Politique

De la démocratie avortée au culte de la personnalité

 

Par    Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

L’année 2019 s’est terminée sur un drôle de spectacle au Congo-Brazzaville avec le congrès d’un parti qu’il ne faille même pas nommer tant il est la racine du mal que vivent les Congolais.

Le ridicule ne tue pas, mais avec ce spectacle les Congolais sont morts de rire à défaut de crier famine.

Après une parenthèse mi-figue, mi-raisin de 5 ans (1992-1997), voilà que resurgissent les vieux démons du monde communiste qui n’existent plus que dans au moins trois (3) pays dans le monde à savoir le Congo-Brazzaville, la Chine et la Corée du Nord.

Nos illusions se sont envolées. Tout s’effondre comme un château de cartes. Les consciences sont rangées dans les placards, et seuls comptent les chants de louange, les remerciements, les appels à candidature de celui qui règne dans notre pays comme un despote. Le cumulard s’est vu confier par ses partisans l’autorisation de briguer  un énième mandat supplémentaire annihilant de fait le renouvellement de la classe politique. Le clair obscur auquel nous sommes habitués empêche l’émergence de nouveaux talents.

Tout ce que les Congolais possèdent vient de lui. Aucune nomination, aucun discours, aucune allocution, aucune inauguration ne peut se faire sans remercier cet homme si immense qui a coulé le Congo-Brazzaville.

Le paradoxe dans cette histoire, c’est que s’y trouvent dans ces groupes folkloriques, des femmes et des hommes vils du premier gouvernement démocratiquement élu après une Conférence nationale souveraine qui avait été un coup d’état de palais avec la fleur au bout du fusil. Point d’alternance !

Cette démocratie naissante à l’épreuve de la boulimie des nouveaux maîtres exacerba les frustrations au lieu de les calmer. Leur tour n’était-il pas venu comme si le Congo était un gâteau pour lequel tout homme politique devait avoir sa part. A cette allure, ils mangèrent tout le gâteau en un temps record, tout en oubliant l’essentiel qui était la constitution et les institutions qui leur avaient permis de passer du kwashiorkor à l’obésité morbide.

Le prédateur à l’affût, outillé  à la manigance politique poussa les novices à la faute et récupéra sa proie qu’il garde jalousement jusqu’à ce jour. Sa traversée du désert sans applaudissement ni révérence le plongea dans un état de dépression qu’il jura que tous ceux qui dorénavant devaient profiter de son pouvoir, devraient tout au long de leur vie lui faire allégeance par tous les moyens nécessaires. Certains hommes politiques congolais sont devenus des griots et c’est à celui qui chantera le mieux qui sera récompensé. Mêmes les enfants s’y mettent à la mendicité politique ce qui fait de notre pays un cirque. Ce spectacle de foire n’est là que pour nous rappeler que seuls comptent pour ces courtisans leurs intérêts personnels au détriment du bien commun que nous sommes censés promouvoir.

Telles des feuilles mortes, sans âme, ils sont tous dans le vent, flottant au gré des bourrasques pour finalement s’échouer dans le brasier d’Oyo. Point de conscience, point de vision, nos chers intellectuels militants se complaisent dans le vice devenu la boussole de tout un pays.

Annus horribilis 2019 ! Et qu’en sera-t-il pour l’année 2020 ? A défaut de cette voyante qui regarde dans sa boule de cristal, personne n’en sait rien tant l’espoir semble nous quitter, les forces avec la famine viennent à manquer, la vue baisse et le cerveau est sur cale car peu stimulé par des influences positives.

Certains se gargarisent de leur récompense de fin d’année 2019, quand la majorité du peuple congolais a les yeux hagards, vides de larmes, tel ce lac séché dans le désert dont on sait que l’eau ne reviendra plus jamais.

Qu’à cela ne tienne, tout ce tableau noir ne saurait être notre destinée car les Congolais, les compatriotes ont décidé contre vents et marées que la lutte devait continuer jusqu’à la libération totale de la dictature qui nous assaille.

Le Congo-Brazzaville est le seul pays de l’éternel recommencement avec les mêmes personnes, les mêmes méthodes, et l’on espère que tout changera.

Puisse l’année 2020 être celle de la lucidité, du partage, du retour aux sources et de la prise en compte de toutes et tous pour un Congo uni, apaisé et prospère. Il ne tient qu’à nous de changer notre paradigme politique. De notre conscience collective découlera une nouvelle ère.

Comme dit le proverbe danois : « Si vous n’êtes pas assis autour de la table, vous ferez partie du menu. »

                                                                   Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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