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DETTES : 36 ANS D’HISTOIRE

Père et fils unis dans le pillage de deniers publics congolais

DETTES : 36 ANS D’HISTOIRE

Verlin Richard

Vertigineux !  En lisant cette histoire, j’espère que les congolais ne verront plus le pays de la même façon. Tout le monde s’accordera à dire que s’il est bon d’avoir une vision pour son pays, faut-il encore que cette vision ne vienne pas alourdir la dette publique du pays.

Ce n’est pas un énoncé économique, c’est un énoncé moral qui tombe comme une sentence, et qui semble de bon sens : « il est clair qu’on doit toujours payer ses dettes ».

Cette histoire de la dette congolaise soulève des indignations, des incompréhensions. Mais, cet argent, nos dirigeants l’ont bien emprunté, disent les créanciers. Il est clair qu’on doit toujours payer ses dettes ». Mais, l’on pourrait dire à ces créanciers, que cette dette fait l’objet des détournements, de surfacturation, de commissions et rétrocommissions ; est-il juste que les créanciers soient ainsi remboursés en ôtant le pain de la bouche des populations affamées ? L’on pourrait aussi, les faire remarquer, que notre pays avait déjà remboursé trois ou quatre fois la somme empruntée, mais que par le miracle des intérêts composés, leurs versements n’avaient toujours pas sensiblement réduit le principal.

Le postulat selon lequel les dettes doivent être remboursées, pose un problème fondamental car si l’on devait rembourser n’importe quel prêt, n’importe quelle dette improductive, les effets de telles dettes sont désastreux pour les populations.

Pourquoi la dette ? La dette publique est le sang qui irrigue notre économie. Tous les Etats modernes sont bâtis sur le déficit budgétaire. La dette congolaise est devenue le problème. Mais nul ne semble savoir exactement ce qu’elle est, ni comment la penser.

L’auteur danois Peter Freuchen raconte qu’un jour, rentré bredouille et affamé d’une expédition de chasse au morse chez les Inuits du Groenland, il découvrit que l’un de ceux qui avaient fait bonne chasse avait déposé plusieurs centaines de livres de viande. Il se répandit en remerciements. L’homme réagit avec indignation : « dans notre pays nous sommes humains ! Et donc, nous nous entraidons. Nous n’aimons pas entendre dire merci pour cela. Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens ».

La dette n’est donc pas un cadeau, ni un don, et elle n’est pas non plus un fouet car nous ne sommes pas les chiens. Mais, s’endetter suppose donc de penser la dette, de comprendre l’un des principes moraux des relations économiques : « le principe de la hiérarchie ». Tant que la dette n’est pas remboursée, c’est la logique de la hiérarchie qui s’applique. Qui dit dette, dit paiement. Et, qui dit paiement, dit donc payer. Et, payer vient à l’origine d’un terme qui signifie « pacifier, apaiser ». Va-t-on pacifier le Congo ? Les congolais seront-ils un jour apaisés ?

 Et on part pour lire 36 ans d’histoires résumés en trois chapitres….

Chapitre 1 : 1980-1990

Cette décennie 80 est marquée sur le plan politique par la réélection à l’unanimité du Président de la République, lors du troisième congrès ordinaire du PCT (parti unique au pouvoir).

 Sur le plan économique, l’économie du pays dépend du pétrole. En 1984, la part du pétrole était de +89% des recettes budgétaires. C’est précisément sur le pétrole que le Congo avait bâti sa croissance des années quatre-vingt. Or, la baisse des cours du pétrole en 1985 s’est traduite par une crise économique et financière. Cette crise économique marque l tournant économique du Congo, avec le premier budget d’austérité qui conduit le pouvoir en place de mettre fin au premier Plan quinquennal (1982-1986).

L’histoire de la dette congolaise commence dès lors en juillet 1985, avec le premier plan d’ajustement structurel appuyé par la Banque mondiale, dont la mesure symbolique fut, notamment le blocage du budget du personnel, la réduction du budget du matériel et la limitation des investissements publics.

Le 18 juillet 1986, Le Congo se retrouve au Club de Paris pour signer un accord sur le traitement de la dette. Il s’agissait de rééchelonner une dette de 470 milliards de dollars, selon les termes classiques.

