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L’agriculture congolaise , un secteur hachuré et bradé

L’agriculture congolaise , un secteur  hachuré et bradé

Par  Jean-Claude BERI

Jean-Claude BERI, communicant, activiste et libre penseur Lyon

Comment envisager dans les prochaines années que les 5 millions de Congolais soient nourris par les investisseurs étrangers ? Comment admettre que notre pays soit devenu un territoire réservé à une invasion d’investisseurs étrangers dont l’acquisition des terres cultivables soit organisée avec d’énormes superficies qui sont achetées ou négociées avec la complicité du gouvernement congolais au détriment des populations locales ?

C’est loin d’être une opération philanthropique qui se trame mais bien une préparation d’un coup fourré comme Kagamé et Sassou les affectionnent Car économiquement qu’est ce que le RWANDA peut apporter au Congo de plus que les Congolais seraient incapables de réaliser. Concéder au Rwanda 12 000 hectares de terres exploitables dans au moins trois Départements. Sous le vocable ministre de Coopération internationale se cache en réalité une structure de mercenariat qui achète des armes et hélicoptères au Rwanda et fait payer celles-ci par des terres concédées au Rwanda. Qui connait la nature réelle de ce contrat, dont certaines sources avanceraient une durée de 99 ans. Publiez-nous les termes du contrat, car ceci n’est pas un secret défense c’est de l’ordre de sécurité publique. C’est hallucinant comment peut-on faire confiance a un pays qui s’octroie des privilèges d’occuper un autre pays souverain sur la base des contrats bidons. Il exploite les richesses d’un autre pays dans un esprit de gangstérisme barbare et vient imposer ces mêmes pratiques au Congo Brazzaville. Pour le pouvoir les SASSOU sont prêt à tout.

Cette initiative va à l’encontre de la politique d’autogestion de notre agriculture et de surcroît incompatible à l’idée de développer une industrie performante tournée vers nos propres besoins et s’appuyant sur la transformation des produits locaux par les paysans congolais. Si seulement on avait une vraie opposition et non cette équipe qui ne joue pas ensemble. Les attaquants veulent marquer chacun de son côté, les défenseurs défendre sans coordination et vous voulez que seul le gardien (le peuple) stoppe les buts ou encaisse les coups ? Réinventons une autre opposition

Cette réalité actuelle est loin de ce que le pays a connu dans les années 1970 à 1990 ou l’autosuffisance alimentaire, sans pour autant atteindre le paroxysme de la satisfaction, était sur une pente d’amélioration. Aujourd’hui les craintes de bons nombres de congolais sont de voir arriver sur leurs terres une agriculture, non plus au service du développement des produits alimentaires locales mais pour la prolifération de l’industrie alimentaire (ou pas) destinée à l’international.

L’indépendance agricole, vœu pieux

Depuis un peu plus de 20 ans aujourd’hui la situation alimentaire au Congo-Brazzaville se dégrade de plus en plus. 3,5 millions de personnes soit 62,5% de la population est sous-alimentée selon le rapport sur le développement dans le monde 2010 intitulé « L’agriculture au service du développement ». On qualifie de sous-alimentées les personnes dont leurs rations alimentaires sont insuffisantes à leurs organismes. Cette insuffisance entraine une diminution face à la résistance aux maladies, à l’effort intellectuel et physique.  Certaines catégories de population, le plus souvent, les pauvres dépendants directement ou indirectement de l’agriculture pour leur subsistance sont aujourd’hui les plus durement touchés. Les causes de cette situation de faim et de la malnutrition sont, bien sûr complexes, mais connues. Il s’agit des manques alimentaires liés aux variabilités du marché mondial de certains produits d’importation auxquelles le Congo est surexposé.

Certes on ne peut pas détacher le Congo de la crise alimentaire mondiale qui secoue bon nombre de pays africains les poussant ainsi à des opérations de cessions, de bradages de terres arables pour de bail d’une durée parfois indéterminées. C’est ce qui s’est produit ce 10 Mars 2011, au travers d’un accord portant sur la cession par le Congo de 80 000 hectares (ha) de terres arables pour un bail de 99 ans aux fermiers Sud-africains réunis en société anonyme (Agri SA). Cela devrait interpeller tout citoyen congolais de s’interroger sur la nature d’un tel accord.

