Politique, Tribune libre

Interview de Monsieur Wilfried Kivouvou

Interview entre le journal Polele-Polele et Monsieur Wilfried Kivouvou

Par  Rufin Mahinga ( journalpolelepolele)

 

Monsieur Félicien Wilfried DIABELO KIVOUVOU est un Acteur Politique de la nouvelle génération. Co-fondateur et Président du Mouvement politique « La Conscience Libre », et Initiateur de la Plate-rme en réseau « Force de la Liberté ».  Économiste-Manager de formation, il cumule une solide expérience dans l’Administration des Sociétés et le Conseil en management des Organisations.

 

  1. L’honneur nous échoit ce jour de vous avoir comme notre invité de la rédaction… Le monde est secoué par la maladie à coronavirus dont l’organisation mondiale de la santé a classé comme étant une pandémie. A cet effet, le Congo votre pays, notre pays n’est pas épargné. Comment vous vous sentez de vivre dorénavant avec ce virus ?

FWDK : Je suis particulièrement attentif à l’évolution de la pandémie du Covid-19 depuis son apparition en Chine et la propagation qui s’en est suivie. On en vient à croire, au regard des tendances statistiques, que le temps de l’Afrique est en train d’arriver. Sommes-nous alors, après un confinement-deconfinement,  en capacité d’offrir un meilleur cadre de riposte dans l’hypothèse d’une vague de contaminations et d’hospitalisations massives ? Bien sûr que non ! Cela crève les yeux avec la peur panique qui hante l’ensemble des intervenants dans le circuit de prise en charge de l’épidémie.

L’occurrence de la maladie a coronavirus vient nous rappeler que l’être humain, par-delà ses prouesses scientifiques, techniques ou technologiques, reste un sujet fragile, vulnérable aux manifestations mêmes les plus minuscules de la mère nature, que le monde, tel que nous le connaissons peut en un instant s’effondrer, que nos modèles sociaux et économiques sont précaires, que l’absurde est de voir en l’autre l’étranger, l’ennemi ; que le bon sens et la raison ne nous sont pas si naturels, bref que le monde ne tourne pas rond !

Vivre avec cette maladie ne sera probablement pas plus difficile que de conjuguer avec le totalitarisme. Je veux croire en la capacité de résilience du peuple congolais. Il s’en accommodera.

  1. Sa gestion ou encore la stratégie de riposte mise en place par le gouvernement de la République est devenue aujourd’hui sujet à polémique, qualifié de mensonge ou de bricolage par certains observateurs. la population ne sait plus qui croire et pourquoi. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

FWDK : A la suite de l’organisation mondiale de la santé, les  pouvoirs publics ont très vite pris la  mesure du risque et ont adopté une série de mesures. Si dans la plupart des cas, les gouvernements à travers le monde ont été surpris et pas assez préparés pour faire face à ce nouveau coronavirus, à priori plus dangereux que les précédents, notre État l’était encore moins. Le Congo-B, plombé par une crise financière, économique et sociale, elle-même assise sur un chaudron politique prêt à exploser, est entré dans cette épreuve épidermique dans un état de désordres à la fois structurel, organique, organisationnel, et sanitaire notamment. À mesure que le virus se répand, dépourvu de moyens de suivi, de capacités suffisantes à tester, isoler et traiter les personnes réellement infectées, la population doute, ne croit plus en la sincérité des gestionnaires de la pandémie ni en la compétence des professionnels de santé, jusqu’a contester les résultats des tests effectués, tant et si bien que des victimes s’accumulent, sans nul doute beaucoup plus qu’on ne le sait, les gens meurent chez eux à domicile, n’ayant plus confiance aux structures hospitalières. Beaucoup trop d’erreurs médicales et de diagnostics erronés que, définitivement, le peu de crédit qu’il eut été encore possible de prêter à un système de santé déjà en lambeaux, a été détruit.

  1. Si vous étiez ministre de la santé qu’est ce qui devrait changer et que feriez-vous ?

FWDK : Que peut un ministre si les ressources réellement consacrées à la santé, l’engagement du gouvernement en faveur du bien-être des populations, se résument à quelques mesures dont le seul intérêt est l’effet d’annonces. Toute chose égale par ailleurs, en pleine tempête et sous la pression de l’urgence sanitaire,  je crains que le miracle venant de la province ne soit possible. Le poids de l’incurie administrative régnante laissent peu de chances à une action structurée, efficace et inclusive. Était-ce possible, dans un pays où pour l’essentiel on passe le temps a gérer la politique et non pas l’Etat, de reprendre le contrôle de la situation ? Pas si sûr, car ici, il s’agit de renverser la table, en commençant par une épuration en règle des réseaux de malfaiteurs en bande organisée, de corrompus, de corrupteurs, de délateurs,…. qui gangrènent les rouages de l’administration de la santé publique. Puis, investir conséquemment sur l’hôpital, former et valoriser les personnels soignants, accompagner avec un management compétent et, in fine, développer une organisation efficace et plus efficiente. Ceci vaut pour la santé comme pour l’ensemble des secteurs de la gouvernance publique. Autrement, il faut aborder la question à un niveau qui prend en compte toute la chaîne de décision depuis le Président de la République ou le Premier ministre jusqu’aux hauts fonctionnaires de la santé publique, le ministre de tutelle inclue. La crise du Coronavirus n’aura été qu’un marqueur, un révélateur de la problématique sanitaire.

