Politique, Société

En ce jour 10 juin, journée dite de ‘’RÉCONCILIATION NATIONALE’’

 

Bonaventure MBAYA
Ancien Ministre, Président de la Convergence Citoyenne,
Membre de l’Alliance Progressiste d’Afrique Centrale,
Coordonnateur du Comité Afrique de l’Internationale Socialiste pour l’Afrique Centrale

Par :  Bonaventure MBAYA

La prise de conscience des intellectuels et hommes politiques congolais sur les véritables maux qui minent le CONGO et enjeux de l’heure devient indispensable. Un sursaut patriotique au-delàs des partis politiques et des groupes sociologiques s’impose.
En mai 2013, le président Bonaventure MBAYA en bon intellectuel, démocrate et politique sincère, en réaction de l’exposé de l’ancien député et 2e vice-président de l’Assemblée Nationale Sylvestre OSSIALA, avait adressé une lettre patriotique au Président Sassou où il apporte sa contribution en faveur de la renaissance du CONGO, lettre à laquelle nous publions une fois de plus, car elle reste d’actualité. Nous invitons les forces vives sociales et politiques du CONGO à un mea culpa. Il est clair aujourd’hui que notre pays a besoin d’une élite politique nouvelle, exorcisée des querelles partisanes et aveugles ; une élite qui ne rechercherait que le dénominateur commun autour duquel se rassembleraient les fils et filles du pays pour rebâtir ensemble cet habit d’arlequin qu’est le Congo.

Réaction de Bonaventure Mbaya à l’exposé de Sylvestre Ossiala à la conférence-débat intitulée: «Denis Sassou Nguesso: itinéraire d’un homme d’exception» Lettre ouverte à Son Excellence Denis Sassou Nguesso, Président de la République, Chef de l’Etat

Bonaventure Mbaya.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Veuillez accepter mes compliments déférents ainsi que toute ma reconnaissance et mes remerciements patriotiques pour le temps que vous pourrez accorder à la lecture de cette lettre que je vous destine très respectueusement, en réaction à l’excellente contribution de l’Honorable Sylvestre Ossiala à la conférence-débat: «Denis Sassou Nguesso: itinéraire d’un homme d’exception».

Excellence Monsieur le Président, la qualité de la production intellectuelle de l’actuel deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, à cette conférence-débat organisée manifestement pour vous encenser une fois de plus, pour votre action bienfaisante au service de notre pays, est venue surprendre plus d’un observateur avisé et habitué aux comportements opportunistes et laudateurs de bon nombre de cadres qui remplissent les couloirs du pouvoir à différents niveaux.
J’ai été particulièrement surpris de la pertinence de l’analyse de l’honorable Ossiala, analyse qualifiée de percutante par le journal «La Semaine Africaine», qui a voulu rompre radicalement avec la langue de bois et l’autosatisfaction qui habitent généralement les dignitaires et certains intellectuels douteux qui vous entourent. En cela, l’honorable Ossiala mérite ma sympathie politique et me place dans une posture qui appelle, chez l’opposant politique que je suis, cette réaction constructive que je souhaite être un enrichissement à ce débat suscité par un cadre émérite du Parti congolais du travail, parti, du reste, puissamment installé au pouvoir dans ce pays, par vos soins.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Ainsi donc, en bon intellectuel, l’Honorable Sylvestre Ossiala ne s’est pas contenté de nous peindre un tableau reluisant de l’économie congolaise sous votre direction éclairée, à travers vos efforts pour la paix et vos différents projets politiques pour le Congo, en plus de 25 ans cumulés à la tête de notre pays. L’honorable député a mis un accent particulier sur tout ce qui n’a pas été réalisé ou ce qui a été mal fait. Il a notamment relevé les dysfonctionnements, les faiblesses, les dérives et les travers du pouvoir, dans la partie de son exposé qui traite des perspectives et dans sa conclusion. Il en trouve l’explication dans la prolifération de la mauvaise qualité de la variable travail dans le pays, dans l’exécutif, dans le parlement et parmi les grands décideurs de votre parti au pouvoir.
