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CONGO BRAZZAVILLE : SEJOUR DANS UN PAYS AU BOUT DE L’EFFONDREMENT !

CONGO BRAZZAVILLE : SEJOUR DANS UN PAYS AU BOUT DE L’EFFONDREMENT !

Paolo Benjamin  MOUSSALA

 

Paolo Benjamin MOUSSALA

Séjourner, vivre et travailler dans une grande ville comme Brazzaville présente l’avantage d’avoir les meilleurs produits et services du monde moderne à portée de main. Mais à Brazzaville, jadis Brazza la verte tout comme dans plusieurs villes du Congo B, les habitants en sont privés, du fait de la mauvaise gestion.

 

Nos gouvernants ont absolument détruit tout notre patrimoine culturel, ce qui représentait toutes nos traditions, notre mode de vie. Et depuis plusieurs années maintenant, les congolais sont privés de services culturels comme les musées, théâtres, cinémas, festivals, foires, zoos, piscines, parcs et jardins pour se divertir, ce qui peut considérablement réduire les risques d’une délinquance. Comme tout ce qui est mené par des gouvernants des États corrompus, il fallait s’attendre à la gabegie, au pillage et au détournement de fonds publics pour que tous ces services s’effondrent.

Rien d’inhabituel dans le comportement de ces politiciens véreux et seuls les plus naïfs croient encore en eux.

Et au CONGO B, ce qui est normalement présenté en grande pompe est de nature indiscrète à dévergonder la population, à l’instar des discothèques et autres clubs de déperdition, souvent ouverts dès le matin.

Au milieu de la cacophonie qui règne entre les embouteillages de la route, des lampadaires de rue aux lumières non vives, les délestages quasi permanents d’électricité et de l’eau potable qui ne coule pas au robinet du consommateur, c’est l’incertitude et de la galère assurées.

La réponse des gouvernants à ces récurrentes problématiques se fait toujours attendre. Tout est promis mais rien n’est tenu. Il nous faut donc des gouvernants qui vont nous ramener tout ce que notre pays a perdu comme valeurs, services culturels et divertissements.

Les quelques rares endroits de culture comme la librairie et la bibliothèque sont discrètement cachés, comme si on les exigeait à ne pas se faire remarquer.

Aujourd’hui, les endroits préférés des congolais sont les églises de réveil et les nganda(bar-dancing), où chacun vient raconter ses moments de plénitude et de joie mais aussi ses infortunes de la journée.

Là où au moins, ils trouvent les bouteilles de bières en promotion. La bouteille de whisky de marque à vil prix, ce qui m’a toujours surpris. Je n’arrive pas à croire qu’un aussi bon whisky se vende à ce prix. En fait, c’est de la contrefaçon. Et le congolais bling-bling aime son whisky frelaté.

Ainsi, je comprends que le service de la répression des fraudes a du mal à débusquer le faux pour avoir sur le marché autant de produits importés de contrefaçon. Corrompus ou un manque de vigilance accrue sur ces produits importés ? Aussi, circule de faux médicaments vendus à la sauvette, ceux-ci présentant un danger pour la santé des populations déjà en grande détresse.

Encore la bière, ils ont le choix et même, il y a aussi une large gamme de boissons artisanales qui se boivent froides ou chaudes dont le vin de palme (le tsamba), le boganda(lotoko), le tsamou tsamou et le whisky local non titré, vendu à cent francs cfa le petit sachet soigneusement attaché, mais les produits pharmaceutiques de qualité, ce ne sont pas donnés à tous.

Dans les petits nganda du quartier là où j’aime aller retrouver mes vieux copains que je n’ai pas vus depuis longtemps, avec qui je me sens bien, j’ai toujours été attiré par les saveurs distinctes de la bière mais par mimétisme, je choisi comme eux, une boisson artisanale.

Je suis également fasciné par leur façon d’accompagner cette boisson avec des plantes naturelles et quelques ingrédients épicés. Le but de consommer la boisson et les plantes est d’encourager la sensualité ou de stimuler la libido, m’expliquent-ils.

Cette potion qui n’a rien de magique est aussi employée pour favoriser la digestion, en cas de rhumatismes ou encore de migraines. Je pense qu’il ne s’agit que de simple croyance un peu naïve.

