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Cuba : que sont les étudiants congolais devenus ?

Par Me Maurice Massengo-Tiassé  

 

Sassou Nguesso – Michel Diaz Canel, où se trouvent les étudiants congolais vivant à Cuba ? Où se trouvent les enfants disparus à Cuba ? La société civile africaine dénonce les autorités cubaines et congolaises pour la disparition forcée des étudiants congolais à Cuba : violation de la convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

Une affaire digne de La Baie des Cochons (17 avril 1961) quand des miliciens formés par les USA voulurent renverser Fidel Castro. Ici, dans le rôle des porcs, deux émissaires de Sassou, deux miliciens, Bruno Itoua et Jean-Claude Gakosso, deux ministres réactionnaires, à la tête d’une forte délégation venue exécuter un bout du plan « mouébara » (extermination des opposants) sous couvert de présentation d’excuses (très plates excuses) aux autorités cubaines choquées, semble-t-il, par un mouvement social jamais vu sur leur territoire depuis plus de cinquante ans de révolution castriste. Si ce Ngakosso avait de la jugeotte, c’est aux étudiants congolais qu’il aurait dû présenter ses excuses pour les avoir affamés durant deux ans. Mais allez donc demander à un ongulé d’avoir de l’éducation !

En réalité

Des étudiants congolais avaient manifesté pacifiquement pour revendiquer leurs droits à la bourse. C’est un droit légitime et légal. Suite à une féroce répression, Cuba et le Congo se sont placés dans une posture de pays voyous violateurs des droits de l’homme. Depuis les disparitions du « Beach » en 1999, le Congo de l’Oyocrate Sassou est bien connu pour sa totale dérive dictatoriale.

Cuba, comme le Congo, a signé la Convention Internationale pour la protection de toutes personnes contre les disparitions forcées.

« Les étudiants en échec scolaire à Cuba seront rapatriés au Congo » tranche, perfide, Ngakosso au cours d’un discours minable et pathétique. il y a une stratégie machiavélique : « On s’en occupera sur place, on a l’habitude de ce type de récalcitrants ». Il faut hélas croire Ngakosso sur parole. On a vu de quoi Sassou est capable. Regardez le sort des jeunes de Talangaï massacrés au commissariat de Chacona en 2018 ; voyez le cas des 300 congolais exécutés au Beach de Brazzaville en 1999 ; souvenons-nous des kongo-laris du Pool assassinés par les cobras de 2016 à nos jours.

Le camarade Gakosso, médecin après la mort, est incapable de faire le lien entre les conditions de vie et les condition d’étude. Peut-on réussir ses études sans moyen de les financer ? Or le gouvernement kleptomane de Sassou ne verse plus de bourses à tous les étudiants vivant à l’étranger.

« Vous êtes les futurs dirigeants du Congo » dit-il, d’une voix mielleuse, feignant d’ignorer que dans le cadre de l’avenir des Mbochis, seul un Nguesso doit occuper le fauteuil présidentiel, sauf si un pronunciamiento, à la manière des Soudanais envers le kleptocrate Omar El Béchir, siffle la fin de la récréation.

« Toutes nos excuses. Cela ne se reproduira plus » a promis ce hijo de puta à ses homologues cubains en cachant à peine le sort cruel qu’il compte réserver aux grévistes une fois qu’ils auront foulé le sol natal. Pour des peccadilles, Sassou casse des œufs ; pour son pouvoir il n’hésite jamais d’abattre un troupeau de bœufs.

A luta continua

La responsabilité de Cuba est engagée dès l’instant où ce pays à ratifier le traité international le 16 février 2012. On comprend que l’Etat voyou de l’oyocrate Sassou n’a pas encore ratifié cette convention parce que se conformant à son plan Mouébara que nous venons de rendre public et que vous trouverez dans ses articulations dans l’ouvrage « Sassou N’Guesso : Accusé répondez de vos crimes de génocide et bien d’autres  ».

Extraits 
« Malgré un environnement caractérisé par un tintamarre médiatique contre notre régime, vous avez su appliquer le célèbre précepte de Mao Tsé Toung : Le pouvoir est au bout du fusil… Interdire strictement la délivrance du passeport national à tout ressortissant du Sud et aux nordistes qui refusent de se rallier afin d’empêcher leur sortie à l’étranger où ils se transforment en témoin à charge contre nous auprès des organisations de défense des droits de l’homme et des tribunaux. Renforcer les réseaux de l’étranger afin de mieux traquer les opposants et de déstabiliser efficacement les organisations hostiles à notre pouvoir. Organiser l’exécution des détenus politiques se trouvant encore dans nos geôles et en faire porter le chapeau aux éléments incontrôlés » ( Signé Sassou Nguesso).