En effet, s’il est incontestable que des efforts ont été réalisés, notamment dans les domaines des recettes pétrolières, de la paix, du désendettement et des infrastructures, il reste des pans entiers de la vie politique et socioéconomique pour lesquels nos compatriotes attendent les réalisations. C’est sur ces aspects, Monsieur le Président, que je voudrais centrer mon interpellation, afin de marquer d’une pierre blanche, un rendez-vous historique avec notre destinée commune.
Dans le contexte sociologique actuel du Congo, Monsieur le Président, je suggère pour ma génération politique des 40-60 ans, une alternative politique et citoyenne portée par des hommes et des femmes de principe, des Congolais débarrassés de tout complexe partisan et exorcisés de toutes considérations subjectives, consécutives à toutes ces dérives identitaires qui ont toujours servi de terreau à nos malheurs communs. Cela est possible, car le potentiel existe parmi les cadres de cette génération.
Je me prononce donc contre le fatalisme, fruit d’un matérialisme mécanique postulant la condamnation de l’homme à l’impuissance. Je rejette aussi un volontarisme béat résultant d’un idéalisme irresponsable qui enfermerait les hommes dans un stoïcisme ou dans des rêves qui ne tiendraient pas compte des conditions de temps, de lieu ou des rapports de production dominants.
Je milite ainsi pour une Convergence citoyenne, un concept dicté par la nature des contentieux qui minent la vie publique congolaise. Ces contentieux ont une similitude avec les crises et guerres de religions qui ont secoué l’Europe des I7ème et 18ème siècles et qui ont généré des conflits interminables, près de deux siècles durant, entre catholiques et protestants, occasionnant des millions de victimes à travers toute l’Europe.
Il aura fallu une élite d’hommes et de femmes qui transcende les dogmes religieux, pour imaginer un dénominateur commun, autour duquel l’Europe allait retrouver la paix, refaire son unité et se reconstruire. Ce dénominateur commun fut, pour l’Europe, la loi morale.
Cette loi morale et d’éthique citoyenne est apparue comme concept fondamental, c’est-à-dire le principe premier permettant aux hommes de cette époque, de se placer au-delà et au-dessus des controverses théologiques et métaphysiques qui les opposèrent entre eux. Elle réalisait l’universalité des hommes et l’accord des consciences humaines sur les questions essentielles.
Cette loi morale était perçue comme le signe qu’il y a, dans l’homme, une instance qui le dépasse, qui est au-dessus de lui, une instance sans laquelle l’humanité se dénature.
Comparativement à cette vision, je considère, Excellence Monsieur le Président, que les interminables cycles de violences politiques dans notre pays, autour de la question du pouvoir d’Etat notamment, ressemble à s’y méprendre, à ces guerres de religions des siècles passées. Elles paraissent opposer, en permanence, des ethnies instrumentalisées par les acteurs politiques. Le pays en souffre depuis si longtemps qu’il devient indispensable d’y mettre un terme définitif.
Le Congo a pour cela besoin d’une élite politique nouvelle, d’une variable politique de qualité, exorcisée des querelles partisanes et aveugles; une élite qui ne rechercherait que le dénominateur commun autour duquel se rassembleraient les fils et filles du pays pour rebâtir ensemble cet habit d’arlequin qu’est le Congo.
Il faut rompre avec cette tendance, ce trait de caractère du paysage politique congolais où le Chef de l’Etat délègue une partie de ses prérogatives politiques aux variables de peu de valeur, dépourvues d’éthique citoyenne et républicaine, qui consacrent l’émergence des seuls partis ou associations politiques ayant pour socle l’ethnie ou un groupe d’ethnies, toujours prêtes à fourbir les armes dont elles disposent pour réactiver le volcan de la violence. Cette tendance révèle la prédominance et le triomphe de l’organisation sociale en ethnies, bastions électoraux violemment repliés sur eux-mêmes pour constituer des bases politiques sûres et inexpugnables, au service des leaders politiques natifs.
