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Génération contre génération : le faux débat

Génération contre génération : le faux débat

Par :  Patrick Eric MAMPOUYA

 

Le problème de la responsabilité des générations est en fait un faux problème. Il marque, relève même, la légèreté des analyses sur les causes des difficultés que connait notre pays.

Ces courtes analyses montrent combien le combat politique de ceux qui en ont fait leur cheval de batail ne marque aucune consistance. Ces analyses accusent le caractère fragile du socle des convictions. Elle est le résultat d’une vue étriquée des causes du recul de la situation de notre pays. À cette allure, notre pays n’avancera pas et ne sortira jamais de l’impasse dans lequel l’a poussée le régime actuel.

D’ailleurs, depuis Pascal LISSOUBA, les gouvernements du Congo-Brazzaville impliquent un peu plus les jeunes générations dans la gestion de notre pays. Et ces jeunes sont ceux parmi les membres de ces gouvernements qui brillent par l’incivisme, les malversations, l’incompétence, la méchanceté, le mauvais exemple et même par les crimes économiques.

Malheureusement, les meilleurs sont, chaque fois écartés ou poussés à l’exil quand ils ne sont pas mis sous la responsabilité des médiocres. Les personnages brillantes se taisent ou baissent la tête soit pat lâcheté, soit par peur, soit encore pour conserver leur positions ou leurs besoins mercantiles, préférant ainsi s’asseoir sur leurs convictions et leurs savoirs en se trouvant des boucs émissaires pour se donner bonne conscience.

C’est à ce fait qu’il faut s’attaquer. Il faut dénoncer ces choix qui ne répondent qu’au clientélisme et qui tirent toutes les générations vers le bas. Ces gens qui crient, insultent, critiquent, se sont eux qui sont les plus mauvais quand ils arrivent aux affaires, quand ils sont mis à l’épreuve des caisses noires, du pouvoir sans contrôle et de la loi du plus fort (la force étant de leur coté).

Aujourd’hui, Monsieur Denis SASSOU NGUESSO ne fait pas le contraire de Monsieur Pascal LISSOUBA en matière d’utilisation de jeunes. D’ailleurs le premier fait mieux. Il dirige plus avec son clan, pour éviter d’être contrarié dans sa gestion. Il aligne en dessous ses enfants et des personnes qui ont l’âge de ses enfants ou encore l’âge de ses petits enfants, les bénis oui-oui, des personnes qui, malgré leur âge adulte se veulent tous des jeunes soutenus par la vieille génération d’avant la naissance du PCT.

Sous Pascal LISSOUBA, regardons ceux qui étaient amenés au gouvernement. Parmi eux certains, après avoir embrouillé le daron, se sont empressés d’abandonner le navire. D’autres ont vite fait de changer de locomotive. Ils étaient ou sont encore entre autres des ministres, des ambassadeurs, tous étaient des soit disant jeunes.

Les parchemins universitaires ne suffisent pas pour faire de leurs détenteurs sans expériences, sans passé, sans histoire ; des gestionnaires habiles, compétents et exemplaires de la vie publique.

Pour lutter contre les délits et les crimes sociétaux qu’on nomme par antivaleurs par pudeur, il faut bien autre chose que d’être seulement jeunes et tout bardé de parchemins.

Il faut un peu de culot, du courage, d’esprit d’abnégation, une identité bien affichée, un besoin de dignité, d’éthique, de fierté nationale à l’abri de toute épreuve, de justice et de beaucoup d’amour de l’autre, de l’humilité, un peu d’humanité qui ne se confond pas avec de l’humanisme siphonné et profané ou de la charité médiatique.

Ni la jeunesse, ni les parchemins, rien de cela ne donne ce qui est attendu de ceux qui entendent diriger les autres, le pays qu’ils aimeraient plus que d’autres, un état démocratique dont seuls eux sont habilités en assurer la pleine émancipation.

Jeunes et moins jeunes, individuellement et collectivement, nous avons tous une part de responsabilité dans l’émergence des mauvaises valeurs, de leurs pérennités, de leurs prospérités et de celle de ces petits tyrans qui les entourent en les nourrissant de leurs insuffisances :

L’une des questions fondamentale qu’il faut se poser dans le choix des dirigeants, est celle de l’Homme ! Arriverons-nous à en apporter un début de réponse !

L’homme est le fruit de son héritage (inné), ce que lui lègue le naturel de ses parents.

L’homme est le fruit de son éducation (son acquis) qui est faite de :

De ce que lui transmet son milieu (la culture, l’histoire de son enivrement socioculturel : sa famille, son clan, sa tribu, son ethnie) ;

De ce qu’il reçoit de sa formation (formation scolaire, universitaire et professionnelle, son expérience, la vie) ;

De ce que lui donne la culture de base, celle que lui offre l’ensemble des biens socioculturels, historiques et techniques du peuple auquel il est issu, mieux appartient.

Il est donc ainsi le fruit de la société dans laquelle ont évolué ou évoluent ses parents, son clan, son ethnie, lui-même.

Cette société, dans laquelle il a évolué et celle dans laquelle il évolue et affûte et consolide ses acquis, en y confrontant sa part de génie au réel et à l’irréel, aux mythes et aux idéologies tous azimuts est sa vraie école.

