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L’Afrique centrale ou la roublardise despotique

L’Afrique centrale ou la roublardise despotique

Par : Djess dia MOUNGOUANSI 

« Une dictature est un pays dans lequel on n’a pas besoin de passer toute une nuit devant son poste pour apprendre le résultat des élections »Georges Clemenceau.

Connue pour être le foyer d’abjections et de miasmes, l’Afrique centrale vient de mettre au grand jour l’une de ses facettes les plus hideuses : les élections tripatouillées. Dans cette partie du continent noir, la criminelle impéritie des potentats a plongé les peuples  « dans des drames inimaginables » dixit Otchombé un des auteurs de ces drames. Transparency International n’y va pas de main morte : 60% des personnes les plus pauvres vivent dans les pays riches en ressources, particulièrement en Afrique Centrale. Une étrange corrélation !

Le Congo de SASSOU : un pandémonium

Pour se maintenir au pouvoir contre l’avis de son peuple, le boutefeu d’Oyo, l’adepte du lit de Procuste, s’approprie de  toute la panoplie des méthodes jusqu’ici utilisées dans le monde des tyrannies et y greffe sa touche personnelle, concoctée dans ses officines. Désormais, à travers toute l’Afrique, sa  funeste expertise fait des émules. Emprisonnement des opposants politiques, assassinats maquillés, interdiction de sortie du territoire national, tortures, enlèvement etc…

Rappelons, s’il en était encore besoin que  la dictature du Congo-Brazzaville, véritable  capitale du royaume des Enfers;  a été la première à expérimenter une pratique dictatoriale qui fait désormais florès dans toute l’Afrique Centrale : isoler le pays en coupant Internet lors des phases cruciales d’une  élection. C’est ainsi qu’au Gabon, au Tchad et récemment en RDC, les fournisseurs d’accès Internet ont été tout bonnement sommés de couper Internet pendant plus d’une semaine, le temps pour la CENI d’effectuer, dans le clair-obscur des tripatouillages éhontés.

Pour anticiper et neutraliser toute velléité de révolte, les résultats doivent être proclamés nuitamment par une CENI et/ou Cour Constitutionnelle aux ordres. Le 4 avril 2016 à Brazzaville, les membres de cette institution croupion, caporalisés manu-militari, étaient obligés de déclarer la victoire du satrape d’Oyo. Leur intégrité physique était en jeu au cas où la vérité des urnes créditant SASSOU  de 8% était révélée au peuple. Des chiffres complètement faux, loin de la réalité, furent proclamés. Il n’y a pas plus dangereux dictateur que celui qui est « né avant la honte ». La félonie, la triche et le mensonge sont des antivaleurs qui peuplent son esprit et guident son action.

BONGO, Idriss DEBY, BIYA, OBIANG : qui innovera mieux dans la cruauté ?

Dans les pays pétroliers comme le Congo-Brazzaville, le Gabon ou la Guinée équatoriale, le pétrole se transforme souvent en « carburant » alimentant la corruption et les conflits armés avec pour conséquence une pauvreté endémique. La forte connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires se transforme en scandales qui nourrissent  de façon régulière la presse occidentale et américaine. L’air du temps et l’Union Africaine, ont poussé les potentats de cette zone à habiller leur régime des oripeaux démocratiques. Bon an, mal an, ils organisent des élections qu’ils ne perdent jamais. Invariablement, les uns changent des constitutions pour mourir au pouvoir sur fond de pogroms;  les autres matent allègrement leur opposition, la cantonnant au silence absolu.

De SASSOU à BONGO en passant par BIYA ou DEBY, les potentats d’Afrique Centrale fourbissent leurs armes, au sens propre comme au figuré. Ils rivalisent chaque jour de cruauté pour maintenir leur peuple dans la pauvreté : pas d’eau ni d’électricité encore moins l’émergence des vrais élus du peuple qui soient conscients des réels problèmes de la société.

La forte densité des despotes dans cette zone est directement proportionnelle à la concentration des richesses naturelles. Des despotes qui rament à rebours de l’histoire. Une histoire en marche, qui laissera au bord de la route, ceux qui n’ont aucune souplesse d’adaptation ; ceux qui ont renvoyé le bien-être de leurs compatriotes aux calendes grecques.

