Economie, Environnement, Politique

Des pollueurs innocents, et des innocents coupables

 

 

Par  :  Albert S. MIANZOUKOUTA 

ll nous faut agir avec conviction: la planète se consume par petits pans et les mesures pour combattre les effets du réchauffement climatique concernent tout le monde. Il n’y a pas, d’un côté les seules victimes des gaz à effets de serre, et de l’autre des pollueurs pansus. Nous sommes tous victimes et pollueurs à la fois ! C’est pourquoi, au lieu du commode reproche ressassé à l’encontre des Nations industrialisées, nous devrions balayer à notre porte aussi. Dans la lutte pour la sauvegarde de la planète, il n’y aura pas de petits combats !

Il n’y a pas les grosses cheminées d’usine qui rejettent des volutes immenses de gaz nocifs dans l’atmosphère, et de l’autre le vieillard des hameaux de nos traditions, innocent parce que ne tirant que sur sa pipe. Sans exagérer, il est bon que nous prenions conscience qu’une fumée en égale une autre, et qu’il n’y en a pas de bonnes: pour l’environnement, pour la santé des communautés ou des individus. Par ailleurs, il n’y a pas une ligne de démarcation entre les fumées venues du Nord industrialisé, et celles provenant des fumeroles de nos petites cultures sur brûlis.

Aucune d’elles ne sauvegarde la planète des mille et une blessures dont nous sommes en train de l’affliger. Aucune d’elles n’assurera la sauvegarde de ce que le Pape François appelle justement «notre maison commune», la Terre. Aucune d’elles ne nous garantit de pouvoir regarder, de loin, en innocents, la planète fondre dans les glaces sous l’effet de l’activité humaine. Nous sommes concernés tous. C’est vraiment l’occasion de nous en rendre compte. Et de réagir autrement que par des prières de mendiants devant l’écuelle du pollueur riche.

D’accord, il nous faut de l’argent pour sauvegarder les forêts du Bassin du Congo, deuxième poumon à oxygène de la Terre. Mais à force de le dire, d’en appeler aux donateurs, de vouloir jouer de notre position de pauvres assis sur l’or du monde, nous risquons de passer pour des mendiants seulement. Des profiteurs d’une situation de privilège naturel, s’empressant de dilapider les sommes reçues. Comme toujours. De l’argent, oui, mais pour quoi faire exactement: reboiser, interdire aux exploitants forestiers de saccager notre forêt, empêcher une agriculture dévastatrice de nos espaces boisés ?

Que faisons-nous aujourd’hui pour freiner l’érosion de notre littoral à Pointe-Noire ? Ou la pollution de la Côte sauvage par le pétrole et les mazouts ? Qu’enseignons-nous à nos populations pour contenir la poussée des ravins de Ngamakosso du futur ? La Journée de l’arbre, c’est une fois chaque année, en novembre, mais les érosions ont déjà commencé après seulement trois pluies de moyenne intensité à Brazzaville ! Au fait, quelle mesure vigoureuse a-t-on suscité pour faire renoncer au charbon de bois, cause innocente de la dévastation des forêts autour de Brazzaville ?

Cette cause-là, la défense de notre environnement, vaut la peine que nous nous y engagions tous. La Terre n’a pas deux rives, dont l’une se noierait dans les glaces en fonte, devant le regard blasé de l’autre, goguenarde. De même, il ne devrait pas y avoir les agitateurs des consciences et les parleurs professionnels. Entre eux, devraient commencer à s’immiscer aussi nous autres, tentant de boucher les érosions causées par les voitures que nous n’avons pas, mais qui, si nous attendons les pollueurs payeurs, s’élargiront cette année contre tous.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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