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La traque des fonctionnaires fictifs : un combat secondaire pour Sassou

La traque des fonctionnaires fictifs : un combat secondaire pour Sassou

Par  Benjamin BILOMBOT BITADYS

Il y a belle lurette que les populations du Congo-Brazzaville ne croient plus en la sincérité de la parole de l’homme politique et surtout pas en celle de l’homme fort de Mpila. Si le chef de l’Etat du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, promet de combattre la fraude dans la fonction publique, les détournements des fonds et les malversations financières, il n’en est pas à sa première déclaration d’intention.

« Il n’y aura ni gros poisson ni menu fretin, agriculture priorité des priorités, la santé pour tous d’ici à l’an 2000, auto-suffisance alimentaire, Congo-Brazzaville, pays émergent en 2025… », n’en jetez plus. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Les populations du Congo-Brazzaville ont été servies à satiété. Au point de provoquer l’indigestion.

LES FICTIFS, POULE AUX OEUFS d’OR

Le khalife d’Oyo ne veut pas braquer les membres du clan, les originaire de l’axe Ollombo-Boundji-Oyo-Makoua-Owando (OBOMO) et les camarades du Parti congolais du travail (PCT), soutiens du régime politique de Sassou et véritables bénéficiaires du phénomène des fonctionnaires fictifs. On ne crache pas sur la main qui vous nourrit. A chacun des membres du clan Sassou, ses fonctionnaires fictifs pourvoyeurs des milliers de francs CFA par mois. On ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu.

Qui a intérêt que le système des fonctionnaires fictifs soit liquidé ? Surtout pas le PCT, qui considère la fonction publique comme une vache à lait. Il ne va pas quand même se tirer une balle dans le pied. Le phénomène de la corruption et de la fraude est pourtant légion. De la présidence de la République où Gérard Bitsindou, Isidore Mvouba, Aimé Emmanuel Yoka et Firmin Ayessa furent directeur de cabinet (poste occupé aujourd’hui par Florent Ntsiba) au domaine présidentiel où Edgar Nguesso est le patron à la fonction publique en passant par la police et l’armée, aucun secteur n’est épargné par les « fictifs ». Chacun a ses fonctionnaires fictifs dont les salaires permettent d’arrondir les fins du mois, de bâtir des immeubles, d’envoyer femmes, enfants et maîtresses en villégiature en Occident et en Asie et d’entretenir les multiples maîtresses à travers le pays.

« Wamba Sassou aurait 25 salaires fictifs qui lui rapportent 30 millions chaque mois  » a titré Sacer , journal en ligne du 23 novembre 2018. Sacer est souvent au parfum quant aux pratiques caricaturales de la tribu-classe d’Oyo.

Roga-Roga, célèbre griot, Edgar Bokilo, sniper du net, sont de parfaits exemples de fonctionnaires fictifs parmi tant d’autres veinards.

LUNE

« Les placards de la fonction publique et de la dette du Congo-Brazzaville sont remplis de rapports sur les fonctionnaires fictifs » a confessé Roger Rigobert Andely et recèlent des cadavres soigneusement couverts de linceuls. Si, dans la mode, « le diable s’habille en Prada », au Congo-Brazzaville, dans la lutte contre les « fictifs  », les fonctionnaires causent en «  Mbochi  ». Ceci explique peut-être cela. Roger Rigobert Andely est passé aux aveux. Mais, pourquoi, diable, ne s’était-il pas attaqué au problème lors de son premier passage au ministère des finances ? N’avait-il pas pris connaissance des divers rapports qui s’amoncellent sur le bureau du ministère depuis plusieurs années ? Roger Rigobert Andely ne découvre tout de même pas la lune. Pourquoi Gilbert Ondongo, Firmin Ayessa et les différents ministres des Finances et de la Fonction Publique ont laissé prospérer le système ? Pourquoi personne parmi les fraudeurs n’est poursuivi ?

Chargé par Denis Sassou Nguesso et Anatole Collinet Makosso, de procéder au toilettage du fichier de la Fonction Publique, chassé une première fois du gouvernement par les camarades membres du PCT pour avoir osé démanteler les réseaux mafieux, Roger Rigobert Andely, ministre des Finances, cette fois-ci, une fois n’est pas coutume, assumera-t-il l’impopularité fertile provenant des rangs du PCT ?

Roger Rigobert Andely osera-t-il secouer le cocotier en publiant la liste des plus gros fraudeurs et en saisissant la Justice ? Sans surprise, au pays où règne l’impunité, la suppression et la poursuite judiciaire des fonctionnaires fictifs sera impopulaire parmi les membres du clan Sassou et du PCT mais, sera perçu comme un signal positif envoyé aux investisseurs étrangers et aux populations du Congo-Brazzaville. Tout comme le sont la lutte contre la corruption, les détournements des deniers publics, les malversations financières ainsi que la mise en œuvre des 48 mesures édictées par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de l’accord sur la facilité élargie du crédit (FLEC). Le triumvirat, natif d’Owando, Roger Rigobert Andely, Jean Rosaire Ibara et Lauric Ngouémbé, triumvirat constitué par Sassou et Makosso, viendra-t-il à bout du système des « fictifs  » ?

Si ça marche ce sera une victoire des Kouyous sur les Mbochis après l’assassinat de Marien Ngouabi en 1977.

La priorité du fils de « mama Mouébara  », Denis Sassou Nguesso, est la conservation du pouvoir par la corruption tous azimuts. Dans ce cadre, la lutte contre les fonctionnaires fictifs est secondaire pour le natif d’Edou-Penda qui caresse le vœu d’installer pour sa succession, son fils Denis Chystel Sassou dit « Kiki le pétrolier ». Ce triumvirat peut aller se faire cuire un œuf.

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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