Politique, Tribune libre

CONTRIBUTION De Patrick Eric Mampouya AU 5 ième CONGRÈS DU P.C.T.

 

Par  Patrick  Eric  MAMPOUYA

1975 : LE CONGRÈS QUI SIGNE L’ARRÊT DE MORT DE MARIEN NGOUABI

QUAND LE PCT ÉTAIT DIRIGÉ PAR DES HOMMES HONNÊTES ET INTÈGRES

Après le congrès ordinaire du PCT de décembre 1974, les contradictions internes et les difficultés économiques conduisent le Président Marien Ngouabi à réunir le Comité Central en session extraordinaire du 5 au 12 décembre 1975. Les décisions les plus importantes en sont la convocation prochaine d’un congrès extraordinaire du parti, la dissolution du Bureau Politique, le changement du gouvernement, Louis Sylvain-Goma étant nommé premier Ministre à la place Henri Lopès. En outre, le colonel Yhombi-Opango et Martin M’beri sont exclus du Comité central. Un État Major Spécial Révolutionnaire est constitué en remplacement du Bureau Politique jusqu’au congrès.

DÉCLARATION DU 12 DÉCEMBRE 1975 DU COMITÉ CENTRAL

Le Comité Central du Parti Congolais du Travail s’est réuni en Session Extraordinaire du 5 au 11 Décembre, pour se prononcer sur la campagne en vue de radicaliser la Révolution, lancée par le Camarade Marien NGouabi, Président du Comité Central, campagne largement approuvée par les masses et les Organisations de base du Parti.
Les Membres du Comité Central, après analyse profonde et soutenue, ont constaté que la situation qui prévaut dans notre pays est préoccupante et qu’il faut une action révolutionnaire vigoureuse, eu vue d’un redressement salutaire et d’une accélération du Mouvement Révolutionnaire en République du Congo.

Ils ont constaté :
– Que les entreprises d’Etat mises en place par la Révolution en vue du combat économique non seulement ne vivaient pas mais encore mettaient en cause la volonté du Peuple de continuer la lutte de libération économique ;
– Que les Organisations de base du Parti qui devaient encadrer les masses en vue de cette lutte, manquaient de combativité ;
– Que la Direction Politique manquait de cohésion et de dynamisme ;
– Et qu’en conséquence, la Révolution risquait d’être récupérée par les forces réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur.
C’est pourquoi, le Comité Central du P.C.T., après critique et autocritique a décidé d’engager un mouvement révolutionnaire profond : la radicalisation.
Ce mouvement de radicalisation, lancé au lendemain de la 2éme Session du Comité Central a pour mission de hâter la mise en application des directives du Deuxième Congrès Ordinaire pour la réalisation du Programme de libération nationale.
Sa mission essentielle est de modifier qualitativement la situation dans notre pays, de lier la théorie à la pratique, de mobiliser le Peuple Congolais pour accélérer la lutte de libération nationale en vue du socialisme.

CONSTAT
L’analyse de la situation politique et économique du pays a conduit les Membres du Comité Central à constater le blocage du processus révolutionnaire au Congo.
Ce blocage imputable à l’insuffisance de notre organisation, se traduit par une pratique et des méthodes de travail néfaste d’une part, et une faiblesse notoire du secteur économique d’Etat, d’autre part.

A. PRATIQUE ET METHODE DE TRAVAIL

Les chances de réussite d’une entreprise quelle qu’elle soit résident dans la mise en place de saines méthodes et une bonne organisation du travail. Dès lors, une application rigoureuse de ces principes s’impose. Or à cet égard, la réalité dans notre pays, nous oblige à constater que le déroulement du processus révolutionnaire ne répond pas aux exigences d’une Révolution engagée à résoudre les problèmes des masses populaires et à bâtir une société nouvelle d’où sera bannie l’exploitation de l’homme par l’homme.

a) Au niveau du Parti :
1. La Direction Politique : Les méthodes de travail des Membres du Comité Central ne favorisent pas le renforcement du Parti dans la vie nationale.
L’organisation demeure insuffisante et le rôle dirigeant du Parti ne s’affirme pas. Le mot d’ordre : LE PARTI DIRIGE L’ETAT reste un slogan du Parti sans portée pratique.
Les nombreuses orientations, instructions et directives ne sont pas appliquées par manque de cohésion et d’esprit de camaraderie au niveau des Membres du Comité Central.
La faiblesse de la Direction Politique constitue la cause principale du blocage du processus révolutionnaire.

