International, Politique

Comment faire s’effondrer une dictature?

Jacques ATTALI

Lu pour vous : L’express

 

Par :  Jacques ATTALI

 

Le curseur de la planète se déplace vers moins de démocratie.

la démocratie, qui avait bien avancé dans les années 1990, avec l’effondrement du bloc soviétique et l’évolution de l’amérique latine, semble aujourd’hui en recul. certes, de nouvelles avancées ont eu lieu récemment, au maroc, en tunisie, en afghanistan, en libye, en irak. inversement, quelques pays démocratiques sont devenus des dictatures, comme le venezuela.

D’autres sont passés d’un dictateur à un autre. c’est le cas dans certaines républiques de l’ancienne union soviétique, comme le turkménistan ou la biélorussie. c’est le cas aussi de l’iran, passé de la dictature du chah à celle des mollahs. c’est aussi le cas de la chine et du vietnam. dans certains de ces pays, le pouvoir est passé de père en fils, l’un étant plus sanguinaire que l’autre ; comme en corée du nord, en syrie, au togo, dans la république démocratique du congo. et tant d’autres.

Et puis il y a tous ceux, et ce sont les plus nombreux, qui sont entrés dans une zone grise où la dictature évolue plus ou moins vite vers la démocratie, comme la russie, certaines républiques d’asie centrale, la birmanie, cuba, le kenya et la malaisie, et ceux où la démocratie glisse peu à peu vers une dictature, comme les philippines, l’indonésie, la hongrie, la turquie, et même l’inde.

Ces dictatures qui sont tombées

on devrait aussi distinguer les régimes politiques qui ne font de mal qu’à leur propre peuple – la majorité – de ceux qui ont une influence délétère même hors de leurs frontières, comme en iran ou en corée du nord.

Globalement, depuis quelques mois, le curseur de la planète se déplace plutôt vers moins de démocratie.

L’histoire nous apprend que les dictatures s’effondrent dans trois cas : si le peuple n’a plus peur qu’on lui tire dessus et vient envahir les palais des puissants, comme ce fut le cas en roumanie ; si les puissants eux-mêmes décident de ne plus tirer sur leurs habitants, comme on a pu l’observer en union soviétique ; ou enfin si une invasion venue de l’extérieur aide une résistance intérieure à en finir avec les tyrans.

Un embargo ne suffit pas, par lui-même, à y parvenir. il peut même, parfois, souder une nation autour de ses dirigeants, même s’ils sont épouvantables ; rares sont les cas où un isolement a suffisamment affamé un peuple pour que celui-ci se retourne contre ceux qui le dirigent. les américains, qui vivent avec l’illusion que c’est leur politique qui a conduit à l’effondrement du communisme (alors que c’est la décision de gorbatchev de ne plus tirer sur sa population et d’aller vers la démocratie), continuent de penser qu’il suffit d’isoler une nation pour faire s’effondrer son régime. l’exemple de cuba aurait dû montrer que tel n’est pas le cas. et je crains qu’ils n’aient la même déconvenue avec la corée du nord.

De plus en plus rares sont les peuples qui se lèvent contre leurs dictateurs et réussissent à les faire partir par la seule force de leur courage. c’est peut-être ce qui va arriver à kinshasa.

La guerre préventive, une option délicate

alors, que faire ? faut-il ne pas se mêler de ce qui se passe chez les autres ? après tout, de quel droit voudrait-on imposer la démocratie quelque part ? et sans doute faut-il se contenter d’essayer de mettre hors d’état de nuire les dictateurs qui interviennent au-delà de leurs frontières.

Comment ? faut-il parlementer avec eux ? L’exemple pitoyable de la prétendue négociation entre les américains et la corée du nord (qui continue d’avancer à grands pas vers l’armement nucléaire) montre que cela ne sert en général à rien.

dans certains cas, une guerre préventive contre un régime dont l’action nuit à plus que son peuple éviterait bien des morts : si on avait attaqué hitler avant qu’il n’envahisse la ruhr et qu’il ne reconstitue son armée, on aurait sans doute épargné des dizaines de millions de morts à l’europe. naturellement, rien de tel ne justifiait les interventions en irak et en libye, et une attaque préventive doit être pesée avec soin, comme un ultime recours.

Par Jacques ATTALI

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/comment-faire-s-effondrer-une-dictature_2032073.html

Un commentaire

  1. Tres interessant. Alors qu’attendez voys avec DSN ?!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*