DIASPORA, Editorial, Politique, Société

Le difficile travail de deuil de l’opposition congolaise

Par   Jean-Claude BERI

Perdre une élection sensée couronnée le pacte républicain de l’opposition, c’est un cauchemar qui devient réel pour l’opposition congolaise dite radicale.  Après la fraude massive, du 20 Mars 2016 ayant consacré le viol en victoire de SASSAOU au présidentiel, vient le moment de continuer le combat dans l’affirmation de ses convictions. Rien n’est évident, pour l’opposition congolaise, face au coup de massue reçue tant par ses amis d’hier et le camp adverse.

Ce processus long et complexe, que l’on nomme « la restructuration de l’opposition » est une étape incontournable de l’après l’échec électoral des cinq candidats dits de l’opposition. Un passage obligé pour continuer à croire en un lendemain extirper de toute forme de dictature.

Au Congo, ce processus suit des étapes précises observées par les politiques au chemin du drame congolais et qui prennent du temps. Pour certains, il est difficile de se remettre à flot face à la trahison des deux grands partis de l’opposition sur lesquels reposaient une grande partie du dispositif de mobilisation et une grande force populaire. Dépourvue du soutien de l’UPADS et du MCCDI muté depuis en UDH-YUKI, l’opposition se doit de choisir une nouvelle stratégie de combat pour se faire une réelle force pour la conquête du pouvoir dans la sphère politique congolaise.

Faut le reconnaître, l’attitude injuste et surtout égoïste de TSATY MABIALA et  GUY BRICE PARFAIT KOLELAS est un vrai coup de poignard dans le plan de conquête pour l’alternance contre la dictature.

Le Choix de TSTAY MABIALA et PARFAIT KOLELAS ne devrait plus logiquement concerner l’opposition radicale. Puisqu’il est clairement établi que ces deux leaders ont fait le choix d’une opposition d’accompagnement du pouvoir en place dans sa gouvernance suicidaire.

Il est donc incompréhensible pour ma petite cervelle de voir des réactions de supplications de la part de certains qui se disent vrais opposants devant l’attitude de PARFAIT GUY KOLELAS demandant la tenue d’un dialogue et l’abandon des poursuites pour les auteurs de certains crimes économiques. C’est sa stratégie et il est en droit de le mouvoir pour l’existence de son parti et de sa vision du Congo.

Il appartient à l’autre opposition que nous sommes de briller par la force de proposition que le vide laissé par TSATY MABIALA et GUY BRICE KOLELAS n’est pas une fatalité. Mais bien une aubaine pour faire son deuil  et  tourner la page faisant fi d’une opposition unie d’avant et de l’autre une opposition désunie.

Notre combat ne se situe pas dans la décortication ou au dépouillage point par point  des actions de TSATY MABIALA et de GUY BRICE PARFAIT KOLELAS. Aujourd’hui notre action se situe dans la réflexion en toute modestie et lucidité comment reprendre le flambeau de la lutte contre la dictature immonde qui sévit à Brazzaville.

Une opposition qui devrait par exemple se saisir du dossier du POOL à savoir le  « génocide Laris » pour mettre en lumière les contradictions d’une certaine opposition conciliante qui tergiverse en maquillant les faits pourtant avérés. On ne le dira jamais assez, il y a eu bel et bien massacre dans le POOL. Qui a tué qui et pourquoi ? La lumière sera faite et les responsabilités seront établies. Notre opposition ne doit pas être une l’opposition de circonstance devant la barbarie  et les tueries de masse.

La cicatrisation de cet échec, du 20 Mars 2016, viendrait du fait que l’opposition surtout pour ceux qui peuvent agir et s’exprimer librement de se préserver pour pouvoir poursuivre son combat. Cette période nécessite beaucoup de compassion et de sagesse envers soi-même et le peuple, de courage, d’acceptation aussi, de la douleur et de se donner du temps.

Après le choc du viol électoral (2 ans déjà) et l’anesthésie momentanée de la trahison de TSATY MABIALA et GUY BRICE PARFAIT KOLELAS qui ont favorisé le maintien au pouvoir du fraudeur,  il est temps de s’entourer  d’un  mécanisme de protection afin de s’assurer que la démocratie dans notre pays ne sera plus jamais violée. Disserter sur les propos dénués de vision politique cohérente qui d’un coup demande de s’asseoir avec le bourreau qui a commandité les massacres et les atrocités sans aucun préalable.

