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Denis Christel Sassou Nguesso transforme son ministère en état-major pour la course à la succession

Denis Christel Sassou Nguesso transforme son ministère en état-major pour la course à la succession

Africa Intelligence

Denis Christel Sassou Nguesso a profité de ses quatre premiers mois à la tête du ministère de la coopération internationale pour s’entourer d’un commando de proches et gagner en influence politique. Il peut aussi compter sur ses relais à la présidence pour prendre l’ascendant sur les autres prétendants au trône.

Les faits et gestes de Denis Christel Sassou Nguesso ont été particulièrement scrutés à Paris, fin août. Le nouveau ministre de la coopération internationale et de la promotion des partenariats public-privé (PPP) participait à la visite de la délégation congolaise, menée par le premier ministre Anatole Collinet Mackosso. Sous les conseils de son chargé en communication – le magnat des médias et propriétaire de l’influente chaîne de télévision Vox TV, Vérone Mankou -, le fils du président Denis Sassou Nguesso a tenté de jouer la carte de l’homme d’Etat. A la fois concentré sur ses dossiers, et ne ratant pas une occasion de mettre en avant la signature de chaque accord ou protocole.

Son tout nouveau ministère est doté de l’un des plus faibles budgets du gouvernement (500 millions de francs CFA par an, soit 761 000 euros). Mais ses très larges attributions donnent à son détenteur une certaine latitude dans de nombreux domaines : diplomatie, coopérations bilatérales, contrats avec les sociétés privées étrangères, grands travaux, etc.

« Kiki » convoque les ministres

Denis Sassou Nguesso a ainsi mis à disposition de son fils une boîte à outils dans la longue course à la succession pour 2026. Denis Christel, qui n’a jamais caché ses ambitions présidentielles, ne se prive pas de l’utiliser. Le tout-Brazzaville ne cesse ainsi de s’étonner de convocations de certains ministres par celui qui n’est qu’au 23e rang de l’ordre protocolaire gouvernemental, sur des sujets dont il juge avoir la main.

Le voyage à Paris du nouveau ministre, surnommé « Kiki » depuis plusieurs décennies, a constitué une étape cruciale de son affirmation à sa nouvelle fonction : celle de l’acceptabilité par les partenaires internationaux. Son activisme a par ailleurs tranché avec la retraite suisse de son père, soigné au même moment dans une clinique privée pour raisons de santé, ce que son entourage dément (AI du 02/09/21).

Depuis l’étranger, Denis Christel s’est coordonné avec son cabinet. En attendant d’emménager dans l’immeuble des affaires étrangères, sis boulevard Alfred-Raoul, à Brazzaville, celui-ci a pris ses quartiers dans les locaux de la Cotrade, l’ancienne entreprise de trading de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), que Kiki a personnellement dirigé, jusqu’à sa fermeture en 2017 sous pression du FMI.

L’appel aux fidèles

Afin d’exploiter le potentiel de son portefeuille, Denis Christel Sassou Nguesso a composé une équipe de fidèles. Tous ont la particularité d’avoir déjà travaillé avec le ministre par le passé, ou d’être des proches.

L’homme clé de ce dispositif est son directeur de cabinet, Max Henri Monka. Cet ancien cadre du ministère des finances exerce par ailleurs en tant que pasteur principal de l’église de réveil Rehobot à Brazzaville. Max Monka compte parmi ses adeptes Nathalie Bumba, deuxième femme de Kiki, dont il est très proche.

Le conseiller central de Kiki, s’occupant directement des partenariats public-privé, est Innocent Dimi, proche de Claude Wilfrid Etoka, dit « Willy », homme d’affaires lié à Denis Christel. Etoka est fiancé à la sœur du ministre, Claudia Sassou Nguesso, dite « Coco », conseillère en communication du chef de l’Etat. Dimi forme un duo soudé avec le conseiller aux questions politiques, Christian Ibata, qui fut l’ancien attaché parlementaire de Denis Christel lorsque celui-ci siégeait à l’Assemblée nationale, ainsi que son condisciple à l’Ecole militaire préparatoire général Leclerc de Brazzaville.

