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De l’épineuse question de la nationalité congolaise : «La Congolité» 

Christel Denis SASSOU NGUESSO  et le concept de «Congolais de souche» ou «Congolité»,

Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

 

Surgit du fond de l’homme ce qui est immonde, le concept de «Congolais de souche» ou «Congolité», celui qui est né d’un père congolais et d’une mère congolaise. J’ai bien peur que ce terme ne serve qu’à exclure de la sphère politique congolaise ceux que l’on ne veut pas comme Congolais à défaut de les déporter. Nous voilà repartis dans nos errements d’antan, ne pouvant trouver actuellement de solutions à des problèmes qui se posent avec acuité dans notre pays. Le bouc émissaire est vite trouvé en la personne des sang-mêlés que nous sommes.

Le débat d’idées doit se faire dans l’espace démocratique que nous nous efforçons de construire. L’on veut écarter certains congolais de tout bord du débat politique du seul fait que l’un de leurs parents n’est pas né Congolais. Ce sont les mêmes qui en Occident, confrontés à la question de couleur de peau  crient à tue-tête au racisme, à la discrimination lorsqu’on leur dit qu’ils ne sont pas Français, Italiens ou Espagnols bien que possédant la nationalité de ces pays. Certains ont une progéniture qui a du sang mêlé. Mais avec de tels propos, ces enfants pourront-ils prétendre à la nationalité congolaise ?

Le monde a besoin de nuances et non de couleurs vives. En cela, la diversité est une richesse qui nous apporte mutuellement.

Le débat sur l’exclusivité de la nationalité congolaise aux seuls tenants de la pensée unique ne concerne pas seulement le Fils du Président de la République actuel qui aspire librement à briguer la magistrature suprême. Mais, il nous concerne tous, nous autres sang-mêlés, nés au Congo-Brazzaville ou ailleurs du hasard de la vie, de ce mystérieux dénouement qui permet la rencontre des hommes et des femmes issues des milieux et d’horizons différents. Serions-nous par la même occasion devenus des victimes collatérales de ce sentiment vécu, ressenti sans être réfléchi qu’est l’AMOUR ?

NON, ce débat nauséabond qui commence à fleurir ça et là, sous-tendu par des relents tribalistes et xénophobes, que même à un certain moment nos hommes politiques ont contribué à exacerber en soufflant sur les braises, ne pourra contribuer à la création de la nation congolaise que nous appelons de toutes nos forces.

Certains de nos compatriotes pigmentairement différents ont su porter le flambeau  congolais dans divers domaines notamment la littérature. Personne ne s’en est émue jusqu’à ce jour. C’est le Congo qui gagne.

Ces mots qui tuent, ces fléchettes empoisonnées qui visent à exclure ceux que l’on ne veut pas voir sous le concept abject de «Congolais de souche» montre que le débat politique actuel qui agite notre pays est loin d’être compris par tous. Les attaques «ad hominem» sur le contenu de la pensée, la cohérence ou non des actions politiques sont préférables aux attaques «ad personam» qui vise la personne en ce qu’elle est intrinsèquement.

OUI,  nous sommes nombreux Congolais nés de mères ou de pères étrangers notamment de la RDC (République démocratique du Congo) appelés «Zaïrois». Mais en aucun cas cela ne fait de nous des sous Hommes ou des sous Congolais. Nous sommes fiers d’être Congolais du Congo-Brazzaville et notre amour pour ce pays est indéfectible. Personne ne pourra nous taxer de «Zaïrois» car pour votre gouverne, la nationalité de la RDC est inclusive, la double nationalité n’étant pas acceptée.

Cette haine que nous avons de nos frères et sœurs qui vivent de l’autre coté du fleuve Congo, que nous vilipendons à longueur de journée est un sentiment malheureux que l’on ne peut décrire. Les deux villes capitales les plus rapprochées au monde nourrissent l’une vers l’autre des sentiments ambigus de haine et d’amour selon les circonstances. Certains en Occident, après une guerre de cent ans ont fini par ranger leur rancœur pour vivre en bonne harmonie. Il en sera de même pour le Congo-Brazzaville et la RDC, c’est ma conviction. Nous sommes des bâtisseurs de ponts et non de murs. Nous prônons l’amitié entre les peuples et non la haine.

