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Disparition de Paul Ngombé « Pincky », la grande figure du Saxophone

 

Par Clément OSSINONDE

 

 

Le monde de la musique congolaise est en deuil. Les amoureux du saxo se souviennent de celui qu’on surnommait « Pincky ».
Le saxophoniste Paul Ngombé vieux lion de la musique congolaise moderne, est mort à Pointe-Noire le dimanche 1er Décembre 2019, à l’âge de 80 ans.
Soprano immense, expérimentateur infatigable, il était l’un des pionniers de la musique congolaise moderne, l’une des principales figures de la scène congolaise prolifique des années 60 à 80. Il était surtout connu pour son amour du saxophone, qu’il jouait à la perfection.

Novelty premier groupe
Porté par trois frères ; Grégoire Poaty, Benjamin Poaty et Joseph Mountou Poaty (Typoa), l’orchestre Novelty voit le jour à Brazzaville, au cours du premier semestre 1959, (au Super Jazz, cinq mois avant la création de l’orchestre Bantou) période au cours de laquelle commence les préparatifs de l’accession du Congo à la souveraineté nationale. Novelty est donc le tout premier orchestre de Brazzaville a chanté en 1959, sous le thème de l’Indépendance.
Il est aussi le premier groupe à prendre conscience du rôle moteur et vital que la musique pouvait apporter dans la prise de conscience, des congolais pour la consolidation de l’unité nationale.

Paul Ngombé « Pincky » l’homme de la situation
C’est en marge de son travail de mécanographe dans la société française de mécanographie : « Somécafric », que « Pincky », saxophoniste, a eu pour ambition de développer son approche du milieu musical et des danses tout en permettant aux jeunes du quartier à Ouénzé de s’investir bénévolement pour l’animation de leur secteur.

Outre les frères Poaty on compte désormais au sein du groupe des musiciens de talent comme Paul Gombe « Pincky » (saxo), Jean-Baptiste Miyouna Yano, Benjamin Massamba Baby (chant) Hilarion Malemba, Simon Kieya, Bernard Kibongani (instrumentistes) et autres.
De fil en aiguille, « Pincky » apparait désormais comme un saxophoniste de renom, dont la forme sonore va rapidement capté l’attention du public et recueillera absolument son adhésion.

Parmi les grands succès qui ont marqué cette période avant l’Indépendance du Congo, citons : « La Communauté », « Bolingo », « Bana Nova », « Joséphine », « El rythmo Novelty cha cha », « Indépendance » « Proclamation de la république du 28 Novembre »… enregistrés aux Editions Ngoma à Kinshasa.
1964 – Africa Mod « Matata » succède à Novelty
En 1964, l’orchestre Novelty dirigé par Joseph Typoa (bassiste) cesse d’exister. Tous les musiciens du groupe se séparent de leur chef pour créer un nouvel orchestre Africa Mod, dirigé par Jean-Baptiste Miyouna Yano. Avec lui les mêmes compagnons : Paul Ngombé “Pincky”, Benjamin Massamba “Baby”, Hilarion Malemba, Simon Kieya, Bernard Kibangani et Toussaint Moumbenza, chez qui ont lieu les séances de répétitions (79, rue Monzombo à Moungali).
1965 – Les grands succès d’Africa Mod avec « Pincky » comme saxophoniste et chef d’orchestre.

Bien auparavant et en 1965, Paul Ngombé « Pincky », saxophoniste et désormais chef de l’orchestre Africa Mod « Matata » aide et soutien le jeune chanteur Maurice Obami en le faisant participer à l’ouverture des Premiers Jeux Africains de Brazzaville.
En effet, parmi les grands mérites de « Pincky » on compte :

1 – Participation aux Premiers Jeux Africains en 1965
Le résultat de l’évolution de Africa Mod, lui permet de gagner le rôle d’animer le mouvements gymniques des Premiers Jeux Africains au stade omnisport de la Révolution ( aujourd’hui, Massamba Débat) en 1965 à Brazzaville. Le nouveau format musical du groupe sera aussi novateur que populaire, car son style tiendra lieu d’un nouveau schéma aux harmonies, aux rythmes et aux timbres bien définis.

2 – Installation à Pointe-Noire – Appellation “Matata” – Succès de la chanson “Méleli Méleli”
Sur l’invitation du Commissaire du Gouvernement de la région du Kouilou à Pointe-Noire, l’orchestre est appelé à animer le grand bal traditionnel de la fête du 1er Mai 1966. Dès lors l’orchestre va s’installer à Pointe-Noire pour avoir gagné l’enthousiasme des citoyens de cette ville. Mais sa plus grande notoriété, il le devra au chef-d’œuvre “Méleli Méleli”, enregistré en 1967. Une rumba toute particulière exprimée dans la langue “Téké” de la région de la Lékoumou.
Cette mélodie débordante de gaieté, va rencontrer une extraordinaire popularité. Citons par ailleurs, les chansons “Maté”, “V. Club”, “Chérie nazongi”, “Sois tranquille” qui ont symbolisé également l’apparition du nouveau format “Matata”, d’où l’appellation “Africa Mod Matata”.
L’Africa Mod, comme bon nombre de groupes des années 60, ne connaîtra pas une longue vie. Avec les départs conflictuels des piliers du groupe, Jean-Baptiste Miyouna Yano, Toussaint Moumbenza et Paul Ngombé “Pincky”, la dislocation de l’Africa Mod “Matata” intervient malheureusement, plus tard en 1970. Entretemps en 1967 voit naître Manta Lokoka.

L’avènement de l’orchestre « Manta Lokoka » sous la direction de « Pincky »
Dès 1967, la carrière du saxophoniste Paul Ngombe Pincky se transforme. Car il crée, avec quelques anciens d’Africa Mod et Maurice Obami le nouveau jeune talent de la chanson, l’orchestre Manta Lokoka. Les deux phénomènes « Pincky » et Obami créent un langage musical nouveau qui se révèle dans les mélodies et s’épanouit dans les œuvres d’amour. Puis, avec la sortie, au cours de la même année, de l’ œuvre de Maurice Obami le plus célèbre, «Manta Lokoka », c’est la consécration, avant son décès le 6 juillet 1969.
Sous « Pincky », Manta Lokoka va devenir un véritable grenier des talents, d’où sortiront les grandes vedettes de la musique congolaise, comme Pambou Tchico Tchicaya, Simon Mangouani et autres.

Enfin en 1970, et à titre posthume, la chanson « Manta Lokoka » obtient le 1er prix de RFI (Radio France Internationale). Cette chanson, qui a fait recette sur le continent, sera reprise par plusieurs groupes congolais et africains.

Dislocation de l’orchestre Manta Lokoka
Vers la fin des années 70, précisément en 1976, l’orchestre Manta Lokoka tire sa révérence. Paul Ngombe « Pincky », va dans un premier temps faire une carrière solo, cumulativement avec sa profession de mécanographe, avant de décrocher définitivement en musique depuis les années 90.
« Pincky » est l’un des rares artistes à être devenus le visage d’un style de musique, « le style Manta Lokoka ». Saxophoniste de génie, il était aussi chanteur, compositeur et un grand chef.

Adieu l’artiste !

Clément Ossinondé

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