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INIMICUS : « quand la chine tousse, l’économie mondiale s’enrhume » par Verlin Richard

Le retour de notre économiste , Verlin Richard

PARTIE 1 : INIMICUS  : « quand la chine tousse, l’économie mondiale s’enrhume »

Par   VERLIN RICHARD ( la ballade des idées)

Tous les gestes qu’on ferait plus et toutes celles qu’on ferait autrement, toutes les personnes qu’on ne reverrait jamais plus, et dont on garderait juste l’image avec mélancolie du passé, puisque tout à coup le Covid-19, nous fait cracher les poumons à la Prévert. Ce virus, cet ennemi invisible distille un parfum d’apocalypse, et c’est le moins qu’on puisse dire. Il étouffe nos vies, il tue. Tous les pays du monde sont touchés, des pays développés hyper riches, aux pays sous-développés super pauvres.

Tous les soirs, nous avons suivi sur les chaînes de télévisions publiques et privées, un expert en épidémiologie, le Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé en France. Un homme affable, plutôt sympathique, qui nous égrenait les chiffres : le nombre de personnes contaminées, le nombre de personnes en réanimation, le nombre de personnes hospitalisées, le nombre de personnes décédées…Chaque pays compte, additionne, soustrait, multiplie et divise ses chiffres. L’arithmétique est convoquée pour faire « politique », c’est-à-dire rassurer ou inquiéter, alarmer ou mettre en garde. Même si l’arithmétique ne dit rien de la chose humaine, ces nombres ont un pouvoir sur nous. Voltaire disait dans son Dictionnaire philosophique : « le pouvoir des nombres fut d’autant plus respecté parmi nous, qu’on ne comprenait rien. » Avec cette pandémie, tout le monde comprend : « on se confine, puis on se déconfine. » A chacun son masque !

Ce que l’on sait, c’est que ce virus est apparu en Chine, l’usine économique du monde. La Chine s’est mise à tousser, l’économie mondiale s’est enrhumée. En effet, la demande est asymptomatique : « la consommation a chuté car les consommateurs se sont confinés ». L’offre est symptomatique : « la production est en réanimation et sous assistance respiratoire. » Alors, il faut sauver-garder, puis re-lancer l’économie mondiale. Chaque nation, et donc chaque Etat devra assumer ses fonctions étatiques, et gérer au mieux les activités de son fonctionnement pour sauvegarder et relancer son économie.

Un Etat assume des fonctions descriptives : « légiférer, exécuter, juger », et des fonctions normatives selon la formule de Montesquieu : « le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est le principe de la séparation des pouvoirs. Il y a comme dans toute fonction, des activités que l’Etat doit gérer avec efficacité et efficience.
La première activité de l’Etat, est une activité extractive, qui consiste à mobiliser les ressources humaines et les moyens matériels, technologiques et financiers, car sans potentiel humain et sans moyens matériels, voire sans soutien qui légitiment son action, les organes politiques et administratifs de l’Etat seraient réduits à n’être que des coquilles vides, dépourvus de toute existence réelle.

La seconde activité de l’Etat est une activité dispensatrice, qui lui permet de montrer, d’une part, sa capacité régulatrice en fixant les règles de fonctionnement qui respectent les relations sociales, car c’est une préoccupation principale du pouvoir politique de faire appliquer, et de faire respecter l’ordre, ou plus exactement un certain ordre. En effet, un Etat se doit d’assurer la sécurité physique des citoyens, ce bien le plus précieux sans lequel la jouissance des autres reste vaine. Et, d’autre part, l’Etat doit montrer sa capacité distributive, celle qui fait apparaître qu’il n’est pas seulement un simple gendarme de l’ordre social, mais qu’il est aussi un pouvoir/providence octroyant des prestations à travers les dépenses publiques, ce qui fait des finances publiques, un outil de cohésion sociale.

Enfin, la dernière activité de l’Etat, est une activité responsive, dans laquelle, l’Etat doit anticiper et traiter les risques. En effet, un Etat qui gère de façon transparente ses activités, cela conforte la confiance des citoyens envers les responsables politiques. Cette confiance exalte le sentiment de l’unité nationale.

A cause ou grâce à ce Covid-19, qui a un caractère méta-étatique, l’on observe des Etats qui assument pleinement leurs fonctions et, qui gèrent au mieux leurs activités en jouant pleinement leurs rôles sociaux, quoi qu’il en Coûte. C’est en tout cas, ce que l’on observe dans un pays , comme, la France, par exemple : « un régime de protection sociale qui a permis de mettre 12 millions de salariés du secteur privé au chômage partiel, le meilleur régime au monde comme amortisseur social, avec diverses mesures de soutient aux entreprises, quel que soit la taille : « annulation des charges sociales pour 400 000 TPE ; 65,8 milliards d’euros de prêts accordés par les banques et garantis par l’Etat ( source Ministère de l’économie, 07/05/2020) ayant bénéficié à 388 653 entreprises françaises.