Pour moi, alors que la crise économique avait encore aggravé la situation sociale déjà très précaire de mes compatriotes, je pense que le choix de boissons artisanales est du fait de la pauvreté mais plutôt d’une histoire truffée de fantasmes sexuels comme celle des vertus libido-gènes.

Ils se considèrent comme de vrais spécialistes de la médecine traditionnelle. Ils s’estiment avoir une solide expérience des plantes médicinales même si aucune recherche n’a validé cette utilisation traditionnelle. Cette croyance est tellement entrée dans leurs mœurs au point qu’ils se sont écartés de leur formation initiale car pour la plupart des responsables de famille mais aussi des diplômés sans emploi… voilà la triste réalité.

Malgré ce mal-être congolais, revenir à Brazzaville, dans le quartier Poto-Poto, ma ville de naissance, est toujours pour moi un grand plaisir et c’est dans les nganda, que j’ai une forte chance de retrouver les miens. J’ai toujours eu grand plaisir à parler avec eux de tout et de rien. Ils s’inquiètent de leur avenir, de l’accès à la santé et surtout de l’extrême chômage et pauvreté, que le gouvernement ne donne aucun signal fort, qu’il est marqué par son incapacité à aller au bout de ses promesses.

Leur discours est néanmoins très pessimiste, ils expriment leurs calvaires vécus et en même temps une volonté de changement.

Certains se montrent ainsi ouvertement très critique à la gestion chaotique du pays, ça commence à énerver et même à les inquiéter. Pour autant, la donne ne change pas, ils sont passifs.

Diplômés ou non, ils n’ont pas d’avenir dans le pays, ils ne peuvent plus attendre et c’est difficile de s’en extirper dans un tel bourbier. Ils sont face à un régime autoritaire et se retrouvent dans l’impasse. Ils préfèrent se retenir et rester dans un état de sidération. C’est ainsi, faire bouger les lignes avec eux, c’est dur, beaucoup plus dur parce qu’ils sont conscients mais pas engagés. Et, ils sont enthousiastes à répéter à chaque fois » Dieu est grand et tout va bien par sa grâce », une réponse stupide à mon sens.

Avec cette façon de voir l’avenir, il sera difficile de prendre sa vie en main. Enfin, j’ai compris qu’ils consacraient plusieurs temps par jour à des activités leur permettant de devenir encore plus démunis. Je passe beaucoup de temps auprès d’eux, afin de comprendre comment ils vivent, et quel est leur mode de fonctionnement. Il en ressort avec plusieurs points communs.

Leur temps est découpé en plusieurs activités précises qui semblent revenir régulièrement. Des heures sont ainsi consacrées à l’adoration du seigneur, fixer entre des veillées de prière et jeûnes, ce qui génèrent encore plus de maladies et de misères.

Le même temps est ensuite consacré à l’ambiance, dans les bars dancing, discothèques, par la danse notamment. La finalité ? Augmenter des connaissances sur des sujets particuliers, qui souvent abrutissent, qui ne pourraient les aider à améliorer leur condition de vie… une situation complexe à vivre.

Heureusement, ils n’ont pas déserté le sport, ils consacrent ensuite quelques heures à l’exercice physique, notamment la marche à pied, le nzango, le football, qui améliore les fonctions mentales, réduit le stress, et embellit leur humeur.

Le même temps est ensuite consacré au réseautage (favorise le système D), la solidarité au deuil, qui permet de rester en contact avec des proches, des amis et des connaissances.

Outre l’ambiance des nganda, qui pour l’exécutif constitue plutôt un moyen stratégique de détourner l’attention des citoyens de leurs plus larges revendications et de leurs droits fondamentaux, certains jours, lorsque le temps me le permet en matinée ou l’après-midi, après quelques terribles rencontres avec les cadres dirigeants connus, j’apprécie une promenade solitaire en visitant les administrations publiques, les établissements sanitaires et scolaires, les transports en commun, les nouvelles infrastructures routières, les voiries et les marchés domaniaux.

En quelques jours, je me suis senti dépassé par l’ampleur et la profondeur de ce qui m’est servi comme désolation. Je suis accablé et ça m’a permis une ouverture sur un tas de suggestions, le constat est malgré tout sidérant:

– la corruption dans l’administration publique est massive et palpable, elle n’est pas discrète. L’erreur du gouvernement est de ne pas traiter la corruption comme un ennemi du progrès qu’il faut combattre à coup de sanction et ensuite se débarrasser des fonctionnaires et dirigeants corrompus.