C’est pour ce vaste chantier des hommes et des femmes politiques de notre génération, que nous souhaitons ardemment, à la faveur du pavé jeté dans la marre par l’honorable Ossiala, que votre génération, Monsieur le Président, nous aide à créer le cadre pour l’émergence de la variable politique et économique de qualité, en vue du bonheur des générations futures qui n’aspirent qu’à vivre dans un pays en paix. A vos côtés ou avec votre assistance, nous voulons nous mobiliser au-delà des partis politiques et des groupes sociologiques, pour inscrire le Congo, notre pays, sur le chemin de son centenaire, à la suite de son cinquantenaire.
Nous ne souhaitons plus nous enfermer dans la routine des réconciliations et des pactes factices, passés spectaculairement au nom d’une paix hypothétique et qui restent stériles et sans lendemain sur les questions de fond. Celles-ci demeurent dans notre pays, relatives à la gestion du pouvoir, à l’édification de la Nation et au développement économique et social, dans l’unité et la concorde nationales.
Depuis l’indépendance, toutes les constitutions de notre pays ont préconisé organiser une unité nationale à la base, au niveau de citoyens voulus égaux ou avec lesquels on a cru partager une fictive conscience nationale.
Or, l’unité nationale, Monsieur le Président, doit être la manifestation convaincante et unanime du sentiment des citoyens d’un même pays, ici perçu comme un Etat-Nation, de se reconnaître et de s’accepter, les uns les autres, dans leur diversité ethnolinguistique, dans leurs différences sociales, philosophiques et confessionnelles.
De tels citoyens, vivant cette manifestation convaincante et unanime, devraient partager un même amour patriotique pour le territoire qu’ils occupent, dans une cohabitation pacifique et fraternisante, pour le temps et à perpétuité.
Ainsi, la conscience nationale est l’expression de la fierté du citoyen d’appartenir à une telle nation. On est fier d’une telle appartenance, quand on est satisfait de l’esprit de respect de la diversité et de la coexistence des différences et des minorités nationales. Quand on constate l’effectivité de cet esprit de complémentarité, de partage et de solidarité spontanée entre les citoyens et entre les différentes composantes nationales, alors le peuple est comblé, satisfait et heureux. Il le manifeste par son attachement à l’unité de la Nation.
Enfin, c’est quand on est satisfait de l’esprit de respect des libertés et droits fondamentaux au sein de la Nation que la fierté d’appartenir à une telle Nation engendre un amour patriotique; cet amour patriotique qui sublime jusqu’au sacrifice du sang pour la défense de la patrie. La conscience nationale est donc le fondement d’une mère patrie viable et providentielle.
Excellence Monsieur le Président,
notre génération a le sentiment que l’expérience politique du Congo et les crises qu’elle engendre, démentent clairement la véracité et la justesse de ces notions d’unité nationale, de conscience nationale et d’amour patriotique. Les guerres récurrentes de ces dernières années laissent suggérer la nécessité d’une nouvelle vision. La normalisation démocratique exige des Congolais un nouvel apprentissage, une adaptation progressive aux normes de la démocratie pluraliste. Cet apprentissage et cette adaptation devront se faire à la base, à tous les niveaux de la société congolaise.
Pour re-cimenter durablement le tissu social, notre génération devrait suggérer une unité nationale fondée sur la reconnaissance positive de la diversité des composantes ethnolinguistiques et régionales. Elle entend en faire un facteur positif de développement national, dans une émulation fraternisante, faite d’échanges économiques et culturels parfaitement adaptés. C’est cette diversité reconnue, acceptée, intégrée et régie par des textes qui fera la richesse et l’originalité de notre réflexion pour notre pays. L’unité nationale, dans notre vision, sera ainsi la résultante de l’adhésion volontaire ou éclairée de l’ethnolinguistique au fait national et non un corset imposé.
Tout ceci ne peut se réaliser et être obtenu dans un climat conflictuel, et sans une volonté de la variable-travail qui vous entoure, de vous suivre dans votre engagement de paix véritable, de réconciliation en profondeur, lequel est la condition sine qua non d’une reconstruction nationale solide et durable.