Même s’il n’est de richesses que d’hommes, l’abondance des richesses naturelles dans ces pays, aurait pu permettre de desserrer certaines contraintes budgétaires et d’envisager des projets ambitieux visant l’amélioration de la qualité de la vie des populations. Que de paradoxes ! C’est dans le scandale géologique qu’est la RDC que l’on trouve les populations les plus démunies au monde, qui pataugent dans une misère effroyable.

Pendant ce temps en Afrique de l’Ouest, et toutes choses égales par ailleurs, avec des budgets relativement moins importants, les dirigeants élus font des prouesses. Au Sénégal, on savoure le plaisir de voir poindre sous nos yeux la réalisation du projet «  Sénégal émergent » sous la houlette d’un président issu de la vérité des urnes : Macky SALL.

Hyppolyte KANAMBE : partir tout en restant, du grand art politicien

Avec l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 en République Démocratique du Congo, KANAMBE Hyppolyte alias Joseph KABILA vient de nous sortir le grand jeu. Du grand art politicien, ou un raffinement de la roublardise despotique, c’est selon et ce, malgré le tragique de la situation.

Partir tout en restant, organiser l’alternance sans rupture avec continuité dans la gestion de l’appareil d’Etat, est un pari astucieux que le Raïs est en passe de réussir. Un défi à faire pâlir de jalousie le roi de l’entourloupe d’Afrique centrale : Dénis SASSOU, qui,  on l’a vu, était obligé de jeter dans ses sinistres geôles son challenger à l’élection présidentielle de 2016, pour désamorcer la contestation.

Tout compte fait, la manipulation politique des officines de KABILA requiert une intelligence, de l’habileté dans les tractations secrètes, alors que les autres despotes d’Afrique Centrale nous avaient habitués à la brutalité grossière et autres méthodes à la hussarde pour mater les manifestations des partis d’opposition.

Nous avons tous en mémoire les massacres à grande échelle orchestrés par la milice tribale de Dénis SASSOU dans la région du Pool. KABILAa fait différemment. Il a réussi avec une aisance extraordinaire, à diviser l’opposition au point même de trouver en Félix TSHISEKEDI, un de ses contempteurs d’hier, un allié du moment, le cheval de Troie ou l’épouvantail qui lui permet de créer l’illusion d’une alternance au sommet de l’Etat.

Aujourd’hui, l’histoire bégaie en RDC. LA SADC et l’Union Africaine ont tenté de s’en mêler. Contre la vérité des urnes, qui donne Martin FAYULU incontestable vainqueur de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, la Cour constitutionnelle venait de déclarer TSHISEKEDI, Président définitivement élu. Comme  pour faire un pied de nez à la délégation de l’Union Africaine qui devait arriver à Kinshasa pour s’enquérir de la situation. Finalement, cette visite a été reportée sine die.  Jamais deux sans trois. Après Jean PING, Maurice KAMTO, c’est désormais Martin FAYULU qui complète la triste série des « Présidents élus », privés de leur trône.

Quel que soit l’épilogue de ces élections en RDC, une évidence s’impose : les élections tripatouillées ont encore de beaux jours devant elles en Afrique centrale. Dans le cas d’espèce, quoique puisse devenir la conjoncture politique dans les prochains jours ou les prochains mois, KABILAen sera, selon toute vraisemblance, le véritable vainqueur. Si les choses restent inchangées, il cédera quoi qu’il en soit le poste de Président de la République concédé à TSHISEKEDI ;  mais  à la faveur de la victoire de sa coalition aux législatives, il pourrait devenir président du Sénat, deuxième personnalité de l’Etat et dauphin constitutionnel du chef de l’Etat. Ce qui n’est pas sans rappeler le modèle POUTINE-MEDVEDEV.

Inspiré du cynisme de SASSOU et de l’habileté manœuvrière de Vladimir POUTINE, tous les dictateurs de la planète  seront obligés de s’incliner devant le machiavélisme du maestro de Kinshasa. Question : à quand une Afrique Centrale enracinée dans des institutions fortes où les voix des électeurs exprimant la vérité des urnes, neutraliseront les micmacs politiciens dans la dévolution du pouvoir ?

 

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Djess dia MOUNGOUANSI

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