Est-ce que les Cubains ont été piégés par le rusé Sassou Nguesso le plus grand planificateur des crimes au Congo ?

Ou alors reprennent-ils du service comme en mars 1977 où ils ont été complice de Sassou dans l’exécution de Marien Ngouabi ? Nous demandons aux autorités cubaines de faire reparaitre ces étudiants portés disparus et d’assurer leur sécurité.
Les congolais vont tous se mobiliser pour exiger la liberté de ces compatriotes séquestrés quelque part sur l’île.

Sassou semble méconnaître l’histoire de la présence congolaise sur l’île cubaine. Elle date. Elle est faite de révoltes et de rebellions. Les Cubains sont des Kongo déportés sous l’esclavage. L’esprit des nègres marrons plane sur l’île. Sassou a eu tort de réveiller cet esprit. Il soufflera bientôt à Brazzaville.

Alerte générale : solidarité Internationale pour sauver la vie des étudiants portés disparus.

Rappels juridiques :

Conscients de l’extrême gravité de la disparition forcée, qui constitue un crime et, dans certaines circonstances définies par le droit international, un crime contre l’humanité,
Déterminés à prévenir les disparitions forcées et à lutter contre l’impunité du crime de disparition forcée
Ayant présents à l’esprit le droit de toute personne de ne pas être soumise à une disparition forcée et le droit des victimes à la justice et à réparation,

Affirmant le droit de toute victime de savoir la vérité sur les circonstances d’une disparition forcée et de connaître le sort de la personne disparue, ainsi que le droit à la liberté de recueillir, de recevoir et de diffuser des informations à cette fin,
Affirmant le droit de toute victime de savoir la vérité sur les circonstances d’une disparition forcée et de connaître le sort de la personne disparue, ainsi que le droit à la liberté de recueillir, de recevoir et de diffuser des informations à cette fin,

  1. Nul ne sera soumis à une disparition forcée. 2. Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la disparition forcée.

Article 2
Aux fins de la présente Convention, on entend par « disparition forcée » l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi.
Article 3 Tout État partie prend les mesures appropriées pour enquêter sur les agissements définis à l’article 2, qui sont l’œuvre de personnes ou de groupes de personnes agissant sans l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, et pour traduire les responsables en justice.

Péril en la demeure

Au moins deux centaines d’étudiants congolais à Cuba ont été kidnappés par les services secrets cubains et congolais le 18 avril 2019. Nous rappelons que toute expulsion vers le Congo constituerait une violation grave de leurs droits fondamentaux, des conventions et traités signés et ratifiés par les deux Etats.

Le précédent « Mulélé »

Mobutu piégea Ngouabi dans l’affaire Mulélé ( années 70). Malgré la parole donnée de garantir sa vie, Mobutu tua Mulélé une fois que Marien Ngouabi remit le malheureux opposant à l’émissaire du général Mobutu venu le récupérer à Brazzaville où le résistant avait trouvé refuge. Les dictateurs n’ont pas de parole.
Piège des autorités cubaines et congolaises pour se saisir des meneurs de grève. C’est intolérable et inadmissible : 202 étudiants dont voici la liste, portés disparus

Il s’agit de :

Franck Romaric NGANMY
Ghislain Dieuveiller MASSAMBA
Addhas Marveil KOULOUMBI
Berfel EFOUNGUI MBOUNDOU
Jovinal ELENGA AYA
Ridel Merveil AKAMBO NGAKALA
Vianney Dominique OSSEBI
Prince Chaely ELENGA
Maurice Jordy KONO BOUKOULOU
Merite NGAWA NGAWEZ
Sebastien Claudel LENDZINGOUD
Stanilas Paulca GNAMBI
François de Sales POH MBERE
Nick ATSANGO OKANGUE
Gracia Zeverol NKOUNKOU MPENA
Anthonoly Vianey DONGAULT
Johan Armani BOUDZANGA
Tesla Urey OLANZOBO
Juvédé Gerdel LOKO
Marcel Mauricio OBAMBO
Prince Matt MOKONO
Nea ELENGA AMBENDE
Providenc Encendi DIKATSOU PHAMA
Tite Cedrique NDONGA
Martial OLEBET ENGAMBE
Destin MVOUMA
Claude Jauviel OKONGO OKEMBA
Gael BOPOUNZA OKO
Grace Romeu NGONGUI OSSINABEA
John Devel TSAMBOU OTOKA
Dominique Dom GUETET NDOMBO
Harvey Christopher OUAMBA
Dany OUAMBA
Christ Anael ANGA
Christ Klaus NDOUDY BASSISSILA
Roger BOMANDOU MAMBOFI
Dieuda OKAMBA ANDZA
Gerly ONIANGUE
Grace LEYO
Guderian DIMI
Jacques NGATSANGO PEA
Jeabert TANDET BIABAROU
Bhely NDONGO
Ben Mad Chamceli KIBI MOUNTALI
Rondin OKO PEA
Galyna Chancia BOPONDZO MONANGA
Jojo Destie BANTSIMBA
Lupcia Vacille Merveline MBILA
Romyl Leuphou MASSA LENDZAMBA
Aime Yohann Daira BACKA
Claise Francy EBATA
Georly NGAMPIO
Josguy Dieuviel Pouki MPASSI
Sylvain Audace Sevyn SOW
Calev Eauce MAVOUNGOU
Christ OKOUNDOU NGAMBONI…

