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Investir au Congo, pour quoi faire ?

Investir au Congo, pour quoi faire ?

Par  Patrick Eric MAMPOUYA

Les colloques, les forums, les symposiums, les conférences ou les réunions internationales se suivent et se ressemblent au Congo Brazzaville sans aucun résultat probant pour le pays et pour les populations qui croulent dans une misère qui donne froid au dos.

Les voyages diplomatiques, les promesses, la signature des accords, des traités bilatéraux et multilatéraux ne se comptent plus. Le chaos dans lequel est plongé le pays ne peut plus se camoufler dans un pays où l’expertise de cacher les dettes ne se discute plus, mêmes les manipulateurs les plus zélés sont à bout de souffle, de combines et d’arguments.

Comme une bouée de sauvetage, la ville de Brazzaville s’apprête à organiser un forum pompeusement nommé INVESTIR EN AFRIQUE. C’est la trouvaille des communicants du pouvoir pour une fois encore berner les populations congolaises et africaines. Un investisseur n’a pas besoin de bruit, de réunions, de conférences ou de forums.

Qu’est qu’un investisseur ?
Un investisseur est une personne physique ou morale qui alloue son capital dans un secteur économique dans l’attente d’un retour sur investissement. Ce qu’il faut comprendre dans cette définition quelque peu sommaire c’est qu’un investisseur n’a pas la vocation de développer un pays, de réduire la pauvreté ou encore de créer des emplois. Un investisseur est motivé prioritairement par la rentabilité de son investissement donc par les bénéfices qu’il peut tirer de son investissement.

Captiver l’attention des investisseurs afin d’obtenir du financement pour le démarrage d’une entreprise ou d’un projet est un défi pour plusieurs entrepreneurs ou pour un pays. Pour ce faire, l’entrepreneur ou le pays doit démontrer qu’il y a un marché, une solution efficace et un plan d’affaires réaliste, c’est-à-dire une rentabilité certaine. Cette vision classique oublie le fait que, fondamentalement, c’est l’entrepreneur qui est l’élément de réussite le plus important dans une entreprise ou dans un projet. Ayez en tête que tout le monde peut avoir des idées et qu’elles ne valent rien si elles ne sont pas exécutées. De même, il y a des nombreuses opportunités d’affaires dans plusieurs pays dans le monde.

Le Congo n’est donc pas le seul pays à présenter de nombreuses potentialités même dans le domaine des matières premières, qui sont d’ailleurs une source de rentabilité rapide et facile.

Pourquoi les véritables investisseurs ne s’intéressent pas au Congo ?

Il faut effectivement distinguer les vrais investisseurs des kamikazes du business. Les vrais investisseurs ne sont pas nombreux au Congo, en général ils investissent dans des projets qui ont une rentabilité sur le long terme. Les Kamikazes du business (les plus nombreux au Congo) se concentrent sur les projets à rentabilité rapide comme les matières premières ou l’importation.

En effet, savoir manier une tronçonneuse pour couper du bois et ensuite tracter ce bois vers un port ne demande pas des aptitudes particulières, comme d’ailleurs creuser un trou pour en sortir du pétrole, de l’or, du diamant ou de la potasse. Les investissements dans ces domaines sont très peu coûteux même s’ils ont une rentabilité certaine à cause de la demande. En plus, si ces matières premières sont vendues sans transformation aucune, elles ne génèrent que très peu de cash pour le pays, même si les Kamikazes retombent toujours sur leurs pattes.

Nous définirons l’attractivité d’un pays, comme la capacité d’un territoire ou d’un pays à être choisi par un acteur économique ou un investisseur comme zone de localisation (temporaire ou durable) pour tout ou partie de ses activités

En fait les vrais investisseurs ne s’intéressent pas au Congo parce que notre pays n’est pas attractif, notre pays n’est pas crédible du fait qu’il traîne une réputation sulfureuse de pays des biens mal acquis, de pays qui ne paie pas et cache ses dettes, de pays où la corruption est chronique. .

Notre pays n’est pas attractif pour les investisseurs à cause de sa justice qui ne fonctionne pas ;

Notre pays n’est pas attractif pour les investisseurs à cause de sa politique fiscale qui est repoussante (quand le taux d’imposition des entreprises est de 15% dans certains pays, au Congo-Brazzaville, ce même taux dépasse les 30%).

Notre pays n’est pas attractif pour les investisseurs à cause de sa pseudo stabilité ou pseudo paix qui repose essentiellement sur la gâchette, la peur ou le choix des armes.

L’attractivité d’un pays repose sur trois facteurs fondamentaux : La monnaie, la note d’évaluation des agences de notation (le doing business) et enfin la qualité de ses ressources humaines.

Loin d’être un tableau noir dépeint par un ennemi de la république, ce diagnostic sommaire est bien connu de tous les gouvernants du Congo-Brazzaville, de tous nos parlementaires et dirigeants des partis politiques, de tous nos partenaires politiques ou économiques et de tous les éventuels investisseurs.

C’est dans ces domaines qu’il faut entreprendre des réformes urgentes pour rendre notre pays attractif aux yeux des véritables investisseurs et d’ailleurs le Fonds Monétaire International (FMI) ne s’est pas tromper.

Soyons factuels, le Congo Brazzaville est dans la mouise. Qu’en est-il du début d’application des 48 mesures de sauvetage de notre économie, sachant que cela fait deux mois que l’accord avec le FMI a été signé. Une première équipe du fond monétaire arrive la semaine prochaine pour une première évaluation, et dans 4 mois une autre viendra faire un bilan d’étape. Ah oui, c’est vrai qu’ils en sont encore à des séminaires gouvernementaux d’appropriation de ces mesures et à des campagnes d’explications pour s’approprier les éléments de langage.

 

Partick Eric MAMPOUYA

Patrick Eric MAMPOUYA

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