DIASPORA, Politique

La faute morale de Sassou et Mokoko dans le bal des avocats.

La faute morale de Sassou et Mokoko dans le bal des avocats

Par:  Patrice Aimé Césiare MIAKASSISSA

 

Alors que l’un est Président de la république du Congo en dépit du bon sens et que l’autre aspire à le devenir, le spectacl
e des avocats parisiens et autres dépêchés devant TV5 Monde par ces derniers afin de convaincre l’opinion internationale, je dirais l’opinion occidentale et surtout française (les maîtres du jeu), de leur bon droit respectif, me laisse dubitatif et interpelle ma conscience. Le Congo manquerait t-il de talents en matière de robe noire ?

Il est de bon aloi d’invoquer la souveraineté nationale et notre indépendance acquise à la suite d’une signature quand nous sommes indexés suite à notre mauvaise gestion des deniers publics et d’atteinte aux droits de l’homme. Interpellé suite aux séjours fastueux à New-York dans un palace hors de prix (hôtel Waldorf Astoria) et scandaleux où le champagne Cristal coulait à flot au sortir de la guerre fratricide et sanglante de juin 1997, Sassou déclara : « que seul le peuple congolais avait le droit de lui demander des comptes ». Peuple asservi qui lui renouvelle sa confiance avec le fusil sur la tempe.

Maintenant pour plaire à cette même communauté qui le maintien au pouvoir pour service rendu aux détriments des congolais, le pouvoir congolais aux abois envoie sur le plateau de TV5 Monde, le journal de l’Afrique, le quart d’heure télévisuel réservé à tout un continent, un avocat blême sorti d’outre-tombe, haletant, hésitant, incapable de synthèse, le format de l’émission ne permettant pas de plaidoirie interminable.

Le droit de réponse tant réclamé par l’avocat de la dictature congolaise consistait à nous faire une révélation de taille sur le niveau de développement du Congo. Le Général Jean-Marie Michel Mokoko, prisonnier politique, détenu en préventive depuis plus d’un an au mépris du code de procédure pénale, aurait la télévision avec abonnement à Canal + dans une cellule de 80 m², et la lumière jaillit ! Les bras m’en tombèrent devant cette pathétique démonstration truffée d’inepties pour celui qui connait les conditions de détention dans les geôles de la dictature congolaise. Ce pouvoir de Brazzaville dans sa platitude déteint même sur ses avocats. Personne pour rattraper l’autre, car après le passage encore pitoyable de l’ambassadeur au nœud papillon, l’avocat de la dictature enfonce le dernier clou qui fermera, je l’espère à jamais, le cercueil du spectacle de la médiocrité que nous inflige Sassou et compagnie. Ils vont de déconvenue en déconvenue.

Les cabinets d’avocats fleurissent et prospèrent à Paris en faisant commerce de leur savoir vers le nouvel eldorado qui est constitué de dictateurs africains notamment ceux de l’Afrique centrale. Chaque dictateur se doit d’avoir son avocat parisien pour le défendre. La justice en France est devenue une affaire juteuse et n’est plus un service public. Alors dans ce concert de loups, il est de bon temps pour se faire entendre de solliciter les services de ceux qui ont leurs entrées et sorties dans ce monde ténébreux et feutré de la justice française.

Le seul problème dans cette histoire c’est que le procès politique pour délit d’opinion du Général Jean-Marie Michel Mokoko se passera à Brazzaville, avec des juges congolais à la solde de Sassou qui incarne à lui tout seul la constitution congolaise ainsi que le droit. La mascarade n’a pas de limite. Mais en même temps, il faut que les avocats, les ténors viennent de France pour donner l’illusion au peuple congolais que la justice sera rendue. Il n’en sera rien car le seul juge que le droit congolais actuel reconnait est le dictateur Sassou. Alors pourquoi ce défilé incessant de ces avocats devant le peu de minutes que nous propose TV5 Monde pour parler de l’Afrique ? C’est la guerre des communicants.

Le constat est amer. Après 57 ans d’indépendance et plus de 40 ans de vie politique pour certains, aucun homme politique congolais ne fait confiance à un Congolais pour le défendre devant la face du monde. Le complexe du colonisé habite le haut sommet de l’État au point de renier les fils du pays. Ce sont ces mêmes hommes politiques qui nous parlent de fierté nationale et de panafricanisme à longueur de journée sans pour autant que cela ne se traduise dans les faits.

Il est temps que nous nous réapproprions tous les secteurs d’activité de notre pays, de notre continent. Les Congolais comme les autres Africains ont du talent et des talents. La journaliste Dominique Tchimbakala qui a mené ces interviews avec brio a été notre seule lueur d’espoir dans ce bal des avocats. Son talent s’est imposé à nous comme une évidence de par la maîtrise de son art.

Pour le Congo de demain que nous voulons construire, il est temps d’être libre, indépendant et de commencer à apprendre à marcher. Nous allons tomber, faire des erreurs, mais nous nous relèverons encore plus forts à la fin de notre apprentissage. C’est la méthode agile.

Notre pays est téléguidé depuis la France avec Sassou comme marionnette. Il est temps de sonner la fin de la récréation.

Quant au Général Jean-Marie Michel Mokoko qui aspire comme bien d’autres à devenir Président de la république du Congo, il est temps qu’il comprenne qu’il lui faudra apprendre à faire confiance à ses compatriotes et notamment aux avocats congolais qui s’ingénuent à le défendre. Il n’est pas interdit d’avoir un pool d’avocats car il y a plus de choses dans deux têtes que dans une. Mais en matière d’icône qu’il est devenu pour le peuple congolais et en matière d’image pour l’homme politique qu’il est, il eut fallu dépêcher sur ce plateau de TV5 Monde son avocat congolais qui l’assiste au quotidien, Maître Yvon Eric Ibouanga. Cette initiative était de son devoir et à sa portée. Les Congolais attendent du Général Jean-Marie Michel Mokoko de l’exemplarité et cette initiative est une occasion ratée. Que cela soit dit, les Congolais que nous sommes ne supporteraient plus que l’on fasse du Sassou sans Sassou. Notre rôle est d’être des vigies de la république et d’en référer en cas de manquement.

Ce spectacle d’avocats parisiens et autres rétribués à prix d’or m’a attristé dans un pays où les salaires, les pensions et les bourses des étudiants ne sont pas payés. A moins que ces derniers le fassent pour sauver l’humanité. Il est permis de rêver mais ces gens-là ne sont pas des altruistes. « The show must go on », le business doit continuer comme disent les Anglo-Saxons.

Notre fierté à tous c’est de porter haut et fort les couleurs de notre pays à un moment de notre existence. Changeons le paradigme de la politique au Congo afin que le peuple se porte mieux. Au lieu de nous sauver nous-mêmes en pratiquant la politique de la terre brûlée, il est temps que nous nous impliquons nous-mêmes dans la gestion des affaires de notre pays.

Comme disait l’autre, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin jusqu’à ce que l’on se rende compte que ce n’était que du gazon artificiel. La vraie liberté de l’homme libre réside dans sa capacité à faire du bien à ses proches avant de vouloir sauver le monde entier ; Ce qui n’exclut pas de l’empathie pour la souffrance des autres.

Au Général Jean-Marie Michel Mokoko je dirais pour paraphraser Constance de Théis que : « La vie sociale est un continuel combat entre le devoir et l’instinct de l’indépendance. »

Patrice Aimé Césiare MIAKASSISSA

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