2. Le reste du Parti : Le manque de liaison permanente entre la Direction Politique et le reste du Parti, le Parti et les masses, contribue à l’aggravation de cette situation. Par leur comportement dans les Entreprises d’Etat, dans les Services Publics et dans la vie sociale, les Membres du Parti ne se conduisent véritablement pas comme des cadres politiques déterminés à cultiver la conscience nationale et la conscience de classe des travailleurs et du Peuple. Au contraire ce comportement dans certaine circonstances suscite à l’encontre du Parti, le désaveu, voire même l’hostilité au niveau du Peuple. Il en résulte que le travail d’éducation du Peuple dans le sens des intérêts du prolétariat, qui incombe normalement au Parti n’est pas accompli.

b) Au niveau des organisations de masses
Les syndicats : Alors que la mission principale des syndicats à l’étape actuelle de notre Révolution est d’élever le niveau de conscience la classe des travailleurs, pour la lutte conséquente de libération nationale, l’action syndicale reste encore essentiellement marquée par un esprit revendicatif. Les travailleurs du secteur public se comportent encore comme leurs camarades du secteur privé, plaçant leurs intérêts immédiats au-dessus des intérêts supérieurs du Peuple.
Certains syndicalistes, avec leurs mauvaises habitudes qui frisent le libéralisme, l’anarchie, incompatibles avec la morale révolutionnaire, cultivent à l’encontre des dirigeants des Entreprises et Services Publics, la haine des travailleurs. Ils organisent sans le moindre souci des impératifs de la production, les arrêts de travail, des réunions syndicales et politiques à longueur de journées. Les sorties abusives, les absences non motivées, l’indiscipline, les retards, les demandes de prêts souvent injustifiés ne sont pas non plus, de nature à favoriser le bon fonctionnement de nos Entreprises et Services Publics, et constituent autant de manifestations d’inconscience.

c) Appareil d’Etat :
L’appareil d’Etat n’a pas subi les transformations nécessaires qui auraient pu le mettre réellement au service du Peuple. Il se présente toujours comme un instrument au service du capital qui chez nous est essentiellement étranger. Caractérisé par sa lourdeur et son inefficacité, il est encore loin de répondre aux impératifs d’un Etat véritablement révolutionnaire.

B. FAIBLESSE DU SECTEUR ECONOMIQUE D’ETAT
Plus de douze (12) ans après le déclenchement de la Révolution Congolaise, on relève l’existence d’un important secteur économique d’Etat qui englobe toutes les branches de l’activité économique de la Nation.
Ce secteur tantôt occupe une position de monopole (transport, énergie, commercialisation des produits agricoles et des produits pétroliers, assurances) tantôt exerce ses activités concurremment avec le secteur privé étranger ou national (commerce de distribution essentiellement) et tantôt s’associe avec le capital étranger (banques, mines, pétrole).
Mais l’existence d’un secteur économique d’Etat aussi étendu, loin de contribuer à résoudre les problèmes fondamentaux des masses, devient pour la collectivité nationale par son mauvais fonctionnement une charge financière dont le poids augmente au fur et à mesure qu’il se développe ; engendrant toute sorte de difficultés nées des maux suivants :
 La course effrénée aux avantages matériels de la part des travailleurs ;
 La pléthore des effectifs ;
 L’incompétence ou l’inconscience des cadres.

1. Courses effrénée aux avantages matériels :
Ayant acquis une conception erronée de leur rôle dans les Entreprises, les travailleurs du secteur économique de l’Etat se préoccupent avant tout de la satisfaction de leurs intérêts matériels sans se soucier de la situation financière et des possibilités économiques réelles des Entreprises. Cette inconscience se manifeste notamment par la conclusion des Conventions Collectives instituant des avantages sans rapport avec les possibilités réelles des Entreprises. Tout se passe comme si l’augmentation de la production, le respect du patrimoine national et l’amour du travail sont des notions étrangères aux préoccupations des travailleurs.