C’est pour cela qu’en appui aux initiatives des cadres comme Yvon Norbert Gambeg, Grégoire Léfouoba, Charles Zacharie Bowao, Sylvestre Ossiala, Chris Antoine Walembaud, Richard Mbissa, Cyriaque Mongo-Dzon et autres cadres de cette génération, nous entendons agir comme carrefour de toutes les aspirations des citoyens de notre pays, en lançant ce plaidoyer pour la paix, la réconciliation et la reconstruction nationales. Nous en appelons à un sursaut collectif en terme de consensus national, pour donner un coup d’arrêt à la destruction constatée et continue du patrimoine national ainsi qu’aux dérives susceptibles de compromettre, une fois de plus, l’inclination naturelle des Congolais à la paix et à la concorde nationale. Nous voulons éviter que quelques collaborateurs-décideurs, en votre nom, ne «commettent la faute qui tue le pays» comme l’écrit l’honorable Ossiala.
En clair, nous voudrions en gendrer ici une démarche, enclencher une réflexion en toute conscience, pour ne pas dire créer un cadre ou une fratrie pour tenter de soustraire notre peuple et notre pays des autres soubresauts douloureux, pourtant prévisibles.
Dans notre pays, la chute des régimes politiques a toujours eu une constante et des points communs. Elle est due le plus souvent et certainement:
– à un déficit de gouvernance économique et politique causé par le dysfonctionnement de la fonction-production au travers de la faiblesse de la variable-capital et de la mauvaise qualité de la variable-travail;
– à la panique des dirigeants devant l’accélération de l’aggravation de la crise de régime;
– à leur entêtement sur l’idée de suffisance qu’ils ont eu d’eux-mêmes;
– pire, au fait de n’avoir pas voulu accréditer la contribution patriotique faite par des citoyens consciencieux pour les aider à venir à une juste vision circonstancielle de la situation ou de la crise.
Il n’est pas sans danger, autrement plus catastrophique, que le pouvoir actuel, par ses dérives permanentes, ne répète le scénario de ses prédécesseurs avec les mêmes causes aux mêmes fautes et erreurs. De l’histoire de notre passé récent, le peuple congolais a retenu que le Président Lissouba avait sa malfaisante bande des quatre, Vous souciez-Vous, Monsieur le Président de la Vôtre qui œuvre à l’éclatement des partis de l’Opposition et à la mauvaise utilisation des cadres du pays?
En effet, Monsieur le Président, la gravité des fautes commises par le pouvoir actuel dans son entêtement, sa fierté de faire du mal sans gêne et sa suffisance, a engendré une légitimité de désaveu de tous bords, y compris dans votre propre camp, qu’on ne devrait pas s’y laisser embarquer sans risquer une dissolution totale des éléments constructeurs de la paix, de l’unité et de la concorde nationales, vers le progrès et le bien-être du peuple national. En clair, sans risquer un échec fatal de la paix entre toutes les composantes de l’unité de la nation.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, la conscience patriotique de tout congolais averti et éclairé, est aujourd’hui instamment appelée à se mobiliser et à se rassembler pour faire triompher l’option de l’unité et de la concorde nationales, dans la paix, par le dialogue volontariste des autorités, de la classe politique et de toutes les forces vives de la nation.
Notre pays a besoin d’un sursaut politique pour soulever et résoudre les vrais problèmes qui tiennent véritablement notre peuple et notre pays dans l’insécurité, l’échec, la désolation et l’immobilisme économique appauvrissant.
Les vrais problèmes de notre pays et de notre peuple ne sont certainement pas ceux de la refondation ou de la redynamisation du Parti congolais du travail voire de l’opportunité de la création d’un grand parti dit national autour du Président de la République, Chef de l’Etat; sauf si ces aggiornamento mettent autour de Vous la variable-travail de qualité. Monsieur le Président, au vu des agissements des uns et des autres, il est permis d’en douter; et je sais de quoi je parle!