L’Etat français s’engage aussi à verser des primes aux personnels soignants et personnels médico-sociaux, avec un projet de revalorisation salariale en « discussion ». Ajouter à cela, le plan de relance économique à venir, tout ceci montre que l’Etat français assume pleinement ses fonctions et gère au mieux ses activités. Cette bonne gestion est rendue possible grâce à deux choses : « une bonne gestion des finances publiques », puis une « crédibilité auprès des marchés financiers » qui permet à l’Etat français d’emprunter sans difficulté. En effet, il faut souligner que la sauvegarde et la relance de l’économie se feront par l’endettement, et donc par l’augmentation de la dette publique.

Par ailleurs, la chancelière allemande, Angel Merkel vient de briser un tabou : » Sarkozy et Hollande avaient échoué, Macron est parvenu à convaincre Merkel que l’orthodoxie financière ne suffit plus : « l’Allemagne et la France s’accordent pour un fonds de 500 milliards d’euros. » Cet accord introduit pour la première fois dans l’union européenne, le principe de la mutualisation de la dette. Cela, n’avait pas été possible au moment de la crise de la dette grecque.

Maintenant, voyons ce que nous réserve l’Etat congolais, et, ce que compte faire la zone économique de la CEMAC avec sa banque centrale, la BEAC. L’on observera la manière avec laquelle, les chefs d’Etat des pays membres de la CEMAC vont coordonner les politiques communes, et le rôle que jouera sa banque centrale. Allons-nous assister à une réelle solidarité communautaire ? Il faut se rappeler que cette solidarité n’avait pas existé au moment des négociations avec le FMI sur les restructurations des dettes publiques, où ce fut le chacun pour soi. Les uns obtenant un programme financier triennal, les autres, une facilité élargie de crédits soumise aux recommandations de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Il n’est rien qui puisse sans restriction, être tenu pour bon, si ce n’est la bonne volonté, disait Kant. Il faudrait donc espérer que les chefs d’Etat de la zone CEMAC feront preuve de bonne volonté politique car aucun Etat ne s’en sortira tout seul.

En attendant, cette solidarité communautaire, l’Etat congolais soulève quelques inquiétudes, et cela induit à poser la question suivante : l’Etat congolais peut-il assumer ses fonctions étatiques, puis gérer les activités de son fonctionnement, et, à supposer qu’il en soit capable, est-il crédible pour financer la sauvegarde et la relance de son économie par la dette publique ?

Il faut rappeler que la dette publique du Congo fait l’actualité depuis 2017, et que le peuple congolais se souvient encore de l’attente qui avait précédé à l’accord du FMI sur une facilité élargie de crédits. Ce qui témoigne à l’envi, l’attentisme dont fait preuve les autorités congolaises, comme s’il suffisait d’attendre que les alouettes tombent toutes rôties. » Les mêmes autorités, qui pour se soucier de la charpente de la « maison Congo », attendent que le « grenier » soit en feu…Puis le feu consuma les 1000 milliards de FCFA du fonds des générations futures. Aucun pompier n’était dépêché pour éteindre le feu. Aucun membre du gouvernement n’est ni responsable ni coupable. Mais, peut-être, certains qui l’appellent [l’homme infatigable] seront-ils trop heureux de le laisser seul à la barre, et d’en être quittes à bon compte. Que dira alors le peuple ? Il dira qu’il s’en balance, et sans doute, il les emmerde en silence, du petit poisson au gros poisson, car le peuple, le sait : « ils sont tous dans le menu fretin. » Il est pour ainsi dire, voire impossible, pour l’Etat congolais de financer son économie par la dette publique, d’autant plus que cette dette publique soulève quelques interrogations : à combien s’élève la montagne de cette dette en 2020 ? Comment s’explique-t-elle ?

Est-ce qu’il faudrait s’en inquiéter ?

La première question renvoie à s’interroger sur le niveau de l’endettement du pays, par rapport à son PIB. La réponse à la seconde question est connue de tous. L’on sait que la grande partie de cette dette avait financé les actifs improductifs, à des coûts très élevés, là où, il aurait mieux valu financer des actifs productifs. Il est vrai de dire, que le Congo a beaucoup investi sur les infrastructures augmentant ainsi sa formation brute en capital fixe.

