Politique

Le hold-up du Pasteur Ntumi sur l’opposition congolaise.

Par:  Patrice Aimé Césaire Miakassissa

En écoutant le message des vœux du Pasteur Ntumi pour cette année 2018, je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait d’un discours de politique générale digne d’un Premier Ministre ou d’un discours sur l’état de la nation comme l’aurait fait un Président de la république qui veut prendre attache avec nos voisins africains et nos partenaires au développement ? D’où l’ambiguïté du message qui n’a consisté qu’à enfoncer des portes ouvertes sans s’attarder sur l’essentiel qui est la restauration de la démocratie par la voie des urnes au décours d’un dialogue politique inclusif.

Par ailleurs, l’année 2017 ne s’est pas achevée sur une lueur d’espoir de paix quand dès le premier trimestre de 2018 la dictature de Brazzaville promet des procès staliniens avec le bagne à vie pour nos leaders emprisonnés. Mais comme dit l’expression populaire consacrée : « Chacun voit midi à sa porte » et les agendas cachés sont de sortie.

L’on pourrait aussi dire « qui trop embrasse mal étreint » car le problème le plus prégnant qui taraude tous les démocrates congolais est de mettre fin à la dictature qui opprime le peuple congolais depuis plus de 34 ans. Cette cause est portée par des millions de Congolais, chacun de nous à sa manière. L’atteinte de nos objectifs ne pourra se faire qu’au sein d’un rassemblement démocratique de l’opposition congolaise.

Nonobstant notre récente mise en garde, le face à face Sassou-Ntumi semble se confirmer tant ce dernier, le Pasteur Ntumi, réaffirme sa volonté d’envoyer ses émissaires dont la sécurité doit être assurée, négociés avec le gouvernement putschiste de Brazzaville. C’est selon lui un engagement pris par les deux parties. Les bras m’en tombent. Dans le même temps, il appelle à un grand rassemblement national avec le concours des Nations-unies pour la résolution globale de la crise socio-politico-économique qui gangrène le Congo. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, disait que : « L’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends.  » Mais ici, nous sommes vraiment dans une ambiguïté qui ne profitera à personne tant la contradiction nous mine. Chose inédite, nous sommes maintenant face à un duo Sassou-Ntumi qui nous fixe dorénavant leurs exigences sans tenir compte ni de la société civile ni de l’opposition républicaine. Le Congo est maintenant dirigé par l’Hydre de Lerne (serpent à multiples têtes).

Le combat démocratique que nous menons est celui qui doit permettre aux Congolais de pouvoir choisir leurs dirigeants en toute transparence et quiétude par la voie des urnes. Ceux qui profitent de leur position de force actuelle pour nous imposer leur volonté seront toujours combattus par les Congolais qui pensent qu’il est temps que la voie des urnes soit la seule légitime pour accéder aux responsabilités politiques notamment à la magistrature suprême.

A moins que je ne me trompe, je peux considérer que le Pasteur Ntumi fait partie de l’opposition congolaise qui s’oppose farouchement au dictateur du Congo-Brazzaville. Faire cavalier seul, se sentir pousser des ailes suite à un vrai-faux accord de paix est suicidaire, tant l’initiateur est retors. Car la seule volonté du pouvoir de Brazzaville est de diviser l’opposition congolaise en flattant les egos de certains d’entre-nous nommés comme interlocuteurs officiels. Ils veulent dialoguer uniquement avec le Pasteur Ntumi parce qu’il est celui qui les empêche par la force des armes de mettre en place leur stratégie de terreur sur toute l’étendue du territoire congolais.

Notre soutien sans ambiguïté au Pasteur Ntumi dans sa résistance au nom de tous les Congolais épris de liberté face aux barbares qui veulent décimer le peuple du Pool ne lui vaut pas un blanc seing pour ses initiatives hasardeuses. La guerre du Pool n’est qu’un des aspects de la crise multidimensionnelle qui sévit au Congo et notre combat ne peut pas se résumer qu’à ce fait. Nous n’éprouvons aucun enthousiasme vis-à-vis de cet accord de cessez-le-feu mais nous sommes dubitatifs et sceptiques quant à l’issue de pareille mésaventure. Notre despote national n’a jamais été un homme de paix car il fait sans raison valable la guerre dans le Pool depuis le 04 avril 2016 et la communauté internationale qui n’est au fait qu’une communauté d’intérêts est aux abonnés absents.

Peuple congolais, la séquence qui se met en place par média interposé ou le match de ping-pong que jouent Sassou et Ntumi n’engage qu’eux et ne doit pas nous détourner de nos aspirations profondes à un État de droit seul garant de nos libertés fondamentales. Le destin de notre pays doit et devra être le problème de tous les Congolais. Les armes doivent se taire à jamais de part et d’autres afin que le débat démocratique puisse retrouver sa pleine vocation dans notre espace public.

Nous ne voulons pas et nous n’avons pas à choisir entre Sassou et Ntumi dans le cas où l’un des deux sortirait vainqueur de cette mascarade. En pareille circonstance de lutte fratricide, il n’en restera que toujours un à la fin. Il faut toujours se méfier des « engagements irréversibles » de la part de celui qui ne respecte pas son serment d’honorer la constitution devant son peuple. « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » disait Jacques Chirac. Nous ne sommes pas naïfs.

A la croisée des chemins, le rassemblement est plus que nécessaire contrairement aux échappées solitaires qui aboutissent à des nominations ministérielles de convenance comme dans le passé sans que le peuple congolais en tire bénéfice. Il est temps de nous servir de notre passé pour penser notre avenir.

Pour ma part, en tant qu’homme de paix et qui ne le serait pas, je suis comme tous les démocrates favorables à un dialogue politique inclusif avec les modalités déjà évoquées. Mais, je déplore et condamne fermement cette initiative solitaire du Pasteur Ntumi qui consiste à n’envoyer que ses représentants et pas une délégation de l’opposition républicaine dans toutes ses composantes discuter des modalités de sortie de crise. Je ne me reconnais pas dans cette démarche que je trouve sans issue. Le consensus ne se décrète pas, mais il s’obtient. Nous sommes nombreux à vouloir la même chose, donc il nous revient d’accorder nos violons.

S’il persiste dans cette voie de loup solitaire, l’attitude du Pasteur Ntumi serait une faute politique lourde de conséquences qui est un hold-up sur l’opposition congolaise afin de se retrouver tout seul, en tête à tète avec le tyran d’Oyo. Et ce sera reparti comme autrefois. Sassou a toujours besoin dans le Pool de porteurs d’eau, d’hommes politiques alibis, de faire-valoir, dans sa stratégie de conservation du pouvoir sous une apparence d’unité nationale. Nous ne sommes pas dupes de cette vieille façon de faire de la politique.

J’en appelle donc au réveil de notre opposition démocratique qui travaille dans le silence de s’emparer de ce débat. Il ne faut pas qu’elle soit atone, aphone et amorphe devant le peuple. « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence » comme le disait Anatole France.

C’est Jean de la Fontaine dans l’une de ses fables qui écrivait : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » Cette leçon est toujours d’actualité et le peuple congolais attend mieux et plus de ses dirigeants politiques. Ressaisissons-nous car la route est encore trop longue et le camp d’en face n’a pas dit son dernier mot. L’heure actuelle n’est pas à l’autocongratulation car rien n’est encore acquis.

Patrice Aimé Césaire Miakassissa

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