Non! Les vrais problèmes de notre peuple et de notre pays sont ailleurs et se résument dans les points suivants:
1- Le déficit de gouvernance économique et politique à cause de la mauvaise qualité de la variable-travail du pays;
2- Une instabilité institutionnelle et politique qui a pour cause une mauvaise vision, donc une mauvaise pratique de l’unité et de la concorde nationales. Elle nourrit et prolonge le sous-développement qui banalise la pauvreté parmi le peuple et engendre la corruption qui gangrène la bonne gouvernance;
3- Une déviance par les collaborateurs-décideurs de la vision et de la compréhension de l’unité et de la concorde nationales du Chef. Quand on évoque l’unité et la concorde nationale dans une société pluri ethnique c’est qu’on sous-entend la reconnaissance et l’acceptation qui obligent au respect de la différence ethnique, tribale et sociohistorique des composantes de l’unité nationale. Ces composantes ont besoin et s’accordent des règles de coexistence, de cohabitation et d’intégration humaine dans un projet de société librement négocié et accepté. La persistance dans cette mauvaise vision de l’unité nationale a produit tous les contentieux politiques, du reste demeurés non résolus et ayant empiré par les guerres de conquête du pouvoir.
Pour nous, ayant en partage les vertus de la variable-travail de qualité, Excellence Monsieur le Président, la réaffirmation et la mise en œuvre de cette vision de l’unité et de la concorde nationales s’imposent comme une des toutes premières priorités fondamentales de la solution du mal congolais: un vrai problème à vite résoudre.
4- Une mauvaise gouvernance engendrée par les collaborateurs-décideurs mus par la recherche d’un pouvoir hégémonique, identitaire et revanchard; elle même engendrée par la peur de l’autre, la peur de contre revanche de ceux qu’on a vaincus, braqués ou spoliés; la peur de ceux dont on a attenté à la vie et aux droits des leurs.
5- Une mauvaise gouvernance qui fait fi de la résolution des contentieux politiques accumulés, qu’elle s’ingénue plutôt à aggraver et d’allonger la liste. La résolution, une fois our toutes, de tous les contentieux anciens et nouveaux est un problème réel dont le règlement conditionne le retour d’une véritable paix et d’une vraie foi civique du Congolais en l’œuvre politique de construction nationale, dans l’unité et la concorde nationales.
Excellence Monsieur le Président,
c’est fort de ce constat qu’au nom d’une conscience générationnelle, je Vous lance ce plaidoyer pour une meilleure gestion de l’unité nationale et pour la bonne gouvernance, gouvernance centrée sur la recherche de l’émergence de la variable-travail de qualité au Congo.
Le Congo, notre pays, est épuisé, ruiné par la déviance de Votre vision de la nation par Vos Délégués qui ont, à ce jour, placé l’ethnie au-dessus de la nation, privilégié les intérêts privés au détriment de l’intérêt général, le seul qui soit susceptible d’apporter la paix, le développement et le bonheur durables aux Congolais. Notre peuple, pourtant valeureux, courageux et travailleur, est aujourd’hui fatigué:
– fatigué d’attendre vainement se réaliser des promesses de bonheur faites par ses divers Présidents;
– fatigué de constater la démission du Chef face aux collaborateurs-décideurs en mal de bonne gouvernance économique et politique;
– fatigué de vivre dans l’insécurité et les risques de guerres et affrontements fratricides;
– fatigué de voir sa jeunesse complètement abandonnée à elle-même; sans perspective d’avenir aucune;
– fatigué d’assister à des injustices sociales qui minent une conscience nationale et patriotique; elle même déjà à l’état embryonnaire;
– fatigué de voir se perpétuer, sous ses yeux, dans l’impuissance du Chef suprême, des pratiques des courtisans malfaisants mais impunis qui font la promotion des antivaleurs désormais élevées au rang de valeurs nationales. Le vol, la concupiscence, la condescendance, la corruption, la concussion, la fraude et la tricherie n’émeuvent plus personne dans notre pays.
Les Congolais sont fatigués,
Excellence Monsieur le Président, de voir vos collaborateurs-décideurs liquéfier l’Etat, chaque jour davantage, dans ses missions traditionnelles pour devenir un Etat voyou où ne règnent que la loi du plus fort et le mal tout puissant: les nouveaux riches, à la fortune déjà douteuse, devenant toujours de plus en plus riches, pour écraser des pauvres de plus en plus pauvres. Les Congolais vont finir par se fatiguer d’avoir peur. Un tel déséquilibre ne saurait perdurer et garantir la paix sociale au pays.