La question que l’on devrait se poser, est celle de savoir si ces investissements en capital fixe induisent-ils une augmentation du capital circulant ? En effet, un investissement est rentable si le sacrifice immédiat est plus que compensé par la production de richesses supplémentaires au cours des périodes suivantes. La dette publique est une écharde qui continue à marquer le Congo, comme un pays qui se laisse trop aller à la facilité : « les difficultés économiques et financières du pays sont toujours supposées à terme, sanctionner le goût immodéré de l’Etat pour la dépense publique. »

Sur la dette publique du Congo, l’Etat congolais est le seul coupable, d’autant qu’en s’endettant il a privé la population des revenus, et par l’effet d’éviction, il a privé le secteur privé formel des ressources saines dans la diversification de son économie. La troisième question est liée à la première, et la réponse est affirmative : « oui, cette fois-ci, il faut vraiment s’en inquiéter. » En effet, le Congo traverse déjà une crise financière depuis 2017 et les causes de cette crise semblent ne pas avoir été corrigées. Il faut simplement noter que cette crise financière au Congo avait été causée, selon les rapports publiés aussi bien par le gouvernement congolais que par le FMI, par la mauvaise gouvernance et l’absence de lutte contre la corruption. Cela conduit à s’interroger sur l’impact économique et financier qu’aura cette crise sanitaire sur l’économie congolaise : qu’attendre de l’Etat congolais en tant que puissance publique ?

Cette question et bien d’autres, se posent donc à la fois maintenant, en urgence, et pour demain, à moyen et long terme, et à deux niveaux.

Le premier niveau de la question, celui des valeurs, et renvoie à des réflexions globales sur notre rapport au monde, sur nos relations bilatérales avec les autres pays. Cette crise du Covid-19 est peut-être l’occasion de repenser le grand problème du sous-développement en se demandant : « comment mettre fin à l’aide publique au développement. » Il s’agit en réalité d’une question de souveraineté, de l’intérêt premier de la nation, au même titre, que les pays développés font prévaloir leurs intérêts nationaux. Si les pays développés sont capables de relancer leurs économies, c’est grâce à l’existence d’un secteur privé formel diversifié. Ce qui est loin d’être le cas, dans un pays comme, le Congo où le secteur privé formel est quasi inexistant et peu diversifié et où l’on compte un nombre important d’activités économiques dans le secteur informel, ce qui rend difficile la perspective d’une relance économique créatrice d’emplois durables et de richesses nationales. Ajouter à cela, la faible capacité financière en raison de la dette publique, la seule solution qui a été trouvée pour 40 pays africains, c’est celle d’un moratoire, c’est-à-dire, d’une suspension de paiements des intérêts de la dette détenue par les pays créanciers.

Ce geste est présenté comme signe de solidarité internationale, mais vu par un banquier, cela correspond à une « autorisation de découvert » accordée à un client, et qui ne se donne pas sans contrepartie. Le Congo va probablement bénéficier de ce moratoire, et il serait d’ailleurs intéressant que le gouvernement congolais communique sur la somme d’argent ainsi conservée dans sa trésorerie. Cette trésorerie permettra sans doute à l’Etat congolais d’acheter des produits fabriqués à l’étranger, ce qui conduirait à une augmentation des importations avec un risque inflationniste. Et, comme, le prix du pétrole est à la baisse, ajouter à cela des restrictions dans les échanges commerciaux internationaux, Il faut craindre une diminution des exportations. Ce qui conduirait à l’aggravation du déficit budgétaire qui se traduirait par l’augmentation de la dette publique, mais surtout, à un déséquilibre de la balance des paiements. Cela, il va sans dire, et il n’est pas utile d’en parler, car le peuple le sait : « le pays fera encore appel au FMI. » Mais, pour ne pas l’envoyer dire à quelqu’un, disons le mot : « la banqueroute est en route ».

Le second niveau de la question est politique : comment bâtir une nation démocratique sans basculer dans l’autoritarisme, et la négation des libertés ? Comment passer d’une société de défiance à une société de confiance ? C’est le Congo que nous voulons, la nouvelle nation à construire, qui sont ici questionnés : va-t-on assister à une phase d’union nationale.

Ce que je sais, c’est que le discours des responsables politiques congolais qui consiste à faire croire au peuple, que les difficultés économiques et financières du pays seraient soumises aux lois économiques transcendantes, est une manière de dissimuler les responsabilités politiques et éthiques. L’enjeu économique est crucial pour le Congo, et il repose d’abord en l’amélioration de l’environnement des affaires. Ensuite, en la promotion du secteur privé en intégrant un maximum d’activités du secteur informel vers le secteur formel privé.

Il existe dans ce domaine divers outils pour y parvenir. ? Cette crise sanitaire du Covid-19 devrait conduire le Congo à relever son défi civilisationnel, celui de construire une nation nouvelle afin de donner au peuple, une civilité. Maintenant, nous devons faire les congolais !

A suivre Partie II : INVICTUS « Nos pères ont fait le Congo, maintenant, nous devons faire les congolais (lundi 1er juin 2020)

 

Verlin RICHARD

 

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