  1. Le Congo s’approche d’une zone de turbulence, celle de l’année 2021 avec l’élection présidentielle au menu. Quel est votre regard à cet effet ?

FWDK : Le Parti Congolais du Travail se lance dans cette ultime bataille la peur au ventre, armes au point, sans bilan, au terme d’un mandat, nul doute un de trop, vide de réalisations ou d’accomplissement, et au paroxysme d’un désastre national ponctué par une tragique inversion de valeurs. Les oligarques de l’ex Parti Unique sont suffisamment conscients de l’abîme qui les séparent fatalement des aspirations profondes mais élémentaires des populations abandonnées en rase compagne par ses dirigeants. Il (le Pct) se prépare à un affrontement électoral en 2021, parce que en effet, en cette matière, depuis la fin de la parenthèse démocratique 91-97, il ne s’agit plus de simple compétition politique, ni de conquête à la régulière de la légitimité du peuple. C’est de la guerre qu’il s’agit, d’une manœuvre périlleuse, violente, pour un rapport de force armée, dont l’instrument de répression se trouve être, malheureusement, la force publique, lestée d’une engeance de supplétifs indélicats, aidée en cela par la roublardise du Pasteur N’tumi intentionnellement installé dans le Département du Pool pour servir de variable d’ajustement aux crises pré ou post électorales (entre autres). L’échéance

d’une élection présidentielle chez nous terrorise, quand ailleurs, dans les démocraties qui s’assument, elle représente l’espoir, l’occasion de remettre en question nos choix passés pour aller de l’avant, un gage de renouveau.Certaines

  1. Certaine langues parlent d’un passage en force du Parti Congolais du Travail qui est déjà en phase de restructuration de ses organes de base pour affronter cet événement dans les meilleures conditions internes. Pensez-vous que toutes les conditions sont réunies pour y aller ? si oui dites-nous pourquoi et si non que proposez-vous ?

FWDK : La restructuration des organes du Pct n’est pas, à dire vrai, notre souci majeur. Nous avons nous-même bien assez à faire… Évidemment les conditions pour aller à une élection présidentielle ne sont, à l’heure actuelle, pas réunies et nous doutons qu’elles ne le soient jamais au regard des expériences antérieures. Et pourtant, le régime s’est mis sérieusement en difficulté en 2016, malgré l’absence de consensus sur la commission électorale, le fichier et le code électoral, l’instauration d’un suffrage censitaire… La suite, vous la connaissez ! Dans un régime à forte propension autoritaire, ce ne sont pas les conditions préparatoires ou d’organisation ni encore les urnes qui assurent la sincérité du vote et du résultat qui en sort. C’est le comptable électoral mieux celui qui publie les résultats qui détermine le sort du scrutin et désigne, quoi qu’il en coûte à la communauté, son vainqueur. C’est à cela que les acteurs du changement se doivent de trouver des solutions idoines. L’histoire est riche d’expériences de sociétés bloquées qui, par une action éclairée, entraînée par une élites déterminée, les peuples en sont venus à la reconquête de leur souveraineté confisquée. 2021 ne sera pas la réédition de 2016. La perspective, pour l’instant floue, augure de forte pression sur le régime dans les moments décisifs du processus qui s’annonce délicat pour tous. Qui vivra, verra !

  1. Avez-vous une particularité que vous voulez bien partager avec nos lecteurs  qui n’a pas encore été abordée ?

FWDK : À l’orée de la célébration du 60e anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté, force est de relever, non sans regret, que nous en sommes encore à rechercher le chemin de notre destin commun. Les peuples qui forment le collectif national n’ont jamais connu la paix, la concorde, le rêve d’un pays harmonieux et réconcilié avec lui-même. Et pour cause ! Des acteurs et des institutions mus par la folle obsession de conquête personnelle du pouvoir, des gens qui, toute leur histoire le raconte, ont baigné dans le confort du culte débile de la personnalité. Des gens qui ont activement travaillé à la prééminence et au diktat de la pensée unique totalitaire. Il faut en sortir et de la meilleure manière. C’est le sens de la lutte que nous menons contre cette guerre des egos, sans utiliser les moyens de la guerre, par une approche qui transcende le paradigme de l’opposition, c’est-à-dire qui transforme l’ennemi en adversaire, l’opposition en contradiction où l’on oppose pas deux vérités péremptoires inconciliables, mais permettre le jaillissement des convergences que les uns et les autres apportent à la table du dialogue républicain. Que la fenêtre de tir sur 2021 soit extrêmement étroite, est une chose évidente, mais elle est suffisante pour oser une autre (aventure) nationale plus digne, plus ambitieuse.

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Propos recueillis par Rufin Mahinga

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