Les Congolais sont fatigués de voir vos collaborateurs-décideurs bloquer le fonctionnement correct des institutions. Partout: au Nord, au Sud, au Centre, à l’Est comme à l’Ouest de notre pays, personne n’est content ni satisfait de Votre variable-travail de peu de valeur qui mine le fonctionnement actuel de l’Etat et de ses institutions; personne n’est satisfait, Monsieur le Président, de la gestion et de la redistribution de la richesse nationale entre les composantes de la Nation par Votre Exécutif.
Les Congolais, en adoptant en 2002, officiellement à plus de 95%, une constitution qui instituait un pouvoir présidentiel fort afin de corriger les dérapages supposés de la constitution du 15 mars 1992 accusée d’avoir trop largement dilué le pouvoir; les Congolais, disions-nous, ne comprennent pas votre impuissance face à cette variable médiocre que personne ne contrôle ni ne censure. Avec une telle variable autour de vous, l’Exécutif, le parlementaire et le judiciaire, supports indispensables de l’Etat démocratique, ont été réduits au Congo, en simples chambres d’écho, d’enregistrement et d’exécution aveugles devant les nombreuses atteintes et viols constitutionnels. L’ensemble de l’Etat et ses institutions est, désormais, grippé, coincé, souffrant d’une véritable constipation intellectuelle, politique, économique, syndicale ou culturelle où plus rien n’avance.
L’Etat est mort de la prolifération de la variable-travail de peu de valeur autour de vous, qui a contraint les corps constitués, nationaux et internationaux, à une forme d’allégeance servile, avec ces derniers temps, des comportements généralisés où le tout Brazzaville se croit obligé de faire le déplacement du village présidentiel, à chaque évènement heureux ou malheureux qui frappe la famille du chef de l’Etat. Question de dire, voyez-vous Monsieur le Président, nous étions tous là pour vous assister!
La vie privée de la famille présidentielle se confond avec l’Etat dont elle régule, désormais, le fonctionnement. C’est ici le lieu et l’occasion de tirer véritablement la sonnette d’alarme, à votre très haute Attention, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat.
Monsieur le Président, vous êtes le garant de la paix, de l’unité nationale et du bon fonctionnement des institutions de la République. Par votre pouvoir présidentiel fort, vous êtes donc le seul responsable du dysfonctionnement et des dérapages dont souffrent l’Etat et ses Institutions.
En ne punissant personne, en ne sanctionnant pas; en laissant faire; en souriant là où vous devriez sévir, vous ne dirigez plus, vous ne gouvernez plus, même si vous régnez et commandez.
Le Congo est, dans ces conditions, immobilisé et en pleine stagnation anarchique, car que valent alors, Excellence Monsieur le Président, le règne et le commandement, sans direction ni gouvernail?
Les Congolais qui assistent à ce spectacle de décrépitude de l’Etat, en souffrent et se rendent de plus en plus compte de votre responsabilité. La situation actuelle du Congo n’est cependant pas irréversible. Les voies de sortie existent et peuvent être empruntées, pour le bonheur du plus grand nombre de Congolais, pourvu qu’il y ait la volonté politique de toiletter réellement. Cette volonté politique dépend de Vous, de nous tous, citoyens du Congo. Elle peut s’imposer à la classe politique si nous le voulons.
Cette volonté dépend aussi du comportement de l’opposition politique face au pouvoir, opposition qui n’est pas toujours conduite par une variable-travail de qualité, j’en conviens ! Elle dépend enfin du pouvoir lui-même dans sa bonne foi et sa volonté à vouloir régler effectivement les problèmes de la variable-travail de qualité dans son parti, son gouvernement, sa majorité parlementaire et in fine au niveau du pays tout entier.
C’est en cela que la contribution de l’Honorable Ossiala est un apport particulièrement positif pour notre génération politique et que nous lançons, au-delà de nos appartenances politiques ou sociologiques, l’idée d’un cadre d’émergence de la variable-travail de qualité pour trouver les solutions idoines aux nombreux problèmes politiques et sociaux en suspens dans notre société, surtout après tant d’années de guerres fratricides récurrentes.