Dans notre histoire récente, certains adeptes des assassinats ciblés, des «petits matins» qui ont envoyés dans l’au-delà nombre de nos compatriotes sont soi-disant des «Congolais de souche». Ce n’est pas glorieux en termes de barbarie humaine.

Les États-Unis d’Amérique ont élu un Président Noir né d’un père noir du Kényan et d’une mère blanche américaine du Kansas. C’est de la grandeur des autres nations que nous devrions nous inspirer.

Est Congolais celui qui a la nationalité congolaise. La remettre en cause pour certains serait une grande hérésie et ouvrirait la boîte de Pandore. Ceux qui se revendiquent «Congolais de souche» devraient savoir que l’on estime que 5 à 10 % des enfants ne sont pas nés du père officiel mais d’un inconnu dont on ne connait pas les gènes. Dans notre cas d’espèce, la probabilité serait qu’il soit Zaïrois, Gabonais, Tchadiens, Angolais, Cabindais, etc. Ainsi, ce terme de « Congolais de souche » n’est génétiquement pas fondé. Les théories de la grande invasion sont du ressort des extrémistes qui ont une vision étroite du monde.

Je suis Congolais, un sang-mêlé et c’est cela mon ADN, mes origines et ma richesse. Je suis né dans la rue Makoua à Poto-Poto, un quartier de Brazzaville d’un père Congolais et d’une mère Zaïroise (Congolaise de la RDC). La terre de nos ancêtres s’est toujours enrichie de ce mélange. Je ne saurai être considéré comme une anomalie sympathique. Poto-Poto de part son essence a toujours été un quartier tolérant, multiculturel, multiconfessionnel, avec des esprits éclairés préfigurant le Congo de demain.

Je suis allé à l’école dans ce pays, ce qui m’a forgé. Pour ma part, je ne m’interdis rien. Le procès en «Congolité» qui est en soi un sujet de discorde, n’aura aucun impact sur ma personne. Je ne suis pas de ceux qui avancent à visage masqué. Épargnons-nous des querelles et des souffrances inutiles. Notre combat est aussi celui de l’égalité pour tous en tout point et pour un Congo juste, généreux qui ne laisse pas au bord de la route une partie de ses citoyens.

L’essentiel de notre combat politique actuel est ailleurs et non dans des considérations nauséabondes de personnes. Nous sommes tous des Congolais comme le Fils de l’actuel Président de la République en dépit de certains esprits chagrins et tortueux. Nous combattons ses idées, son action politique et toutes ses malversations financières qui ont entraîné ce pays dans le chaos, mais pas sa nationalité congolaise naturellement acquise. Comme dans le sport noble qu’est la boxe, tout n’est pas permis comme les coups bas dans l’arène politique. C’est Zig Ziglar qui écrivait : «C’est votre attitude, plus que votre aptitude, qui détermine votre altitude.»

Nous sommes tous nés quelque part d’une rencontre fortuite, heureuse ou malheureuse. En cela, ce n’est pas à certains de décider à notre place qui nous sommes. Le Congo d’aujourd’hui et de demain est une mosaïque pleine de couleurs qui redonnera de l’allant et de l’attractivité à notre pays.

Notre vraie nationalité est l’humanité. Le Congo-Brazzaville est plus que la somme d’individus et qu’ensemble ne nous faisons qu’un ; Tel est notre message d’union.

Dans les yeux des autres où que je me trouve, je suis un étranger, un Zaïrois. Mais au fond de moi, je suis un Congolais et c’est tout ce qui compte.

«Congolais debout,

Fièrement partout,

Proclamons l’unité de notre nation,

Oublions ce qui nous divise…»

Puissent ces paroles nous inspirer pour un monde meilleur pour nos enfants et petits-enfants.

……………

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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