Comment a fonctionné le piège ?

De nombreux autres étudiants congolais se sont rendus à l’ambassade du Congo à Cuba pour percevoir le rattrapage de plus de 2 ans de bourse impayée par l’Etat congolais. En réalité, il s’agissait d’un piège des autorités cubaines et congolaise pour se saisir des meneurs de grèves. Aussitôt arrivés, les étudiants ont été séparés en plusieurs groupes et plus de 200 ont été priés de monter dans des bus supervisés par des agents congolais et cubains pour une destination inconnue. Les autres étudiants ont attendu plus de 6 heures leurs camarades sans succès. Les téléphones des concernés sont désormais hors service.

Une rumeur de déportation vers le Congo circule dans le milieu étudiant. Une autre parle d’un transfert dans les camps de rééducation à la Havane pour avoir porté atteinte à l’image de la révolution cubaine.

Nous craignons qu’après les disparus du Beach, le massacre de Chacona et de nombreuses exactions que nous révélons dans notre ouvrage à paraître, il est à craindre pour la vie des 202 étudiants congolais de Cuba. Cette rafle massive fait suite aux agressions racistes des policiers cubains accompagnés de chiens dressés pour mordre les noirs. La dictature cubaine révèle son véritable visage pour son allié congolais Sassou Nguesso. On se souvient la complicité des cubains dans la mort de Marien Ngouabi dont le corps a été déplacé de son lieu d’inhumation.

Nous devons briser ce silence et nous adresser au Conseil des droits de l’homme. Signalons que le mandat de Cuba au sein de cet organe des Nations Unies prendra fin en décembre 2019. Et nous devrions tout faire pour ne plus assurer sa présence dans cet organe intergouvernemental principal des Nations unies sur toutes les questions relatives aux droits de l’homme.

Comme le souligne Parfait Bihani : « Tous les médias du monde font état des malheurs des étudiants congolais livrés en pâture par leur gouvernement. Manque de bourses, titres de séjour non renouvelés, manque de logements et mendicité etc… Un état de délabrement social généralisé avec un pouvoir inique qui marche sans cœur et conscience. Les pays signataires des accords de coopération universitaires s’étonnent du comportement du premier magistrat de la Cité Sassou Nguesso de son désintérêt d’une trahison à l’étranger de son pays. La coopération universitaire vient de s’essouffler et disparaît. Le Congo refuse d’obéir aux règles du droit international d’échanges du Savoir entre peuples et du circuit de formation des Élites. La honte pour le peuple congolais de voir que les fils et filles du pays sont à l’abandon à l’étranger et exposés à tous les risques de la vie. Oui les risques déjà moraux de perdre le contrôle intellectuel de soi et de se conduire en un Être dévalorisé et aussi d’entamer sa propre déchéance. Et de n’être plus rien auprès des autres nationalités en compétition. Et perdre la Civilité dans le cercle des Nations modernes qui concourent à la connaissance de toutes les sciences de notre humanité. Aucune stratégie du savoir et des connaissances, pas de structures universitaires de qualité. Et l’intérieur est démuni de tout enseignement perfectionné d’où le recours constamment des pays étrangers qui ont résolus le problème de formation de leur cadre. »

Camarade Ngakosso : au Beach et à Chacona, vous n’avez pas fait de quartier. Ce coup-ci, il n’y aura pas de coups bas à Cuba !

Me Maurice Massengo-Tiassé 
Docteur d’Etat en droit
Spécialiste en droit international des droits de l’homme

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