Politique

Le Congo-Brazzaville en attente de sa Perestroïka et de sa Glasnost.

Le Congo-Brazzaville en attente de sa Perestroïka et de sa Glasnost.

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Pendant que nos anciens amis communistes et socialistes ont amorcé depuis fort longtemps un virage à 180 degrés pour le bien-être de leur peuple, le statu quo demeure dans notre pays en dépit d’une conversion de circonstance à la démocratie pour coller au reste du monde.

Les idées nouvelles sont incarnées par des Hommes nouveaux, contemporains de leur temps. Le principe de Peter stipule « qu’avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en assumer la responsabilité. » Ce n’est pas faire injure aux uns et aux autres que de dire que le Congo-Brazzaville est dans cet état, d’où la nécessité d’un changement radical en injectant du sang neuf pour avancer. L’avancement dans la hiérarchie est basé sur les performances du candidat à son poste précédent plutôt que son poste actuel.

Tout système est amené à disparaitre pour faire peau neuve en fonction de l’évolution de la société, des mœurs, du mode de vie et des désidératas du peuple dans une démocratie.

Ayant compris la réalité de l’illusion d’un système communiste qui à coup de propagande vantait les mérites inexistants, alors que dans le même temps le peuple crevait de faim, Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant soviétique d’avril 1985 à décembre 1991, Prix Nobel de la paix, entreprit des changements qui amenèrent à l’éclatement de l’ex URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) en de multiples pays indépendants du bloc soviétique, empêtrés dans une bureaucratie rigide et un contrôle absolu sur le peuple ; Qui trop embrasse mal étreint. Ce fut un mal pour un bien, à quelques exceptions, afin de permettre aux citoyens, aux sans voix de pouvoir s’exprimer et d’amorcer le changement. Le changement commence par l’explication du bien-fondé du projet à entreprendre. Allaient-ils rester dans les temps de la guerre froide en dépensant des milliards de dollars en armement alors que le bien-être du peuple qu’ils étaient censés servir n’était pas assuré ?

Ainsi arrivèrent deux mots dans le vocabulaire politique russe qui bouleversèrent notre monde actuel à savoir la Perestroïka et la Glasnost.

Du communisme autoproclamé, l’on passa à une politique d’inspiration libérale du point de vue économique en abandonnant ainsi l’économie étatique. Cette transition brutale permit aux plus rusés de s’enrichir sur les ruines de l’État, mais la parole fut libérée. Tout ne fut pas parfait, mais le dégel de cette politique permit à certains citoyens de réaliser leur rêve dans leur pays autrefois sous emprise d’une idéologie marxiste-léniniste.

La Perestroïka axa ses priorités sur trois domaines essentiels, l’économie pour générer des ressources nécessaires au bon fonctionnement du pays, le social pour assurer le bien-être du peuple et remettre l’humain au centre des décisions, et l’éthique pour la transparence afin d’éviter l’arbitraire. Toutes ces réformes consistaient à l’accélération de la démocratisation du pays et la gestion saine des deniers publics nécessaire dans un pays.

La Glasnost au sortir de la dictature prolétarienne permit une politique de liberté d’expression et de libre circulation de l’information après le mensonge d’État qui était la propagande dans ces pays.

La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, qui divisa l’Allemagne en 2 pays pendant 28 ans, scella la fin d’un temps révolu.

Prenant le train en marche, la France avec François Mitterrand, imposa à ses anciennes colonies à travers la Conférence de La Baule du 20 juin 1990, dans ce qu’il y a lieu d’appeler pudiquement la 16e conférence des Chefs d’État d’Afrique et de France, l’introduction dans leur pays du multipartisme subordonnée à l’aide financière. Cette injonction ne fut nullement accompagnée d’état d’esprit de la compréhension de ce qu’est une démocratie, d’explication de texte en sorte. Et c’est l’un des revers que nous payons aujourd’hui.

L’euphorie d’une ère nouvelle politique envahit l’Afrique Noire francophone, et des Conférences nationales, certaines souveraines, se mirent en place. Certaines tournèrent à la mascarade et d’autres au règlement de compte des anciens dirigeants. Toute honte bue, alors qu’ils venaient d’agir de manière déshonorable pendant des décennies, certains proclamèrent haut et fort qu’ils assumaient leurs méfaits en sollicitant le pardon du peuple avec l’insolite scène de lavement des mains. Une façon bien cachée de préparer leur retour sur le devant de la scène politique. La morale religieuse n’a rien à voir avec la morale politique ; C’est le genre d’erreur à ne plus commettre.

Les nouveaux maîtres, après de longues années de frustration à jouer les seconds couteaux des précédents, prirent leur revanche. Après des élections démocratiques libres et transparentes, ils s’enrichir sans comprendre le bien-fondé de la démocratie, un pouvoir que le peuple donne à ses dirigeants et qui n’est pas éternel. Le peuple souverain peut à tout moment révoquer ses représentants si ces derniers ne sont plus dignes de sa confiance. Le même peuple qui vous a encensé sera le même qui va vous clouer au pilori. C’est la dure règle de la vie politique démocratique.