– Il faut noter qu’il n’y a aucune volonté des pouvoirs publics de développer le réseau de transport en commun, un secteur encore tâtonnant qui nécessite un profond état des lieux en tenant compte de la densité démographique importante et des limites géographiques, ce qui implique de bien gérer les flux des voyageurs et de réduire les actuelles tracasseries devenues un casse-tête des usagers dans les grandes villes telles que Brazzaville et Pointe-Noire.

– les quelques infrastructures routières construites dans la capitale sont délabrées. Les services municipaux censés assurer l’aménagement et l’entretien des routes et le curage régulier des caniveaux sont inexistants. Les marchés domaniaux sont à l’ancienne, baignent toujours dans l’insalubrité et les décharges sauvages des ordures ménagères sont une menace à la santé de la population malgré quelques opérations fantaisistes de nettoiement.

– les établissements d’enseignement publics sont délaissés au profit des établissements privés, qui eux-mêmes ne sont pas aux normes. Les établissements publics sont sous équipés en personnel enseignant, en tables bancs et dont certains élèves sont assis à même le sol lorsque les moyens des parents ne permettent pas de s’offrir un banc. Qu’en est-il du recensement des effectifs de la fonction publique censé identifier les éventuels agents fictifs et ceux déjà à la retraite mais qui continuent à emmarger ? Il faut les remplacer.

– les hôpitaux manquent cruellement les moyens matériels pour la prise en charge de la santé des populations. Mais tout reste à réinventer, de la mentalité déplorable des professionnels de santé corrompus et maltraitants, la compétence qui n’est jamais réévaluée, la prise en charge et des prescriptions dictées selon la tête du patient, l’impunité en cas d’erreurs médicales, y compris le racket des patients, il y a de quoi se faire du souci. Comment la population peut-elle encore faire confiance aux hôpitaux?

Des établissements pour certains archaïques et délabrés qui cumulent aujourd’hui les affaires louches, corruption et de divers problèmes de gouvernances et défaillances de gestion, des innombrables décès obscurs, le tout dans un esprit obscurantiste et malsain.

Et c’est sans parler du musellement des médecins qui osent hausser la voix pour émettre de nouvelles idées. Les patients ne sont plus en sécurité dans ces hôpitaux qu’il faut détruire et remplacés par des nouveaux plus sains, plus modernes et plus ouverts d’esprit.

Aujourd’hui, la bonne nouvelle est que le CHUB et le centre hospitalier de référence d’Oyo, possèdent désormais la dialyse, une technique d’épuration du sang dans le cas de personnes atteintes d’insuffisance rénale. Cette technique permet d’éviter à nos compatriotes les évacuations sanitaires à l’étranger dont les procédures sont souvent compliquées et le coût du séjour ainsi que les soins sont très onéreux.

Mais la disparité entre le prix d’une séance de dialyse qui revient à dix mille francs cfa au centre hospitalier de référence d’Oyo, passe à cent mille francs cfa la même séance au CHUB est choquante et c’est inacceptable. Qu’est ce qui peut justifier cette énorme différence de traitement entre ces deux centres hospitaliers publics ?

Je précise que le traitement pour être efficace, le patient dialysé est soumis à trois séances par semaine. Dans ce cas, j’imagine le patient qui fait sa séance, sa double séance ou sa triple séance par semaine puis par mois au CHUB, le calcul est très vite fait et se chiffre en million !

Et j’ai, je l’avoue, du mal à comprendre cette injustice et c’est une façon d’autoriser une discrimination de chaque congolais en fonction de son statut social, une façon également de réserver les soins aux citoyens nantis. Cette inégalité inique nécessite une réaction immédiate du gouvernement.

J’ai une grande pensée pour tous ces congolais en grande précarité qui surtout n’ont pas accès à la dialyse comme il se doit, c’est une mise à mort en douce… je suis choqué !!!

Le gouvernement peut réparer cette situation en ajustant les prestations du CHUB au coût de la vie comme au centre hospitalier d’Oyo. Donc en tenant compte d’une certaine manière du pouvoir d’achat des congolais.

Ainsi, mon pays est au bout de l’effondrement… Qui vivra verra !!!

Paolo Benjamin  MOUSSALA

Le Serpent.

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