Pour qu’il arrive à exprimer une certaine sagesse dans sa vie, qu’il assume tant bien que mal les différentes fonctions que lui assigne la vie, la société et la gestion des hommes dans un Etat démocratique aux revendications multiples, il lui faut, à cet homme, se référer au grand maître : L’action, la douleur des exigences de la société en confrontation à celles des besoins de la chair souvent en contradiction avec les besoins de l’esprit.

L’homme, fait d’esprit et de chair, connait une profonde douleur de cette perpétuelle contradiction, de ce perpétuel conflit à travers lequel il doit trouver un équilibre pour une issue salutaire pour qu’il soit utile à la société, à l’humanité. Un homme digne de gérer une bonne part de la vie des hommes.

La société, il faut donc la connaître. Il faut y avoir été confronté, donc y avoir vécu un certain, disons, un bon bout de temps. Sauf si l’on est Roi. Là, tout vous est autorisé, du crime le plus abject à la clémence ou au pardon unilatéral.

C’est après avoir pris quelques leçons pour se construire, selon la force et la faiblesse de ses armes (son inné et son acquis) d’homme agissant d’aujourd’hui, que peut enfin s’ouvrir le chemin des responsabilités que l’on peut prétendre assumer avec une certaine assurance.

Il faut donc aussi avoir été confronté aux réussites et aux échecs de l’action dans la grande école de la pratique. C’est en s’y appuyant consciemment ou inconsciemment, qu’on est capable de produire l’excellence, l’exceptionnel, l’acceptable, le normal, le progrès.

Oui, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Mais voilà que « ces âmes biens nées » ne sont pas la panacée des sociétés que l’on veut toujours jeunes.

En récusant, en reniant leurs propres valeurs sur lesquelles ils devraient prendre appui pour se prémunir des agressions d’autres sociétés dont la puissance est faite de la consommation de leurs propre valeurs ; les congolais, toujours jeunes, habitant un pays qu’ils veulent aussi toujours jeunes, agissent toujours comme un peuple toujours en quête de valeurs, d’appui pour se construire, à l’image des pays vieux, autrement de culture protégées et exportées.

Ayant perdu leurs propres repères, ils ne s’organisent plutôt qu’à faire leurs, les valeurs des autres sociétés. Ils attendent de faire de leur pays, un pays mur, mature, vieux, quand ils auront achevé la maîtrise de la culture d’emprunt. C’est la grande galère, la grande illusion. Le comble de la sottise.

Ils ignorent que la force du développement est en eux-mêmes, dans leur propre culture qu’ils détestent, qu’ils ignorent.

De ces valeurs étrangères, on sait qu’ils n’en n’ont aucune maîtrise. Se condamnant à vouloir, absolument, s’en approprier, voire même s’en accommoder, ils se rendent coupables des comportements propres aux sujets immatures. Des personnes toujours jeunes (que De GAULLE désigne comme des grands enfants), pour des sociétés, des pays toujours jeunes (en voie de développement) développer, c’est vivre en occidental).

L’indice de la jeunesse d’un pays, de son peuple, est évalué par la référence faite au bas niveau de leur émancipation, c’est-à-dire au bas niveau du mimétisme pratiqué dans la maitrise des valeurs occidentales. L’indice d’évaluation ici est le niveau d’imprégnation de la culture des sociétés étrangères à laquelle on veut assimiler son niveau de vie. C’est à ces valeurs que l’on fait absolument référence au quotidien pour apprécier si oui ou non, on est entré dans l’histoire.

Voilà, c’est dans l’appropriation des fondements de ces valeurs qu’il faut absolument apprivoiser et intérioriser pour atteindre la majorité, l’âge de se prendre en main. Comment donc juger la capacité de nos cadres à assumer les responsabilités dans un pays dont ils sont complètement étrangers.

L’attente de la maitrise de la culture étrangère, l’obligation d’en approprier absolument les fondements et les bienfaits, font de notre pays, un pays jeune, pour des cadres toujours jeunes, flottants, embrouillés; à la merci de prédateurs et manipulateurs coloniaux. Les Congolais et leur pays seront toujours des proies faciles et nécessaires pour la gratification des besoins de ces prédateurs ; bien sûr, si on ne s’y prend pas autrement.

Faire autrement, c’est aussi, surtout ne point opposer les générations entre elles. Il nous faut plutôt jouer en complémentarité, en murissant tous à la fois. En puissant les uns dans les autres ce qui est utiles pour le progrès tant spécifique, individuel que globale (général), sans créer la rupture, de fossé entre les générations.

Des adultes (de 30 ans 40 ans 50 ans) s’accrocheront au statut de jeunes (responsables de mouvements politique des jeunes devant être ceux des jeunes en dessous de ces âges … comme à UJSC) et continuer à se refugier dans ce statut de jeunes éternels, pour rejeter la responsabilité de leurs actes sur leurs ainés qu’ils considèrent comme des générations de vieux, ou de vieillards responsables de tous les maux dont ils sont victimes. C’est plus qu’une erreur monumentale. Tout ce qu’il y a d’inintelligent, voir d’indécent pour ceux qui croient à cette formule.

Il y a seulement un Congo d’en haut (le leur, les demi-dieux), et un Congo d’en bas (celui des non invités au gala des élus et des illuminés).

La matière est inépuisable, la réflexion est inachevée, un débat s’impose en toute responsabilité en dehors de tout clivage.

Partick Eric MAMPOUYA

Patrick Eric Mampouya

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