Mais, ce n’était là que le début de l’histoire, car vers la fin de cette décennie 80, c’est-à-dire, le 13 septembre 1990, un nouveau traitement de la dette du Congo par le Club de Paris était à l’ordre du jour. Il s’agissait cette fois-ci, de rééchelonner une dette 1 052 milliards de dollars. En quatre ans, de 1986 à 1990, la dette extérieure du pays avait augmenté de + 233%.

Chapitre 2 : 1990 – 2000

La décennie 90 est marqué par un fait politique majeur. Le 4 février 1991, le Président de la république accepte enfin le principe de la « conférence nationale ». Cette conférence s’ouvre trois semaines plus tard, et se termine avec l’adoption d’une période de transition politique, le 10 juin 1991.

Sur le plan économique, il aurait fallu attendre le 30 juin 1994 pour que l’on reparle de la dette du Congo. En effet, le nouveau gouvernement du Président élu, obtient le rééchelonnement d’une dette de 1 175 milliards de dollars auprès du Club de Paris. Puis le 16 juillet 1996, un nouveau traitement de la dette extérieure d’un montant de 1 758 milliards de dollars par le Club de Paris, selon les termes de Naples :

1- annulation de 67% de cette dette

2- rééchelonner sur 23 ans les dettes commerciales,

3- rééchelonner sur 40 ans les dettes d’aides publiques au développement.

Chapitre 3 : 2000 -2010

Cette décennie commence au Congo avec le traumatisme de la Guerre du 5 juin 1997.  Alors que les partis politiques s’étaient engagés le 31 mai 1997 à ne plus faire usage de leurs armes, le 5 juin 1997, de violents combats éclatèrent à Brazzaville entre les forces du président P. Lissouba et celles de D. Sassou Nguesso. Après quatre mois et demi de guerre civile, ce dernier l’emportait et s’autoproclamait président le 25 octobre 1997.

Sur le plan économique, l’histoire de la dette continue. En effet, au 31 décembre 2003, la dette extérieure du pays était de 8 570 milliards de dollars dont 4 694 milliards de dollars dus au Club de Paris au 30 septembre 2004. Et, suite à l’Accords préalables avec les institutions internationales dans le cadre de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance au titre de FRPC approuvé le 06 décembre 2004. Le 16 décembre 2004, le Club de Paris accepta, le traitement de la dette du Congo, selon les termes de Naples, et qui avait permis d’annuler 67 % de cette dette (3 016 milliards de dollars), et de rééchelonner 1 336 milliards de dollars : sur 23 ans pour les dettes commerciales, et sur 40 ans les dettes d’aides publiques au développement.

Le 09 mars 2006, toujours dans le cadre du programme conclut avec le FMI, le Club de Paris selon les termes de Cologne, annulait à hauteur de 90% les échéances du 09 mars 2006 au 30 septembre 2007.

Au 01 juillet 2008, la dette du Congo au Club de Paris était de 3 354 milliards de dollars. Mais, toujours suite à un programme conclu avec le FMI et approuvé le 08 décembre 2008, le Club de Paris avait annulé 806 milliards de dollars, et rééchelonné 155 milliards de dollars selon les termes de Cologne.

Cette histoire de la dette congolaise, faite d’annulation et de rééchelonnement avait atteint son apogée. Au 31 décembre 2008, la dette extérieure du Congo était de 5 600 milliards de dollars, et de 2 523 milliards de dollars dus au Club de Paris au 01 janvier 2010. Il est clair qu’on doit toujours payer ses dettes », mais la fin de la décennie 2000 changea ce principe moral. Le 18 mars 2010, la dette extérieure obtient son annulation à la suite de l’atteinte du Point d’achèvement de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (initiative PPTE renforcée). Quant au Club de Paris, il annula au total près de 2,4 milliards de dollars en 2010.

C’en était fini avec cette histoire de dette, croyait-on. Mais, c’était oublié que l’homme, est bien plus compliqué que l’homo economicus des économistes … ! L’histoire a repris son cours habituel depuis 2017 jusqu’à ce jour du 03/07/20020.

Verlin Richard

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