Politique

LA RANÇON DE L’INCONGRUITÉ DE LA POLITIQUE FRANÇAISE EN AFRIQUE

LA RANÇON DE L’INCONGRUITÉ DE LA POLITIQUE FRANÇAISE EN AFRIQUE

 

Par  Felix   BANKOUNDA MPELE

 

Puisse le prochain sommet franco-africain de juin prochain, qui sonnera d’ailleurs/également le trentième anniversaire du fameux sommet de La Baule, prendre le taureau par les cornes !

Tout s’y prête pourtant : un président Français jeune, très éloigné personnellement de la problémattique gaulliste de l’Afrique ; une nouvelle génération d’africains très majoritairement révoltée contre la vieille politique française en Afrique ; la multiplication d’incidents diplomatiques entre la France et les pays africains, comme le confime la dernière publication (Mars) du Monde Diplomatique (« Présence française en Afrique, le ras-le-bol ») ; de vieux dictateurs africains de plus en plus usés, fatigués, plus capricieux que des mômes et qui tiennent encore et à tout prix au pouvoir comme ceux-là aux jouets d’enfants ; des inégalités croissantes et une misère sans nom dans un environnement reconnu par les principaux observateurs comme gâté par la nature ; etc.

C’est, indiscutablement et même si cela semble ne pas être mis en exergue comme tel, le rendez-vous de la dernière chance des relations saines d’avenir entre la France et la nouvelle génération des Africains qui est entrain de se jouer, qui va se déterminer en juin prochain. À condition que le président MACRON, qui a réussi cette incroyable prouesse de toilettage de la vie politique française, en précipitant près des 3/4 de la classe politique française à la retraite et/ou au chômage, fasse preuve du même savoir-faire dans ces relations plus que dépahasées, incongrues, incompréhensibles, inefficaces, impopulaires, décriées de partout ! Car c’est une authentique fausse stratégie, une idée reçue pour les autorités françaises de persister à penser qu’elles ont besoin des autocrates et criminels pour satisfaire les intérêts de la France, même si on se doute que c’est moins ces intérêts qui sont en jeu que des intérêts privés !

Quoiqu’il en soit, le glas a sonné, et le président MACRON sait forcément ce qu’il faut opérer, et sur qui compter, pour être à l’aise et avoir la conscience tranquille, sinon mieux, avec un proche avenir de l’Afrique dont il a toutes les chances de vivre, suivre l’inévitable tournant.

La société civile africaine, dont un échantillon se trouve aujourd’hui autour de lui, à travers le Conseil présidentiel africain qu’il a su initier, peut effectivement lui servir d’aiguillon, mais pas d’exclusive référence pour cela. Surtout, il doit se départir de son idée, maintes fois répétée, de se référer à l’Union Africaine, plus présidentialiste que ne le sont les États isolément, pour la solution des problèmes africains liés à la dictature et aux libertés fondamentales.

Alors, que vivement les élites africaines probes prennent rendez-vous, affûtent leur apport pour peser de différentes manières à ce rendez-vous de l’histoire des relations Afrique-France, au trentième anniversaire de La Baule….

N.B. : On complètera cette lecture de l’édifiant article cité du Monde Diplomatique, par la chronique du 4 mars dernier dans le Monde.fr , du Pr Achille MBEMBÉ, intitulé : « Les États voyous d’Afrique centrale sont les derniers avatars de la Françafrique »

Précédé de :

CE QUE JE DEMANDERAIS À MACRON LE JEUDI 11 JUILLET…

(Mediapart, 10 juillet 2019)

Peu habituel, le président MACRON, qui reçoit le président du Ghana ce jeudi, a décidé, à l’occasion de la conférence de presse qui s’ensuivra, de recevoir avec le conseil présidentiel africain qu’il avait initié, 400 personnes des diasporas africaines.

