Economie, Environnement, Société

Etat des lieux du Chemin de Fer Congo Océan (CFCO)

Par  Patrick Eric MAMPOUYA

 

Le CFCO est une entreprise publique qualifiée de bien commun à toutes les forces vives de la Nation, dans laquelle les agents partagent singulièrement leur dessein. En cela, le développement des dérives fonctionnelles et des comportements antirépublicains, appelle de la collectivité un regard critique et nécessite à certains moments des actions correctives exemplaires, conformément aux orientations du Président de la République données lors de son discours devant le Parlement réuni en Congrès le 30 Décembre 2017.
Telle est la situation dramatique dans laquelle le Secrétaire Général Chargé de l’expédition des affaires courantes dévolues à la Direction Générale du CFCO plonge collectivement les agents de cette structure perçue comme épine dorsale de l’économie congolaise, par sa façon de gérer. Les développements qui suivent stigmatisent bien les errements graves de gestion qui menacent l’existence même de l’entreprise.

INFRASTRUCTURES

Les travaux de réparation des ponts dynamités aux PK 459 et 450 désormais achevé et la réglementation du trafic routier par la mise en place des frais de péage devraient augurer des perspectives de reprise du trafic. Toutefois, il s’avère que malgré cet environnement plutôt favorable et le soutien de l’Etat le CFCO n’arrive toujours pas à retrouver un trafic efficace et lucratif. Cette situation s’explique partiellement d’une part par l’état de la voie fortement endommagée et vétuste et d’autre part par la pénurie du matériel roulant indispensable à son activité.

Mais il sied également de dénoncer l’irresponsabilité du Secrétaire Général qui fait montre à la fois d’incompétence et de mauvaise foi dans la gestion du secteur opérationnel, en témoigne par exemple le camouflage d’un incident à l’origine de la mise hors service d’une locomotive neuve mise en circulation en 2015 dont le moteur a été coulé, incident n’ayant fait l’objet d’aucun rapport d’avarie ou d’enquête spontanés par la Direction Générale du CFCO. Ce fait grave est unique dans l’histoire des réseaux ferrés du monde.
Par ailleurs, nous tenons à signaler l’existence d’un réseau de malfaiteurs au CFCO œuvrant pour le sabotage du matériel et de l’outil de travail. On peut citer le sabotage des locomotives dans les ateliers aux heures de travail ; le sabotage des voitures du train Gazelle avec vol des câbles électriques ; le vol du carburant devant servir à l’alimentation des machines… Tout ceci sous la protection des responsables hiérarchiques.

SITUATION SOCIALE : La problématique ressources humaines au Chemin de Fer Congo Océan

La situation qualitative et quantitative des ressources humaines est tributaire des contraintes imposées par le PAS et le PASR à partir des années 1985 (suspension des recrutements et formation pendant près de 25 ans). Le CFCO fait face à une grave pénurie de cadres et agents dans les domaines ferroviaires ce qui constitue aujourd’hui un handicap qui menace dangereusement la pérennité de l’entreprise.
Par ailleurs, les recrutements mal opérés depuis 2013 ne tenant pas compte de la gestion prévisionnelle des emplois et compétences, encore moins de la spécificité des métiers ferroviaires, n’ont pas permis d’allouer les compétences attendues et assurer un bon plan de succession. Beaucoup de directions ont du mal à trouver les bons profils alors que le cadre d’organisation affiche le plein de personnel.

L’audit des recrutements, souhaité par le Ministre de tutelle Mr MOKOKI en son temps n’a jamais été effectué.
La gestion des Ressources Humaines au CFCO, dans cette période de l’expédition des affaires courantes, est caractérisée essentiellement par les faits suivants :
– Mauvaise utilisation des cadres et agents ;
– Exclusion et division des cadres par le Secrétaire Général ;
– « Clanisation » de l’encadrement ;
– Avancements professionnels complaisants de certains agents au détriment de la méritocratie ;
– Accentuation des conflits sociaux par la non-reconnaissance des droits acquis ;
– Querelles intestines perpétuelles ;
– Mauvais placement du personnel non-qualifié émargeant au Collège Maitrise aux postes d’encadrement. Ce qui engendre de facto des reclassements complaisants, sources de contentieux judiciaires probables.
Un choix judicieux dans la nomination du couple directeur général et directeur général adjoint ayant une parfaite connaissance administrative et technique du réseau pourrait combler l’absence d’un bon management de l’entreprise. En effet, depuis près d’un an, le CFCO souffre de l’absence d’un réel manager régulièrement nommé et ayant à cœur les problèmes du réseau.

Situation sociale des travailleurs
Suite au dynamitage des ponts et à l’interruption de trafic qui s’en est suivie, les agents du CFCO cumulent à ce jour vingt-deux (22) mois d’arriérés de salaire.

