DIASPORA, International

Kabila, le sphinx qui renaît de ses cendres en RDC.

Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

La véritable démocratie ne consiste pas seulement en l’élection présidentielle, mais dans la compréhension du fonctionnement de nos institutions.

Tel un aigle, Joseph Kabila Kabange, a surplombé la scène politique congolaise de la République démocratique du Congo (RDC). Pas pour fendre à la vitesse de l’éclair sur sa proie, mais pour mieux la comprendre.

Nous avons tous été pris de court et c’est là le génie de Kabila qui vient de remporter la majorité absolue dans les deux chambres (Sénat et Assemblée nationale). Pour cela, je dis bravo l’artiste !

Le monde entier réclamait l’alternance politique avec ou sans la volonté du peuple congolais de la RDC, pourtant pays souverain. Les diktats fusaient de tout part et l’on annonçait déjà la retraite politique du Raïs (Kabila) lui qui arriva si jeune au pouvoir dans des circonstances troubles.

L’apprenti fit ses armes telles dans une coterie. Il gravit patiemment les échelles de la compréhension politique. Il alla jusqu’à écarter ses anciens mentors qui voulaient en faire une marionnette. Ainsi commença pour lui sa stratégie de conservation à vie du pouvoir tant les attributs du pouvoir absolu lui collaient très bien à la peau.

A chaque fois que nous l’avions cru mort politiquement, il céda toujours une partie de son pouvoir tout en gardant l’essentiel pour mieux rebondir par la suite. Le dernier fait d’armes est son maintien au pouvoir plus de deux ans après l’avoir techniquement quitté. Et voilà qu’il nous refait le coup. Ne dit-on pas « qui veut aller loin ménage sa monture. »

Toute la planète voulait une alternance démocratique et pacifique en RDC et elle a eu lieu sans l’appui des occidentaux et de leur machin. Promesse tenue par Kabila et c’est là son mérite car il en allait de la fierté de ce peuple. Le choix de son dauphin qui avait surpris plus d’un n’était pas un fait du hasard. Kabila ne voulait pas avoir pour successeur un homme politique de son camp qui allait lui faire de l’ombre une fois arrivé au pouvoir. Il voulait garder le pouvoir par les voies constitutionnelles.

Ainsi, il remodela la Cour constitutionnelle et les forces publiques à son image ; Ces deux mamelles nourricières de la dictature en Afrique. Acquises à sa botte, il délaissa la Présidence de la république pour faire un hold-up sur le Sénat et l’Assemblée nationale. Ces deux chambres dans une démocratie sont censées faire des lois, contrôler l’action du gouvernement et si possible par un vote la majorité des 3/5ème démettre le Président de la république (Impeachment comme aux USA). En cela la RDC demeure à ce jour un volcan en ébullition dont les larves peinent à sortir.

La naïveté des candidats de l’opposition congolaise qui ont privilégié leurs intérêts personnels avec les accords de Genève est patente. L’essentiel des pouvoirs se situant dans les deux chambres, ils se sont livrés à une querelle de clocher. Aucun candidat n’a fait campagne pour faire élire ses sénateurs ou députés. Comme si être Président de la république suffisait à faire changer les choses dans une démocratie. Encore qu’il faille avoir les moyens de sa politique.

En l’espèce, que ce soit l’un ou l’autre candidat de l’opposition, le résultat aurait été le même. Il serait un Président « potiche » qui passerait son temps à inaugurer des chrysanthèmes car n’ayant pas compris le fonctionnement des institutions de leur pays. Le piège se referme sur eux avec une possibilité de destitution qui leur pend au nez de la part des représentants du peuple.

Kabila, le stratège, est sans conteste le meilleur boulanger de l’année 2019 en Afrique qui nous a tous roulé dans la farine. Il a été le plus fin dans ce monde de brut, et personne ne pourra nier son coup de génie réalisé avec maestria : Chapeau l’artiste ! L’élève a dépassé ses maîtres et c’est ce que l’on demande à tous les apprenants pour leur développement personnel.

La messe est dite démocratiquement par Kabila et ses alliés du Front Commun pour le Congo (FCC) qui remportent la majorité absolue aux sénatoriales et législatives.

Ceci est une leçon de stratégie politique à l’intention de tous les aventuriers politiciens.

Mais il restera au Président élu la possibilité de dissoudre l’assemblée nationale et nous voilà repartis dans d’interminables crises institutionnelles.

Il est temps pour tous de méditer sur la théorie du Cygne noir (la puissance de l’imprévisible) de Nassim Nicholas Taleb qui nous propose un point de vue sur les questions suivantes :

– D’où savons-nous ce que nous savons ;

– Est-ce que le passé peut nous permettre de tirer des conclusions sur le futur ;

– Pourquoi nous ne nous attendons jamais à l’imprévu ?

Tout ceci se résume en notre incapacité à tirer de notre passé des leçons pour notre avenir et que les grandes catastrophes nous prennent toujours par surprise.

Jacques Sternberg disait : « L’évidence est ce que les gens ont besoin d’entendre. » ; Ce qui n’est pas toujours la vérité, car il est important de toujours s’interroger sur les choses qui nous paraissent évidentes.

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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