Justice, Société

L’affaire CHACONA : après l’émotion, les questions et les leçons à tirer

Par   Henri Blaise NZONZA

CHACONA est le nom du commissariat de police dans lequel 13 enfants ont trouvé la mort dans des conditions non encore élucidées au jour aujourd’hui. Cette affaire à vrai dire aurait pu passer sous silence si elle n’avait pas été révélée puis fortement relayée dans les médias sociaux. Le gouvernement par l’entremise du procureur de la république OKO NGAKALA puis du ministre de la communication porte-parole Lezin Thierry MOUNGALA avait d’abord nié les faits en parlant d’une rixe entre deux bandes rivales des << bébés noirs >>.Mais lors de la séance des questions d’actualité au gouvernement à l’Assemblée Nationale relative à cette affaire, prenant la parole au nom du gouvernement ,le ministre de l’intérieur Raymond Zéphirin MBOULOU a reconnu que ces treize (13) enfants avaient effectivement trouvé la mort au commissariat de CHACONA à MPILA contredisant la version méprisante vendue par le procureur de la République et le porte-parole du gouvernement.

A la base, il s’agissait pour les policiers d’arrêter ceux qu’ils considéraient comme des jeunes délinquants organisés en groupes appelés << bébés noirs >> et qui sévissent le désordre, le vol, le viol, le cambriolage, le sabotage, bref tout un type d’action qu’ils font quand ils veulent et ou ils veulent. Ils agissent très souvent dans des quartiers reculés de la ville de Brazzaville de nuit comme de jour. Ce phénomène très inquiétant de bébés noirs est apparu il y a de cela presque 5 ans dans notre pays est la version importée du phénomène qu’on appelle les KULUNAS en RDC.
Cette délinquance juvénile est devenue un véritable fléau, un cancer dans notre société qu’il va falloir soigner si nous voulons sauver ce qui reste à sauver. Aujourd’hui il est très inquiétant de constater que les jeunes âgés de 18 à 25 ans sont responsables de plus de 60% des actes de délinquance dans notre pays
Ce phénomène qui n’est donc pas une création congolaise a un lien très étroit avec la montée de la pauvreté dans notre pays. Comme dit l’adage un ventre affamé n’a point d’oreille. Or que notre pays connait depuis un moment un contexte économique marqué par un chômage endémique avoisinant plus de 50%, une dépravation des mœurs sans commune mesure, une déscolarisation et une pauvreté galopante. Tous ces maux sont des éléments qui conduisent à la précarité, à rendre les parents incapables d’assurer une bonne éducation à leurs enfants étant donné qu’eux-mêmes sont dans un combat de survie permanent. Les parents impuissants perdent donc une autorité sur des enfants qui deviennent très tôt indépendants alors qu’ils devraient encore bénéficier du soutien et de l’éducation de leurs parents. Ces enfants sont donc le plus souvent en rupture sociale et donc à la merci d’eux-mêmes.
Et quand un enfant ne peut plus avoir à manger chez lui et est abandonné à lui-même, le seul repère qui lui reste c’est l’éducation de la rue, des caïds, des prédateurs. L’enfant se construit seul une identité et cherche à s’affirmer. La rue prend le devant sur lui et il perd les repères et les valeurs morales.il devient anti système et devient contre tout le monde. Très souvent nous voyons des enfants âgés de 10 à 15 baigner dans la drogue, consommer des produits Tramadol, des produits nocifs qui détruisent leur santé et leur capacité à bien réfléchir et a avoir donc de la pitié pour une personne. En voulant s’affirmer et être accepté dans un groupe l’enfant se voit dans l’obligation de faire des actes ignobles en blessant et parfois tuant gratuitement une personne innocente. Ainsi, tuer une personne, la blesser et lui ravir un sac ou un portable deviennent des actes normaux à ses yeux.

Nous savons tous que le chômage est l’une des causes majeures de difficultés sociales et de désœuvrement des jeunes en âge de travailler. Un jeune qui travaille et gagne son pain à la fin du mois n’ira pas perdre son temps dans ces groupes, il pensera tout d’abord à construire son avenir et à fonder une vie de famille.
Il nous faut donc dans un premier temps lancer un vaste programme d’insertion de la jeunesse pour donner des formations à tous ces jeunes en échec scolaire dans des domaines comme : la maçonnerie, la menuiserie, la soudure, la coiffure, la mécanique ,la plomberie, la peinture, le carrelage, l’agriculture ,l’élevage…Ainsi donc les ministères de la jeunesse et celui de la formation qualifiante devraient travailler d’arrache pieds pour que des dispositions allant dans ce sens soient prises. Outre l’option de la formation de ces jeunes désœuvrés, le ministère de la jeunesse devrait mener une vaste campagne de sensibilisation à travers des banderoles et des campagnes télé pour promouvoir des valeurs de vivre ensemble. Cette campagne contre les comportements déviants sera d’une importance capitale car un peuple grandi tout d’abord par le respect des principes qui régissent sa société.

Outre les mesures d’urgences à prendre, nous devons lutter contre le décrochage scolaire. Pour ce faire notre gouvernement devra aider les élèves dont les parents sont en grande difficulté financière car un enfant qui ne mange pas à midi n’aura pas la force de se rendre à l’école et cherchera d’abord de quoi manger. Il est donc tenter de rejoindre les groupes de ceux qui ont abandonné les études et sont déjà dans la rue et donc déjà autonomes. Ici les ministères de l’éducation nationale ainsi que celui des affaires sociales devraient être mises à contribution pour réaliser cet objectif de lutte contre le décrochage scolaire. Il faut aussi une assistance sociale aux parents des enfants délinquants pour leur permettre de regagner une autorité sur ces enfants car souvent c’est parfois le contraire qui se passe c’est-à-dire que ce sont ces enfants qui rapportent de quoi manger aux parents.

Cette délinquance n’est pas une fièvre que nous pouvons facilement guérir avec des dolipranes et il n’y a pas de solutions radicales, rapides et faciles pour endiguer ce fléau car certaines motivations qui poussent ces jeunes à la délinquance sont profondes et complexes à cerner. Elle doit donc être prise au sérieux par tout l’ensemble du corps social de notre pays en partant des parents jusqu’aux structures étatiques.

La prison ne peut pas être la seule alternative à ce phénomène qui bouleverse le quotidien des congolais .Il faut donc des mesures sociales et éducatives pour que notre jeunesse retrouve ses lettres de noblesse.

Fait à Paris le 07 août 2018
Henri Blaise NZONZA

 

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