On ne peut honnêtement que s’en féliciter, quelle que soit l’issue qui s’ensuivra, ou les interprétations que certains seraient tentés de coller à cette rencontre. Cela, pour la bonne et simple raison que l’histoire a démontré que ce genre de rencontres, quand il y en a eu, ont presque toujours. …accouché d’une souris.

À vrai dire, on ne voit pas ce que l’on pourrait en l’occurrence lui reprocher, puisque écouter, échanger n’engage à rien. Et rien que de cela, de cette évidence, quelques interrogations naissent tout de suite, sous forme de questions que l’on pourrait retourner au jeune et sympathique président.

LA PREMIÈRE serait celle de savoir comment, de façon générale, apprécie-t-il l’action de ses prédécesseurs à l’endroit du continent noir, et principalement de l’Afrique francophone.

LA DEUXIÈME, qui peut en apparence sembler ridicule, mais qui est en réalité loin de l’être, m’est inspirée par un sujet polémique posé par un de mes anciens professeurs de sciences politiques au début des années 90, aux étudiants de 3eme cycle sciences po justement, de savoir : « À quoi sert l’Afrique aujourd’hui? « . Il est vrai que le sujet avait alors été posé à une période qui était celle du déguerpissement de l’Afrique, parce que l’Europe de l’est venait globalement de s’ouvrir au monde et où l’Afro-pessimisme était au zénith. Le débat fut houleux, tranché et infernal entre les quatorze étudiants qui constituaient le cycle, mais aussi le professeur. Mais il avait alors marqué tout le monde. Malsaine pourrait-elle paraître a priori, il plairait un peu de bousculer Macron par ce genre de question, pour sonder son degré de bonne foi /hypocrisie, puisque l’idée semble établie auprès de beaucoup sur les conservatismes des relations franco – africaines.

LA TROISIÈME, non moins provocatrice, et très précise, consisterait à lui rappeler une promesse/menace de son prédécesseur et ancien patron, François Hollande qui, une semaine pile avant le deuxième tour des présidentielles, le 30 avril 2012 au cours d’un discours à Bercy, avait dit : « le 7 mai prochain sera. ..un mauvais jour pour les dictateurs » , pour terminer finalement son dernier voyage en Afrique, quelques jours avant la fin de son mandat, entouré des pires dictateurs du continent! Finissant ainsi, et paradoxalement, comme l’unique président français de la cinquième République à n’avoir pas pu obtenu le scalp d’un dictateur africain ! Alors, « Sur quel point précis et majeur le président Macron voudra-t-il que l’on mesure ou apprécie son impact en Afrique ? «

LA QUATRIÈME, qui ne lui concerne en principe pas, et qui n’est pas dénuée d’humour, consisterait à lui demander de savoir « Quels effets et impressions cela lui fait de se trouver dans des conclaves avec certains dirigeants africains dont le grand nombre était déjà aux affaires avant qu’il ne soit né ou à l’école primaire? »

LA CINQUIÈME à lui poser, enfin, qui est tout sauf sérieuse, consistera à lui demander : « Monsieur le président, vous êtes le plus jeune président de la Cinquième République, pour diriger une population globalement vieillissante, tandis que l’Afrique dont la population est globalement constituée des moins de 25 ans à plus de 70 pour cent, et donc plus proche de vous par l’âge,  est dirigée majoritairement par des près ou plus de soixante-dix ans, et où tout reste à faire. Si vous aviez le choix, auriez-vous préféré diriger un pays africain francophone, avec les multiples atouts mais aussi les grands défis connus ? Et dites-nous pourquoi «

Voilà, et rien n’interdit aux lecteurs d’enrichir ces interrogations, dans l’esprit ici retenu, qui esquive volontairement les sujets prévisibles auxquels il s’est déjà bien préparés, et qui seront de toutes façons abordés en conférence de presse ou posés par quelques journalistes, comme la question du f cfa ou l’immigration.

Mediapart, 10 juillet 2019

Felix   BANKOUNDA MPELE

https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/PIGEAUD/61500

 

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