzaville par terre. Et c’est reparti pour un tour comme en l’an 40. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, notre calvaire est loin d’être terminé. C’est Simone Weil qui écrivait : «Toutes les tragédies que l’on peut imaginer reviennent à une seule et unique tragédie : l’écoulement du temps.» Pour le Congo-Brazzaville rien de neuf et depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Tout ça pour ça comme dirait l’autre. Un seul membre de ce clan mafieux aurait pu débourser cette somme sans se ruiner.

C’est une victoire à la Pyrrhus que vient de remporter le gouvernement congolais ; Une victoire chèrement acquise, au résultat peu réjouissant. Le FMI a privilégié la stabilité de la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) sauvant du même coup notre potentat local. Le manque de liquidité en Euros avec l’arrêt des transactions financières de Western Union de ces derniers jours aurait pu entraîner un chaos au niveau de toute la sous-région. Pragmatiques, les banquiers du FMI ont préféré sauver toute la sous-région et en même temps la brebis galeuse qu’est devenu le Congo-Brazzaville.

Il nous revient de bien analyser que dans ce monde, l’on ne traite qu’avec ceux qui ont une certaine légitimité dans un pays, d’où qu’elle vienne. Même le diable traiterait avec le FMI s’il arrivait à montrer pattes blanches. Tant que cette bande de trafiquants sera au pouvoir, notre horizon restera à jamais bouché par des gros nuages faisant du Congo-Brazzaville le plus grand pollueur de la planète.

Après les accords avec le FMI, Le Congo-Brazzaville retrouve un semblant de crédit, tel une prostitué retrouverait sa virginité. La Banque mondiale, l’Union européenne et la France vont rentrer dans la danse en déversant dans notre pays des sous que nous ne pourrons plus jamais rembourser, hypothéquant ainsi à jamais notre territoire. Notre PIB (produit intérieur brut) c’est-à-dire la richesse que nous générons en une année ne provient pas de notre travail, mais de nos matières premières notamment le pétrole et le bois qui ne sont pas éternelles.

Il y’a lieu de s’interroger sur ces institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale, qui à l’origine ont été créées au sortir de la Seconde guerre mondiale pour jeter les bases d’une économie mondiale plus stable et plus prospère ; Elles ne perdurent qu’en créant la misère et la désolation afin de mieux jouir à bas coût de nos ressources naturelles. Ces dernières ont été incapables en Afrique d’apporter une assistance technique pour nous aider à bâtir et à maintenir des économies florissantes. C’est un jeu de dupes.

L’Afrique toute entière est pillée au vu et au su de tout le monde sans que personne ne s’en émeuve. Ma plume suinte de l’encre de sang tant la douleur qui m’imprègne est immense et insensible à tous les anti-douleurs. Au lieu de construire des écoles ou des hôpitaux, des bases militaires poussent ça et là contre un ennemi que seuls eux voient. Le notre étant la faim, la malnutrition, les maladies, la mauvaise éducation, etc.

Après la deuxième guerre mondiale, l’Europe a bénéficié des Américains du Plan Marshall et les résultats sont visibles aujourd’hui. La stabilité économique avec la modernisation des infrastructures a conduit à la stabilité politique, laissant loin derrière les relents belliqueux des uns et des autres.

Pour l’Afrique, notamment Francophone, les résolutions du Sommet France-Afrique de la Baule du 20 juin 1990 qui devaient sonner le tocsin du développement de ce continent, ont été un vœu pieux. Un Président français allant jusqu’à dire que «La démocratie était un luxe pour les Africains.» Ce qui est affligeant. Il eut fallu que nous restions à l’âge de la pierre taillée afin de contempler nos bienfaiteurs venus nous apporter la civilisation dont nous eûmes besoin. C’est indigne.

L’échec de la gouvernance au Congo-Brazzaville n’est pas que le nôtre, mais il est aussi celui de tous nos partenaires au développement notamment le FMI en tant pompier-pyromane, la Banque mondiale en tant qu’usurier et la France en tant que proxénète gardant jalousement ses intérêts. Cette dernière avec qui nous avons des liens séculaires ne s’est toujours pas rendue compte qu’au Congo-Brazzaville, il manque de l’eau potable pour la très grande majorité de la population et que l’électricité est une denrée rare. C’est un fait au vu du nombre des milliards de francs CFA volatilisés dans ce pays.

Il est évident que nous vivons dans des mondes différents. Pendant que le commun des mortels parle de fin du mois difficile et d’absence de salaire, les politiciens français se goinfrent aux homards et se saoulent aux grands crus que même leur propre citoyen ne contemple qu’au travers des photos.

La légitimité qui découle de la démocratie permet tous les abus. En l’absence de contre-pouvoirs efficaces dans nos contrées, cela conduit à des régimes dictatoriaux comme au Congo-Brazzaville. Mêmes certaines nations de l’Afrique de l’Ouest habituées à des alternances politiques pacifiques commencent à sombrer dans le totalitarisme.

Qui avait dit que l’Afrique était mal partie ? A mon avis, ce fut un faux départ et il nous revient de remettre nos pieds dans les starting-blocks afin que le vrai départ soit donné.

Le 11 juillet 2019 est encore une date sombre et lugubre qui s’ajoute à notre calendrier de malheur jonché d’événements douloureux. A cette allure même le jour du Seigneur sera un jour de deuil et ce sera le commencement de la fin.

Qu’à cela ne tienne, il nous revient de garder l’espoir car tant qu’il y a la vie, aucune forteresse n’est imprenable.

«L’enfer c’est de s’apercevoir qu’on n’existe pas et de ne pas y consentir.», dixit Simone Weil.

Le peuple congolais existe, sait ce qu’il veut et c’est là l’essentiel.

Patrice Aime Cesaire MIAKASSISSA

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