2. Pléthore des effectifs :
Elle constitue un des grands maux dont souffrent nos Entreprises et se manifeste sous deux formes suivantes :
a) Dans les Entreprises créées par l’Etat, les effectifs recrutés se révèlent presque toujours en dépassement de ceux qui seraient nécessaires à la bonne marche de ces Entreprises, et cela souvent même que celles-ci ne commencent effectivement leurs activités.
b) S’agissant des Entreprises nationalisées, on assiste très vite à des recrutements ne correspondant pas toujours à des besoins nouveaux de main-d’œuvre.
En tout cas, le pléthore des effectifs qui résulte de ces pratiques condamnables sont, le plus souvent, le fait des responsables politiques, administratifs et syndicaux, soucieux de se constituer une clientèle à base subjective.

3. In compétence ou inconscience des cadres
Le mauvais fonctionnement des Entreprises d’Etat s’explique enfin par l’incompétence ou l’inconscience des travailleurs. En effet, mal inspirés dans leurs choix, le Parti et le Gouvernement confient souvent la Direction de ces Entreprises à des cadres techniquement peu qualifiés ou insuffisamment expérimentés.

Et lorsqu’il arrive que ces choix portent sur des cadres qualifiés, ceux-ci à leur tour se révèlent inefficaces soit par manque de conscience professionnelle, soit par manque d’engagement révolutionnaire, soit parce que l’action du Parti ou du Syndicat au niveau de l’Entreprise constitue un obstacle à l’accomplissement de leurs missions.

Cet ensemble de maux engendre des difficultés de gestion dont souvent la solution se trouve dans l’affectation par l’Etat des subventions de plusieurs milliards, aggravant par ce fait la situation financière de l’Etat lui-même, compromettant de cette manière les possibilités d’intervention dans les autres domaines.

MESURES  CONCRETES
Face à cette situation préoccupante, le Comité Central du Parti engage l’ensemble du peuple congolais à se ressaisir, à reprendre confiance en lui-même afin de mettre un terme à cet état de chose. Pour y parvenir, le Comité Central du Parti décide des mesures de radicalisation tant au niveau des structures politiques devant nous permettre de conduire avec efficacité la lutte de libération nationale qu’au niveau des structures économiques sans oublier la transformation de l’homme congolais qui demeure l’élément de cette radicalisation.

A. AU NIVEAU DES STRUCTURES
Le Comité Central du Parti a décidé de revoir de manière fondamentale toutes les structures au niveau du Parti, des Organisations de masses et de l’appareil d’Etat en vue de leur adéquation aux tâches concrètes du moment.
Pour faciliter ce nouvel élan, le Bureau Politique a présenté sa démission au Comité Central qui a demandé à son Président de continuer à assumer la haute direction du Parti et de la République.

1. Au niveau du Parti : l’accent est mis sur les tâches d’organisation et d’encadrement, d’éducation et de propagande, de défense et de sécurité afin de dynamiser l’action économique.
Cette action doit être sous-tendue par une intense activité de réflexion menée par une équipe spéciale (Etat-major Spécial) constitué à cet effet. L’action d’encadrement et d’éducation sera menée dans les Entreprises et les Régions par les Commissaires Politiques choisis parmi les Membres du Comité Central et du Parti affectés à demeure.

2. Au niveau des Organisations de masses : le Comité Central réaffirme que l’élément fondamental de cette radicalisation reste et demeure le peuple travailleur. C’est avec lui et pour lui que le Parti doit mener ce mouvement de radicalisation.
Aussi, le Parti entend-il revoir les structures et repréciser les tâches des Organisations de masses.
Sous la direction du Parti, le syndicat doit être restructuré par la voie démocratique au cours des assemblées générales pour amener les meilleurs travailleurs à assumer des responsabilités au niveau du syndicat.
Les syndicats devront aider à l’encadrement des travailleurs en vue de l’accroissement de la production au niveau des Entreprises d’Etat.
Au niveau de la jeunesse, l’U.J.S.C., devra sous la bannière effective du Parti :
 Renforcer la discipline à l’école pour un meilleur rendement scolaire ;
 Œuvrer pour inculquer aux jeunes le sens et le goût du travail bien fait, le sens de l’épargne, le respect du bien public ;
 Lutter contre les mauvaises habitudes de consommation, contre la délinquance ;
 Participer activement aux tâches de production.
Au niveau des femmes, le Parti aidera plus efficacement l’U.R.F.C., à mobiliser et encadrer les femmes autour des tâches concrètes de production, à lutter contre les mauvaises habitudes de consommation.