Nous nous interrogeons sur les vertus d’une telle opération qui ressemble plus à transformer les paysans congolais en ouvriers agricoles taillables, manipulables, exploitables et corvéables sans aucun bénéfice ne soit acquis en retour d’une telle entreprise. Sauf à servir, bien sûr, les intérêts mercantiles des investisseurs prêts à tout pour acquérir des terres exploitables au détriment des productions des paysans congolais. Ce qu’il faut dénoncer avec force c’est la mauvaise politique du gouvernement congolais en matière de politique agricole. Le Congo-Brazzaville a 10 millions d’hectares de terre cultivable, mais à peine 2% de terre cultivée. Au lieu d’investir dans l’émancipation d’une industrie moderne, adaptée et orientée vers la revalorisation de nos propres besoins en accompagnant les paysans congolais à se diversifier dans les cultures des produits locaux, ce gouvernement, dont bon nombre de congolais qualifie de groupement d’incompétents notoires au service d’une maffia organisée, cède aux sirènes mercantiles des investisseurs étrangers sans aucune consultation préalable du peuple congolais. Les villages agricoles en cours d’expérimentation ne seront d’aucune utilité si les produits agricoles ne peuvent être distribués dans l’ensemble du pays.

L’immobilisme patent de Denis Sassou N’guesso

C’est un déni de démocratie qu’il faut justement dénoncer. Si le Congo n’ est pas  dépendant en matière d’alimentation, le problème réside dans son incapacité à assumer son indépendance alimentaire. Notre démocratie n’est que de façade, c’est une idée encore en gestation qui n’est pas entrée dans les consciences des Congolais. Cette lacune laisse la porte ouverte aux pays nantis qui viennent profiter de la faiblesse de la légitimité sociale de notre pays et surtout de notre pauvreté. Les insuffisances d’une vraie politique de redistribution des richesses que nous ne cessons de dénoncer acculent les Congolais à subir une razzia de leurs terres. Les bénéficiaires de ces pratiques sont loin d’être les paysans congolais mais bien une maffia clanique qui spolie tout sur leur passage.

Il est sans conteste que ces contrats seront tout simplement dénoncés lorsque le peuple congolais aura retrouvé son droit. Car ce contrat imposé de force au peuple congolais est inacceptable et surtout est loin de servir les ambitions agricoles de tout un peuple.

De même que nous accusons le gouvernement congolais de non-assistance aux agriculteurs. On les abandonne à leur triste sort. C’est ce qui explique dans la pratique que notre agriculture n’ait jamais vraiment décollé, pire encore elle est devenue archaïque et dépendante de l’extérieur. On préfère octroyer des milliers d’hectare aux fermiers Sud-africains, au lieu de privilégier et d’encourager la préférence nationale. Un manque de considération inadmissible pour le paysan congolais à qui l’on fait croire qu’il est incompétent alors même qu’on lui refuse tous les moyens nécessaires pour son développement. L’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 slogan pompeux des années 80 est vite oubliée et rangé dans les tiroirs. Le Congo demeure très enclavé malgré une richesse insolente mais usurpée par une politique clanique qui ruine les chances des agriculteurs congolais.

Nous réfutons ce diktat qui nous est imposé et appelons à un réveil des consciences pour que notre agriculture paysanne demeure la condition indispensable à l’indépendance alimentaire. Celle-ci doit promouvoir une agriculture proche des paysans, modernisée s’appuyant sur des techniques protégeant l’environnement. Lorsque l’offre sera importante, voire supérieure à la demande, le prix des denrées alimentaires baissera.

Il est indéniable qu’au Congo, l’indépendance agricole ressemble à un vœu pieux. Sassou N’guesso et son gouvernement pataugent dans l’immobilisme. En 2011, avec un budget de près 3000 milliards de F CFA dont 1 milliard pour l’investissement, le bilan fait au début du mois de mai est très mitigé : 25 % de projets exécutés et plus de 65 % de projets n’ont pas connu un début d’exécution et les autres projets sont encore à l’étude. Les ministres qui parlent du programme politique, « le chemin d’avenir » de Sassou N’guesso sont les premiers à ne pas y croire. Le chemin d’avenir n’est qu’un chemin court vers l’enrichissement illicite.

Article publié le 13 mai 2011, réécrit le 14 avril 2022

Jean-Claude BERI, www.dac-presse.com

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