MAUVAISE GOUVERNANCE FINANCIÈRE ET COMPTABLE

La mauvaise gouvernance financière et comptable a été décriée par le Ministre de tutelle sortant lors de ses descentes en entreprise.

La gestion financière et comptable est approximative au CFCO du fait du réseau dangereux soigneusement entretenu par le directeur comptable et fiscal, le directeur des finances et le secrétaire général. Des sommes importantes gérées sans supports et comptes mal tenus. Un audit et un remplacement des animateurs sont nécessaires pour une meilleure visibilité et un accompagnement efficient du nouveau directeur général à nommer.

La question des créances au bénéfice de l’entreprise se pose aujourd’hui avec acuité. En effet, la crise que traverse le CFCO a permis de parvenir à la compréhension de l’ampleur des détournements de la part des cadres occupant les postes sensibles de gestion comptable et financière. Systématiquement on constate que les montants initiaux auprès des débiteurs du CFCO vont decrescendo en défaveur de l’entreprise, avec une disparition ou dissimulation des preuves au niveau des écritures comptables. A titre d’exemples, la créance du CFCO auprès de GPL SA est officiellement de plus de deux cent millions CFA (200.000.000), un moratoire avait été signé entre les deux parties. Malheureusement, le directeur comptable et fiscal fait savoir qu’il a perdu le document de reconnaissance de la créance et à ce jour GPL SA ne reconnaît que la somme de vingt-cinq millions CFA (25.000.000).

La créance auprès de SARIS CONGO en constitue un autre cas : de la somme de quarante-quatre millions CFA, il ne reste pour le CFCO que cinq millions CFA ; et la liste est longue. Seul un audit des comptes bancaires, des écritures comptables, des créances et de toute la gestion financière du CFCO peut permettre à l’entreprise de prendre un nouveau départ.

En outre, il a été initié sous la direction du chef de l’Etat la souscription de nombreux crédits au bénéfice du CFCO à l’effet d’améliorer les conditions d’exploitation du réseau. Mais une mauvaise définition des priorités et utilisation des fonds éclipsent cette noble ambition.

Le cas du crédit belge en est un exemple patent. Crédit de plus de cinquante milliards contractés par le gouvernement congolais à l’effet de faire face aux contraintes techniques liées à la vétusté du matériel et de la voie.

Malheureusement, il manque de visibilité et même de cohérence dans l’utilisation des sommes allouées. Près de seize (16) milliards flottent et apparemment sont affectés aux études, ce qui suscite un doute logique même auprès des moins initiés. Beaucoup de pièces ne correspondent pas aux prescriptions techniques du cahier des charges

En somme, le crédit ne réglera pas les problèmes ayant motivé sa demande.

Il convient de signaler que la gestion du domaine et patrimoine du CFCO laisse également fortement à désirer. A l’image de ce que l’on pourrait considérer comme une prise illégale d’intérêt de la part du Secrétaire Générale qui s’est rendu acquéreur d’un bien immeuble propriété du CFCO.
En effet, il faut préciser que le Secrétaire Général, au terme de l’article 32 des statuts du CFCO, confirmé par les missions organiques, est le Gestionnaire du patrimoine, des relations publiques et internationales, et Responsable de l’Administration ferroviaire. Ces attributions qui appellent à une certaine maturité et au sens profond du bien public devraient astreindre l’intéressé à certaines réserves. Or, ses agissements sont aux antipodes des valeurs ci-dessus énoncées ainsi il a acheté une villa du CFCO située au centre-ville, dans laquelle il a construit un restaurant, et s’est de même attribué un terrain du CFCO à 70m de là sur la base d’une autorisation d’occupation initiée par lui-même (sur lequel il a érigé un bâtiment R+1 à usage commercial dont la valeur est estimée à environ 100 millions de francs pour une durée de 40 ans). Il s’agit ici manifestement d’un flagrant cas de délit d’initié réprimé par le droit positif congolais.
Là aussi un audit est plus que nécessaire.

DE LA VISION MANAGÉRIALE

Depuis son installation en vue de gérer les affaires courantes, le Secrétaire Général manque de vision managériale pour une entreprise aussi capitale pour l’économie nationale. Certains faits majeurs sous-tendent cette assertion :
– Une gestion approximative sans perspectives ;
– Dissolution sans respect des parallélismes des formes de la Cellule de Réflexions stratégiques et d’actions prioritaires, pourtant mise en place sur instructions du Ministre de tutelle par note de service N°262/MTACMM/CAB du 17 février 2017 ;
– Délaissement et mise au chômage de plusieurs cadres de l’entreprise et pas des moindres ;
– Réduction à néant d’un projet de transport bimodal très porteur à BOUANSA pour lequel les infrastructures ont été mises en place, un contrat signé avec le Conseil Congolais des Chargeurs pour la location de l’engin de manutention de type Calmar, un contrat de partenariat signé avec un transporteur routier, contacts pris avec plusieurs clients, et des frais engagés par l’entreprise pour l’ensemble des actions connexes (frais de gardiennage, paiement des techniciens, etc.) ;
– Baisse drastique des recettes des trains ROC et VM, conséquence directe de la dissolution de la Cellule de Réflexions stratégiques et d’actions prioritaires. Aucune disposition n’est prise pour assurer la rentabilité de ces trains ;
– Gestion opaque du patrimoine et de ses recettes ;