D’autres conseillers viennent d’horizons plus lointains et apprennent à s’intégrer dans l’équipe de Max Monka. Outre Vérone Mankou, c’est le cas de Cédric Okiorina, représentant de la SNPC à Singapour et « ami de vingt ans » du ministre. Il rejoint le cabinet comme conseiller aux investissements. Il avait notamment remplacé Kiki à la tête du bureau de Singapour de la SNPC en 2018 (AI du 16/10/18).

Autre rapatriement en provenance de Paris, cette fois-ci, celui de Sylvain Mpili, qui a été nommé le 16 septembre, directeur des études et de la prospective. Son rôle n’est pas encore défini. Cet ancien chargé de mission à la direction générale de la Société générale Congo, et ancien directeur administratif et financier de Servair-Congo, était devenu, en 2014, gérant de la Librairie Gallerie Congo, située dans le 7e arrondissement de Paris, et dont Denis Christel Sassou Nguesso était l’un des mécènes (AI du 18/12/19)

Notaire de profession basé à Brazzaville, Eric Bimbeni est de son côté conseiller administratif et juridique.

Un réseau de conseillers officieux

Des conseillers officieux, haut placés dans les organigrammes de la République congolaise, travaillent au quotidien avec le cabinet de Kiki. L’un d’entre eux est Wilfrid Obili, ex-conseiller juridique du président Denis Sassou Nguesso et actuel SG du Conseil économique, social et environnemental (CESE) congolais, qui suit de près les procédures judiciaires dites des « Biens mal acquis » en Europe et aux USA, des biens immobiliers que les justices des deux pays soupçonnent d’avoir été achetés via des fonds publics détournés. Obili reste en contact permanent avec Eric Bimbeni au ministère.

Un homme semble avoir pris une dimension considérable aux côtés de Kiki : Maxime Gandzion. Cet ancien cadre chez Total Gabon, ex-conseiller de l’ancien président gabonais Omar Bongo, travaille pour Denis Sassou Nguesso depuis le début des années 2000. Son carnet d’adresses est rempli de contacts russes, turcs et brésiliens.

C’est à lui que l’on doit le séjour de Kiki à Ankara début septembre, juste après la visite parisienne. Outre la visite au patronat turc, sollicité par Selim Bora, ami de Gandzion et PDG de la société turque Summa, très active à Brazzaville, ainsi que quelques hommes d’affaires, Kiki a été reçu le 2 septembre par le ministre des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu.

Le pré-carré de Jean-Jacques Bouya en ligne de mire

En s’appuyant sur Maxime Gandzion, son oncle par alliance, Kiki envisage de s’emparer des dossiers sur les sociétés privées travaillant avec l’Etat congolais. Ceux-ci étaient jusque-là contrôlés par le puissant ministre de ministre de l’aménagement, de l’équipement du territoire et des grands travaux Jean-Jacques Bouya. Le cousin du président, « frère ennemi » de Denis Christel dans la bataille de succession, est la première cible de l’équipe du ministre de la coopération internationale (AI du 01/04/21).

Kiki a ainsi commencé à s’intéresser à des sociétés suivies de près par Bouya : La Congolaise des routes, qui gère la stratégique route nationale 1 entre Pointe-Noire et Brazzaville, Afrique Pesage Congo, société chargée de l’entretien du réseau routier, ou encore l’opérateur de turbines Aksa Enerji, qui mène la réhabilitation de la centrale thermique à gaz de Djeno et construit celle de Maloukou (120 MW, AI du 23/06/21)

Gandzion pousse également Denis Christel Sassou Nguesso à s’atteler au juteux dossier du cadastre congolais, aujourd’hui encore à l’état de projet. Lors de son passage en France, le ministre a ainsi rencontré entre autres Philippe Preval, PDG de société niçoise Lusis, qui devrait mettre en place la taxe foncière au Congo et numériser le cadastre congolais. Une façon de court-circuiter le ministre des affaires foncières, Pierre Mabiala, qui était en lice pour devenir premier ministre lors du dernier remaniement, et par ailleurs proche de Bouya et de Jean-Dominique Okemba, puissant patron du Conseil national de sécurité.

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