Les plus malins voulurent au mépris de la constitution congolaise ne pas organiser des élections par lesquelles ils avaient été élus. Ce fut le début du désordre allant du reniement de la parole politique donnée, au gouvernement d’union nationale, aux changements d’alliance digne d’un vagabondage politique, à la création des milices militaires privées au dépend de l’armée, de la police et de la gendarmerie nationales. Cela engendra des guerres civiles dont la plus meurtrières fut celle du 05 juin 1997 avec 400 000 Congolais qui perdirent leur vie pour voir le retour des anciens maîtres, tous pressés de goûter aux délices d’antan. Tout ceci n’augura rien de bon, car la seule question qui taraudait les nouveaux apparatchiks fut celle de la conservation du pouvoir envers et contre tous. La politique de la terre brûlée commença avec des centaines de milliers de Congolais qui prirent le chemin de l’exil.

Tout ne fut pas parfait pendant la parenthèse enchantée de 1992 à 1997 qui devait être celle de la consolidation de la démocratie chèrement acquise. Nous n’avons pas appris qu’un mandat politique n’est pas une chose à soi, mais une délégation du pouvoir par le peuple vers ses dirigeants, qui l’exercent sous son contrôle pour l’amélioration du bien-être de la communauté. La leçon que nous tirerons de cette aventure est que nous devrons toujours nous battre pour conserver ce que nous pensons comme acquis.

De transition flexible de 5 ans l’on passa à des élections présidentielles de 7 ans, renouvelable une fois ; Mais patatras, le démon de la politique de l’ancien monde reprit ses droits pour imposer au peuple congolais une autre Constitution afin de préserver ad vitam aeternam le pouvoir.

Être responsable c’est rendre des comptes, la cohérence de la pensée et de l’action est un élément structurant du discours politique. Que nenni ! Cette mascarade de changement de Constitution en 2015 n’avait qu’un seul but, celui de cacher le désastre de la gestion de la chose publique au point de dissimuler le montant réel de notre endettement aux institutions financières internationales. Notre pays, le Congo-Brazzaville fit son entrée dans le cercle des États voyous où l’on confond les biens publics et les biens privés ; Un genre de mélange loin de l’orthodoxie financière.

Le culte de la personnalité refit surface avec comme corollaire le népotisme. La méritocratie laissa la place à la médiocrité, le tribalisme sous nos cieux. L’on a tendance à dire « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Mais au Congo-Brazzaville, aux âmes nées avec une cuillère d’argent dans la bouche, la valeur n’est pas nécessaire. D’où le désastre que connait notre pays actuellement.

Ceux qui n’arrivent pas à s’exprimer par la parole s’expriment par la force qui en l’occurrence ne règle pas les problèmes dans un monde civilisé. La guerre n’arrive que quand la diplomatie a échoué. Mais peut-on faire la guerre à ses compatriotes sous le seul prétexte qu’ils ne pensent pas comme vous ?

Le Congo-Brazzaville est dans un tel bourbier que l’essentiel qui a été longtemps négligé, notamment la santé, commence à emporter avec le COVID-19 (coronavirus) les partisans farouches du pouvoir en place, incapables de se soigner dans les structures sanitaires tant vantées qui en fait ne sont que des éléphants blancs pourvoyeurs des rétrocommissions pour les initiés aux pratiques douteuses.

La santé n’a pas de prix, et sous-traiter après plus de 59 ans d’indépendance les activités y afférentes dans un partenariat public-privé révèle le véritable désastre sanitaire que traverse le Congo-Brazzaville. Il y a des domaines qui font partie de la souveraineté nationale, et la prise en charge de la santé d’un peuple par le gouvernement de la république en fait partie.

Nous avons formé des cadres, des élites, des intellectuels, des artisans, des entrepreneurs, etc., dont le seul but est d’aller accompagner ou accueillir à l’aéroport, qu’il vente ou qu’il neige, le despote congolais qui prend plaisir à rappeler à ces derniers que leur privilège n’est que le fait du prince. Quelle humiliation !

Le temps presse et le Congo-Brazzaville se meurt. Nous avons le droit d’avoir des opinions divergentes. Nous ne sommes pas des ennemis mais des adversaires politiques dont le seul juge est le peuple congolais souverain.

La misère atteint un paroxysme que même les oiseaux ne chantent plus ; Les chiens et chats, animaux de compagnie disparaissent pour servir de mets. C’est le drame absolu.

Les propositions de l’opposition congolaise responsable restent les mêmes, à savoir :
• Un dialogue national inclusif,
• La libération des prisonniers politiques pour décrisper le climat politique,
• La refondation de la nation congolaise à travers la Perestroïka et la Glasnost sans la partition de notre pays qui est une condition non négociable.

Les thématiques à aborder sont connues de tous et le peuple congolais attend des femmes et hommes politiques plus de hauteur de vue afin de le sortir de la misère qui le tenaille. La politique est une affaire de compromis et non de compromission, et il est plus qu’urgent sinon nécessaire et indispensable de s’asseoir autour d’une table pour régler les différends qui empêchent notre pays de se développer au vu de ses ressources humaines, financières et matérielles.

Notre infinie sagesse transcendera tous les courants de pensée et triomphera des extrémistes de tous bords. Ainsi, le Congo nouveau que nous nous évertuons à bâtir sera débarrassé de cette paix des cimetières induite par des spécialistes des guerres pour préserver le pouvoir et régner jusqu’à la fin de temps.

Nous avons le devoir moral et politique de le faire pour nos enfants, notre jeunesse sans espoir reléguée à l’état des griots d’hommes politiques sans scrupule.

Face à notre environnement qui change, il vaut mieux penser le changement en y incluant toutes les Congolaises et tous les Congolais car l’union fait la force. Le peuple congolais mérite mieux.

C’est Frantz Fanon qui disait : « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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