RECONFIGURATION DE L’ORGANIGRAMME DU CFCO

Dans le cadre de la remise en service de la société ferroviaire congolaise, la simplification de l’organigramme du CFCO constitue aujourd’hui une nécessité majeure pour de multiples raisons. D’abord, elle permettra de rendre fluide et efficace l’action collective des directions de l’entreprise qui, à ce jour, est assez confuse du fait de la multiplicité des fonctions parfois répétitives et, partant, inutiles.

Ensuite, cette reconfiguration devra engendrer des économies dans les caisses de l’entreprise du fait de la suppression des postes jugés inutiles et coûteux pour le CFCO.

Enfin, le changement d’organigramme répond à l’exigence de probité morale des cadres, de leurs formation et expérience professionnelles, donc de la valorisation de la compétence, étant donné que les animateurs actuels de certaines directions sensibles font visiblement preuve d’incompétence et d’inefficacité, germes de la mal gouvernance au niveau des finances et de la comptabilité, de l’administration et des ressources humaines, des affaires juridiques, des approvisionnements et de l’exploitation du réseau ferré.

Ce changement va permettre assurément de rompre définitivement avec des pratiques non orthodoxes savamment instituées par les cadres dirigeants actuels du fait de leur longévité aux postes. Ces pratiques tant décriées constituent sans nul doute les causes endogènes de la descente aux enfers de l’épine dorsale de l’économie congolaise.

Toutefois, l’absence d’un véritable manager à la tête de l’entreprise et l’amateurisme des cadres dirigeants de certaines directions (notamment la direction des finances, la direction de l’exploitation, la direction comptable et fiscale, la direction des affaires juridiques et du contentieux, la direction des ressources humaines, la direction des approvisionnements et transit) annihileront inéluctablement tous les efforts et engagements du Président de la République et du gouvernement quant à vouloir remettre le CFCO dans sa position stratégique de maillon central du transport multimodal au Congo. Ainsi, seul un audit social et financier commis par le Ministère de tutelle pourra donner la preuve objective de ce qui est affirmé ici. L’audit devrait d’ailleurs constituer un préalable à tout engagement financier ou logistique du gouvernement vers le CFCO.

Dans ce même élan, une vérification préalable des profils ou diplômes des cadres proposés dans ce nouvel organigramme s’avère important en vue de la réussite de la politique du gouvernement en matière de transport ferroviaire, cette vérification de l’authenticité des diplômes devant s’étendre à tout le personnel recruté au cours des six dernières années au CFCO.

Il sied de souligner que la situation actuelle du CFCO requiert une expertise pointue pour un redressement rapide et efficace sous la houlette du gouvernement.

CONCLUSION

Eu égard aux faits dénoncés ci-dessus, caractérisant l’incapacité du Secrétaire Général du CFCO à répondre aux critères énoncés par le Président de la République, Chef de l’Etat lors du Conseil des Ministres du 13/04/2018 pour prétendre occuper les hautes fonctions civiles et militaires, soit la maturité, la compétence et l’esprit républicain des cadres, il parait clairement que le Secrétaire Général du CFCO a montré toutes ses limites pour assurer la survie, la reprise des activités et la relance du CFCO.
Le CFCO est déstabilisé par une mauvaise gouvernance, l’édifice organisationnel approuvé par le Conseil d’Administration est mis à mal, le climat social est dramatiquement détérioré. Les cheminots acculés à la survie se sentent entrainés dans un suicide collectif.
En dépit de l’espoir suscité par la réouverture du trafic du chemin de fer, grâce aux efforts remarquables et salués du gouvernement de la république, il n’est observé aucune amélioration des trafics, ni de propositions visant l’augmentation des recettes.
La mauvaise gestion adossée aux antivaleurs, conjuguée à la précarité, l’irrégularité de l’équipe dirigeante actuelle n’augurent aucune perspective de relance. Ce déficit dans le management éclipse toute espérance et compromet dangereusement l’existence même du CFCO.

Eu égard à ce qui précède, nous sollicitons l’appui de la Chambre Haute du Parlement afin d’intercéder auprès de l’exécutif pour que cette entreprise ne soit pas laissée à l’abandon et qu’à brève échéance soit mise en place une équipe managériale digne et opérationnelle ; ce qui serait perçu par l’ensemble des agents comme un signe de renouveau et de re-dynamisation des actions au CFCO.

 

Partick Eric MAMPOUYA

Patrick Eric MAMPOUYA

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