Je dis, c’est de bonne guerre que TSTAY MABIALA et GUY BRICE P KOLELAS fassent leur politique, faisons la nôtre. Prouvons que nous sommes capables de produire autre chose que ces inepties qui en font que condamner le peuple au supplice permanent. Cette attitude remet en selle ces deux leaders qui  devraient en principe disparaître politiquement de leur traîtrise.

Le Combat n’a pas changé, une force d’opposition doit être avant tout une force de propositions

C’est par la subtile combinaison de la menace de la force, de la diplomatie ou encore du renseignement que l’on stabilise les conflits et qu’on y met un terme. Ce n’est pas en disant que l’on s’engage « à moitié », en faisant mine de dire que l’on partira au moindre mort, que l’on fait la paix. Quelle que soit notre future stratégie, de ce point de vue, nous ne changerons pas à nous seuls la nature des conflits. Notre opposition gagnerait en étant une opposition vigilante mais constructive et une véritable force de propositions.

Notre peuple subit une crise après crise, une précarisation croissante, une angoisse qui s’amplifie d’année en année face à l’avenir.

Depuis plus de 20 ans, les inégalités de richesses sont en progression. Aujourd’hui, l’oligarchie clanique est de plus en plus riches et  les pauvres toujours plus pauvres.

Les promesses non tenues depuis des décennies, les vives déceptions après les grands espoirs de l’embellie pétrolière des années 2000 mais aussi après la conférence nationale souveraine, sont de toute évidence à la source de cette grave perte de confiance. Cette dernière ouvre le chemin aux démagogues, à ceux qui, pour conquérir le pouvoir, dressent ceux qui souffrent les uns contre les autres, plutôt que de les unir face à la violence de l’Etat policier. Le danger de la montée du Clanisme au pouvoir, puise sa raison d’être dans ce terreau de déception, de colère, d’injustice.

L’autoritarisme croissant de Sassou Nguesso, l’affichage du mépris à l’égard du peuple et une volonté non dissimulée de museler l’opposition inquiètent dans de nombreux rangs.

La ligne conductrice du pouvoir n’a pas varié. C’est la soumission totale à la volonté du clan au pouvoir, quitte à affaiblir la démocratie et à contester les fondations de la République.

Face à cette attaque violente contre les intérêts populaires, notre opposition devrait adopter d’emblée une opposition résolue à la politique de SASSOU et multiplier des propositions pour souligner qu’une autre voie est possible.

Considérant que rien ne se fera sans l’intervention du peuple lui-même, Celui-ci est la clé du changement dans sa participation au débat public, à la vie économique, sociale et à la vie politique, ainsi qu’aux grands choix écologiques.

L’Histoire récente nous incite à croire que, pour exercer pleinement son rôle, l’opposition congolaise doit créer des tensions permanentes et susciter de faux espoirs. Probablement, il va falloir réviser cette idée reçue. L’opposition doit savoir démontrer que, quand la nature du sujet l’exige, son action peut devenir une force de propositions. Elle aurait pu réagir après la nomination du nouveau secrétaire de la Francophonie, estimant que c’est un sujet de « préoccupation mondiale ». Afin de replacer le Congo au centre de la communauté internationale. Sur le plan national, axer son discours sur la flambée des prix des denrées alimentaires. Voilà un discours qui permettra de situer le problème des hausses de prix dans sa juste perspective. La population doit comprendre que les augmentations des prix des produits alimentaires sont les conséquences directes de la crise économique causée par la mauvaise gouvernance de Sassou.  L’opposition devrait proposer donc des stratégies capables de contrer les menaces sur le front de l’alimentation.

Le combat n’a pas changé ce qui fera la force de l’opposition radicale, c’est que nous percevons une certaine osmose entre l’échelon national, (associations, militants syndicaux, citoyens.) La ligne est claire, radicale, et par conséquent rassure.

Les mesures sassouïstes percutent les congolais en rentrant dans chaque foyer (famine, coupure d’électricité, coupure d’eau…) C’est pourquoi nous devons poursuivre comme suit : une force d’opposition doit être avant tout  une force de propositions. Ainsi nous apparaissions de plus en plus comme crédibles, réfléchis, constructifs, percevant l’avenir avec discernement. Laissons cette opposition conciliante, engluée dans leurs tunnels de tambouilles.

Fixons les bons objectifs : convaincre, rassembler quel que soit l’appartenance/pas à un corps intermédiaire, quel que soit son âge, ses croyances… On peut tous se retrouver citoyens sur notre programme élaboré de manière collaborative et enrichi au fil de l’eau. C’est cela notre credo. FEDERER le PEUPLE !

 

Jean-Claude BERI

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