Une fois de plus, Monsieur le Président de la République, par amour pour notre cher beau pays le Congo, aidez-nous à créer ce cadre de l’excellence qui rassemblera les dignes fils, cadres intellectuels de ce pays, pour réfléchir ensemble dans le prolongement de la dynamique engagée par l’honorable Ossiala.
Au jour d’aujourd’hui, la réalité du pouvoir est incontestablement et pleinement dans les mains de vos tenants, c’est-à-dire de votre parti au pouvoir avec ses dirigeants-décideurs.
C’est à Vous qu’il appartient d’entendre, d’écouter et de réaliser les attentes réelles et profondes des peuples du Congo. Si Votre parti au pouvoir réagit ou répond par le silence, l’entêtement, l’arrogance, le mépris ou la roublardise comme il a coutume de le faire, imitant les autres partis au pouvoir avant lui et qu’il a pourtant combattus sans en tirer des leçons «républicaines», le peuple demeurera larmoyant, avec ses problèmes non résolus et ses attentes inassouvies. Pour le bonheur de qui, pour le bénéfice de qui, Monsieur le Président ?
Pour faire une nation pacifiée, il faut plusieurs composantes ethniques et ou tribales qui adhèrent librement au fait national. Une entité ethnique ou tribale qui n’adhère pas au fait national ne fait pas partie de la nation. Tout comme une entité ethnique ou tribale ou régionale exclue ou lésée, du fait national, ne fait pas partie de la nation.
Pour faire une unité nationale, il faut qu’il y ait plusieurs entités différentes à y adhérer. Pour faire une union, un mariage, il faut être au moins deux à le vouloir. Pour faire la paix, il faut la bonne volonté et l’adhésion des parties au contentieux, il en est de même pour une réconciliation nationale, il faut la bonne volonté et l’adhésion des parties au contentieux.
Notre bonne volonté se plie à l’amour de la patrie pour construire, mais ne rompt pas sous la pression de l’exclusion, du mépris ou de l’indifférence des autres.
Les avancées réalisées au plan économiques telles que rappelées par l’honorable Sylvestre Ossiala, très souvent sous la pression de la communauté internationale, c’est très bien, mais nous devrons penser également au règlement de l’ensemble des contentieux politiques que notre peuple a soufferts. Nous devrons engager notre peuple à se faire à l’école ou à l’apprentissage de la démocratie. Une démocratie qui doit être le reflet de la philosophie bantoue de la vie avec, au centre, le développement complet de l’homme libre. Une démocratie mûre et équilibrée est une chance majeure pour le développement de l’homme, par une bonne gouvernance de la société.
Vous avez, pour cela, travaillé à accroître la variable-capital dans son volet financier notamment, il vous manque la variable-travail de qualité.
Nous proclamons ici que l’apprentissage de la démocratie par notre peuple est une entreprise importante de grands enjeux de son devenir, à laquelle il s’attellera de tout son pouvoir et de tous ses moyens humains et moraux. Exercer son libre arbitre doit être considéré comme le premier droit démocratique de tout citoyen majeur, jouissant de tous ses moyens physiques et moraux, et qui veut être librement frère, solidaire et respectueux de l’autre (ses parents, son voisin, son compatriote, etc.).
Tel est, pour nous, l’enjeu des défis majeurs qui restent à relever pour notre pays, tel est pour nous, l’écho à donner à l’exposé de l’honorable Ossiala prononcé lors de la Conférence-débat en hommage à Votre Auguste Personne.
Merci au Professeur émérite Théophile Obenga, aux professeurs Ntsiété, Gambeg… et à Madame Belinda Ayessa, pour l’avoir organisée et de ce fait, libéré cette parole intellectuelle, rafraîchissante et nourrissante. Les débats actuels ne sont que la suite logique de cette conférence-débat. J’ai dit.

Brazzaville, le 31 mai 2013

Bonaventure MBAYA

Ancien Ministre, Président de la Convergence Citoyenne,
Membre de l’Alliance Progressiste d’Afrique Centrale,
Coordonnateur du Comité Afrique de l’Internationale Socialiste pour l’Afrique Centrale.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*