Santé

Le Congo à l’épreuve du Coronavirus

« Le Congo à l’épreuve du Coronavirus »

 

Par   ALFONCINE NYELENGA BOUYA ( La Ballade des idées)

Depuis l’annonce par le Ministre Thierry Moungala, de la présence d’un cas de coronavirus détecté au Congo, suivie de l’annonce du 16 mars par le Premier Ministre Clément Mouamba, les interrogations, propositions, débats, spéculations vont bon train aussi bien sur place au Congo que dans la diaspora. Chacun y va de son commentaire, de son analyse et de ses propositions.

La question que tout le monde se pose est de savoir si le Congo pourrait faire face à cette pandémie au cas où elle se propagerait dans le pays, en commençant par les grandes villes ?
La réponse, il faut le dire est NON ! Pour plusieurs raisons !

Commençons par les mesures prises par les pays les plus touchés et voyons si ces mesures sont applicables au Congo.

1. La vétusté des services de santé connue de tous.
2. Le contexte socio-économique congolais qui rend pratiquement inapplicables les mesures prises par les pays fortement touchés par le Covid-19 :

a) Se laver les mains : un vrai défi pour un pays où l’eau potable est denrée rare, où dans certains quartiers les gens et surtout les femmes doivent se lever à 4h du matin pour attendre l’écoulement d’un filet d’eau du robinet qui mettra 45 minutes pour remplir un seau. A cela s’ajoute la qualité douteuse de cette eau. Pour se laver les mains de façon vraiment hygiénique, il faudra du savon. Or celui-ci s’achète. Nombreuses sont les familles dans les quartiers populaires où les gens prennent leur douche sans utiliser le savon, simplement parce qu’ils ne peuvent pas s’offrir le bout de savon même fabriqué localement. Dans d’autres familles, le même bout de savon passe de main en main servant à toute la famille de 5 à 8 membres.

Ce matin encore, un ami me transférait via Messenger une photo sur laquelle on voit le Ministre Thierry Moungala se laver les mains, entouré de plusieurs officiels et des journalistes. Visiblement, le matériel utilisé (seau à robinet et cuvette) provient de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS-WHO). Pour qui connaît le système des Nations Unies, l’OMS n’est pas un Fonds mais une organisation spécialisée de coopération technique. Ce qui veut dire que l’OMS donne le strict minimum, c-a-d quelques kits et échantillons pour montrer comment les choses doivent se faire et, ensuite il reviendra aux états de prendre les choses en main pour agir à plus grande échelle.

b.)Tousser dans le coude : cela est faisable, à condition de mener une campagne tambour-battant dans les langues nationales avec explications détaillées à l’instar de la vidéo produite par Agnès Ounounou, Guy Mafimba, Bishop Serge Ngouakamabe, Serge Ebayi… et qui devient virale sur les réseaux.

c) La distanciation sociale : difficile à appliquer surtout dans les quartiers populaires où l’on trouve facilement 10 personnes (propriétaires, locataires et leurs familles respectives) vivant en totale promiscuité, utilisant les mêmes latrines, les mêmes kikosso, etc… Que dire des moyens de transport : foula-foula, taxi 100/100, taxi-moto ; etc… Les propriétaires et conducteurs de ces véhicules seront-ils prêts à respecter la distanciation sociale en réduisant par exemple le nombre de clients par trajet pour respecter la distance minimum de 1 mètre entre deux personnes ? Comment limiter le nombre de personnes lors de levées de corps à la morgue, des enterrements et de veillées ? Expliquer aux femmes qu’il est important de se coucher aux veillées à un mètre les unes des autres ! Empêcher les danses lors des funérailles ! Interdire les célébrations à toutes les confessions religieuses, etc… Gestion des flux ou fermetures des marchés ?

d. Le confinement : autre mesure quasiment impossible à appliquer chez nous surtout en temps de fortes chaleurs, coupures d’électricité, etc.

Je conclurai dans le même sens que le Dr Pierre Mpélé hier sur ZianaTV, il est plus que nécessaire que le Gouvernement congolais mette sur pied un Comité scientifique consultatif qui aidera le Gouvernement dans la prise des décisions, élaborera un plan de communication avec des messages simples, clairs et percutants et, réfléchira sur des solutions adéquates à l’environnement particulier du Congo.

Un plan de communication élaboré par des « sachants » est d’autant plus nécessaire que l’annonce du Premier Ministre contient au moins trois incohérences : (i) les pays à haut risque n’ont pas été cités alors que le PM aurait pu au moins citer la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, la Chine, l’Egypte, etc…., (ii) la suspension des vols en provenance des pays à haut risque et, dans le même temps il est question de visa de visa que l’on peut obtenir sur présentation d’un certificat prouvant que l’on a testé négatif ! La question est de savoir par quel moyen ces personnes qui auront obtenu un visa se rendront-elles au Congo ? (iii) les mesures d’hygiène dans l’administration publique et privée seront renforcées, d’accord mais qu’en est-il de tous ces travailleurs du secteur non formel ?

En tout cas, il ne sera pas possible ni efficace d’appliquer à l’aveuglette ou en mode copié/collé toutes les mesures prises dans les pays du Nord les plus touchés, d’où l’urgence pour le Gouvernement de constituer ce Comité Scientifique Pluridisciplinaire !

ALFONCINE NYELENGA BOUYA  ( La Ballade des idées)

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