Economie

Congo-Brazzaville : Chronique d’un Etat failli

Contrairement aux précédentes conférences de Paris et de Marrakech, Denis Sassou Nguesso a considérablement réduit la délégation venue l’accompagner à Bonn, en Allemagne, où il a participé à la COP23 du 6 au 17 novembre.

En plein marasme financier, l’Etat congolais doit se résoudre à réduire drastiquement ses dépenses. Aucune institution n’est épargnée. Pas même la présidence.

Endettement Colossal

Avec une dette de 5329 milliards F CFA (8 milliards d’euros) équivalent à 120% de produit intérieur brut (PIB) dont une partie a été sciemment dissimulée au Fonds monétaire international (FMI), le Congo-Brazzaville connaît une crise sans précédent sur fond de rébellion dans le Pool (Sud) que le chef de l’Etat tente de «neutraliser» grâce aux éléments des Forces armées congolaises (FAC), les rares à percevoir encore leurs émoluments…

Officiellement justifiée par le retournement vertigineux du marché pétrolier depuis 2014, la situation du pays est, en réalité, largement imputable à une gouvernance chaotique ces dernières années (mauvaise allocation des ressources, dépenses excessives, recours systématique à l’endettement, etc.).

Alors qu’il s’est engagé depuis septembre dans des négociations serrées avec le FMI pour espérer un programme d’aides budgétaires, Denis Sassou Nguesso mise sur un rebond de la production pétrolière en 2018 grâce à la mise en exploitation de nouveaux puits.

Les marges de manœuvre sont extrêmement ténues, la production existante étant gagées sur cinq ans…

En attendant que Washington se prononce – une mission n’est pas attendue avant février 2018 -, l’Etat tourne au ralenti et cherche des fonds par tous les moyens.

Les entreprises privées ferment les unes après les autres. Déjà déficitaires, les structures publiques comme la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), la Société nationale d’électricité (SNE) ou la Société nationale de distribution d’eau (SNDE) doivent être restructurées en profondeur.

Salaires non versés

Les retraités ne perçoivent plus leurs pensions depuis près d’un an.
Les médecins et personnels hospitaliers n’ont pas été payés depuis quatre mois.
Les enseignants et les personnels de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville ne sont pas payés depuis juillet. Les étudiants boursiers n’ont pas vu l’ombre d’un franc CFA de l’Etat depuis une année.

A l’exception d’une infime partie des 66 000 agents de l’Etat, dont les militaires, aucune administration n’échappe aux arriérés de salaire. Gérés par la Caisse de retraite des fonctionnaires (CREF), les retraités ne perçoivent plus leurs pensions depuis près d’un an.

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville, unique CHU du Congo-Brazzaville, vient de fermer ses portes à la suite d’une grève des médecins et personnels hospitaliers. Ces derniers n’ont pas été payés depuis quatre mois. Les patients et malades sont invités à rester chez eux.

Le secteur de l’éducation est également touché. Les enseignants et les personnels de l’Université Marien Ngouabi (UMNG) de Brazzaville – la seule du pays – ont cessé le travail depuis plusieurs semaines. Ils ne sont pas payés depuis juillet. Quant aux étudiants boursiers, ils n’ont pas vu l’ombre d’un franc CFA de l’Etat depuis une année.

Diplomates SDF

Le secteur emblématique de la diplomatie est également frappé de plein fouet. Plusieurs ambassades à l’étranger n’ont pas reçu leur budget de fonctionnement depuis 2016, empêchant toute activité normale.

D’autres chancelleries comme celle au Japon, en Côte d’Ivoire, en Israël ou encore au Kenya vivent sous la menace d’une expulsion pour loyers impayés. Le consulat du Congo-Brazzaville au Canada a définitivement fermé ses portes en raison de son insolvabilité.

Alors que Denis Sassou Nguesso avait nommé une vingtaine d’ambassadeurs l’an dernier, ces derniers n’ont toujours pas décollé de Brazzaville pour prendre leur fonction faute de budget.

Pour éviter l’embrassement social et les conséquences de l’ajustement structurel qui, dans les années 1980-1990, avait paralysé son régime tout en le forçant à quitter le pouvoir, Sassou Nguesso a renforcé le contrôle sur les partis d’opposition et les syndicats.

Ces derniers pourraient appeler à des manifestations de grande ampleur.

La Lettre du Continent, N° 765

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