3. Au niveau de l’appareil d’Etat :
a. Le Gouvernement : la nouvelle équipe gouvernementale qui sera mise en place devra être constituée d’éléments engagés et aura plein pouvoir, caution entière du Parti pour débloquer la situation actuelle caractérisée par le laisser-aller, l’absence quasi-totale de l’autorité afin de mettre à exécution de façon efficiente les directives du Parti.
b. Quant aux Services Publics et aux Entreprises d’Etat, ils devront être dirigés par des Responsables soigneusement choisis en fonction de leur expérience, de leur compétences et de leur engagement à mener aux côtés du Parti les tâches de radicalisation.
Il doit donc être procédé à un inventaire systématique de tous les Cadres de la Nation afin de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Ces chefs de Services ainsi choisi seront entièrement responsables et bénéficieront de l’appui du Parti.

B. AU NIVEAU ECONOMIQUE
Dans le cadre de la lutte du Peuple congolais contre l’impérialisme pour la libération nationale, le Parti a adopté lors de son Deuxième Congrès Ordinaire un Programme Triennal de développement économique et social.
Les retombées de la crise économique mondiale et les actes de sabotage orchestrés par l’impérialisme obligent le Parti à concentrer ses efforts autour des problèmes clés dont la résolution permettra de mener avec plus d’efficacité la lutte de libération nationale sur le front économique.

A cet effet, le Comité Central du Parti décide :
a) de tout mettre en œuvre pour réaliser les priorités contenues dans le Programme Triennal. Il mobilisera les masses populaires autour de la réalisation des Programmes régionaux de développement ;
b) de prendre toutes les mesures de nature à ramener la consommation du Peuple congolais à un niveau compatible avec les exigences de développement économique du Peuple et avec le niveau des revenus des populations ;
c) d’élaborer un statut unique des agents de l’Etat ;
d) d’élaborer sans tarder une Convention Collective unique qui tienne compte de la réalité économique de notre pays et de nos Entreprises ;
e) de mettre tout en œuvre pour établir dès que possible les normes de travail, de ramener les effectifs des Entreprises d’Etat et de Services Publics au niveau des besoins réels et d’assurer la reconversion des éléments excédentaires.
f) d’interdire formellement pendant les heures régulières de travail les réunions politiques et les opérations de « Retroussons les Manches » ainsi que toute autre opération susceptible de désorganiser la production ;
g) de restaurer à tous les niveaux l’autorité des Chefs qui sont désormais habilités à décider et à appliquer les sanctions à l’encontre des mauvais agents ;
h) de systématiser le contrôle à tous les niveaux ;, la culture
i) de prendre toutes les mesures d’intéressement de nature à inciter les travailleurs à accroitre la production ;
j) d’appliquer effectivement les mesures d’épuration préconisées.

CONCLUSION
Le Comité Central en engageant ce mouvement de radicalisation compte sur la disponibilité et l’engagement révolutionnaire du Peuple travailleur du Congo.
Il en appelle à sa conscience nationale et patriotique pour supporter toute épreuve et tout désagrément qui pourraient résulter d’un changement dans le mode de vie artificiel auquel l’avait habitué l’impérialisme.

Ce mouvement de radicalisation qui se veut profond doit gagner progressivement mais fermement tous les milieux, la ville, la campagne, l’usine, l’atelier, le bureau, l’école, la caserne ainsi que tous les secteurs de la vie nationale…, l’économie, l’éducation, la culture, la justice, la presse, etc…
Pendant toute la phase de radicalisation de la Révolution, les Cadres et les vaillants combattants de l’Armée Populaire Nationale devront soutenir ce mouvement et assurer la sécurité du Peuple et les acquis des Glorieuses Journées des 13, 14, et 15 août 1963 pour que tout soit pour le Peuple et rien que pour le Peuple.

 

Soumis par Patrick Eric Mampouya

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