Editorial, Environnement, Politique, Société

Le Congo se meurt faute de dirigeants responsables et visionnaires, mais il n’est pas trop tard de le sauver

 

 

Par    Jean-Claude BERI

 

Le Congo serait parmi les premiers pays d’Afrique à avoir un taux de chômage élevé, une croissance faible et une dette abyssale. Nous serions le seul à avoir conservé un Code du travail lourd, rigide et complètement fantaisiste ou tribal, un modèle social affreusement coûteux et tourné vers le bling bling tribal, et incapable de mener les réformes basiques permettant de nous adapter à la fois à la mondialisation, à la révolution technologique et surtout à l’embourgeoisement d’un clan. Cette vision est radicalement décriée depuis plusieurs années, sans succès.  Incapables de gérer correctement les dysfonctionnements de la société congolaise, les gouvernements préfèrent s’accrocher à l’avilissement de l’ethnie MBOCHIS pour demeurer au pouvoir. Dieu merci, heureusement que tous les MBOCHIS ne suivent pas aveuglement SASSOU. Malgré les annonces mielleuses, ce sont en réalité les mêmes politiques qui sont aujourd’hui poursuivies. Il nous faut rompre avec elles. Un autre projet est possible. Il est urgent de le mettre en œuvre. Proposons un diagnostic puissant et dessinons une autre voie avec une opposition unie et décomplexée.

Il n’est plus à démontrer que la violence ne résolve pas forcément le problème. Elle est source de tension et génère des sacrifices humains, cause des dégâts infra structurels nécessitant des ressources supplémentaires pour rebâtir ce qui a été détruit ou rendu inopérant par l’action d’une quelconque révolte. Vous me répondrez qu’on ne fait pas une omelette sans casser les œufs.

Certes l’hypothèse a déjà fait ses preuves. C’est pourquoi cette hypothèse de révolte, ne devrait être que l’ultime recours lorsque toutes les possibilités auront été examinés et conclus à une solution de recours extrême. Quoi qu’il en soit, le peuple congolais aspire actuellement à plus de travail et de démocratie en dépit d’une gestion tentaculaire et clanique du pouvoir actuel qui sacrifie le potentiel congolais dans des réalisations éphémères.

L’intellectuel congolais ne doit pas s’ériger en instigateur de violence pour tenter de résoudre un problème social, politique ou même humanitaire. Il doit poser les faits et proposer par des réflexions pragmatiques les solutions réalisables pour aboutir à un changement positif.  Bien que la jeunesse congolaise souffre, son taux de chômage qui gravite aujourd’hui autour 57% (sources PNUD), victime de hausse des prix, confiscation du pouvoir, pauvreté, règne sans partage depuis 40 ans, manque d’eau, d’électricité et l’insalubrité dans toutes les villes et villages du pays, elle a toujours son avenir en main. La jeunesse congolaise s’adonne aujourd’hui à des activités de survie parfois peu glorieuses. Par d’information et d’éducation, elle se perd et devient facilement malléable par cette frange de politiciens véreux.

Je conçois que cela soit une situation difficile et intolérable. Seulement les ingrédients d’une telle révolution sont aujourd’hui présents au Congo : gestion et concentration de toutes les richesses du pays par un clan, l’aggravation de la misère, détérioration de son habitat immédiat… Que lui reste-il ?   Sinon se rebeller à défaut d’un dialogue franc et apaisé.

Cessons avant toute chose de comparer les situations qui se passent sous d’autres cieux avec le Congo, bien que présentant des similitudes sont parfois loin de la réalité ancestrale congolaise.  Les officines de l’opposition congolaise se mettent en branle pour chercher à exciter la jeunesse congolaise à un sursaut d’orgueil pour « préparer » une révolte.  C’est un couteau à double tranchant.  Car cette opposition est parfois perçue comme la main invisible du pouvoir en place. Une opposition qui a toujours servi le clan SASSOU dont il partage les dividendes dans les affaires juteuses et les responsabilités de la misère du peuple.

Les gouvernants actuels doivent cesser avec la politique du « J’y suis, j’y reste ».

Comment peut-on suggérer le réveil d’une jeunesse que vous ne cessez vous–même de martyriser ? Combien de nouveaux militants de moins de 30 à 40 ans avez-vous dans les directoires de vos partis ?  Vous considérez que l’âge est un critère discriminatoire pour se présenter à une élection ? Cela est un frein dans certaines organisations politique congolaise. L’Age n’est pas non plus synonyme de bon sens, de réalisme ou de civisme. On peut être très engagé et avoir le souci de l’intérêt de son pays à 18 ans et ne pas l’avoir acquis à 60. Comme c’est le cas avec beaucoup d’entre vous. L’âge ne doit pas être une référence. Dans notre société où le sens du civisme et de la solidarité se dégrade et se corrompt facilement au grès des cooptations, il faut prendre en compte toutes les bonnes volontés et savoir faire le tri.

Toutefois, il se trouve que 80% des hommes politiques congolais refusent non seulement de prendre leur retraite, ayant pourtant largement démontré leurs défaillances, mais s’organisent pour réduire les chances d’accessibilité à l’emploi à des milliers de jeunes sortis des universités et d’autres écoles. Ces faits se matérialisent par leur maintien à des postes où ils s’y sont que peu régulièrement présents. Certains sont ministres, directeurs, préfets, conseillers… à vie. D’autres cumulent les postes de professeurs d’université et de conseillers dans des ministères.

On se cache devant des hypothèses d’un temps révolu comme quoi les jeunes malgré leurs diplômes manquent d’expérience. Quels sont les preuves de votre sagesse et expérience ?   Des structures bâties a peine 4 ans on accuse la montée des eaux, ou le dérèglement climatique. Ignorait-il que les installations étaient construites au bord du fleuve Congo ?

Au Congo, nos élus sont plus vieux que dans le reste de la CEMAC comment l’expliquez-vous ? Certains découvrent des noms comme Pierre MOUSSA, OBA APOUNOU… (je vous laisse compléter la liste), et pleins d’autres qui sont des cumulards de l’administration publique. Ces hommes pensent-ils vraiment à une politique de régulation d’emploi ou simplement à leur retraite ? S’il faut envisager un réveil de la jeunesse dites-vous qu’il ne concernera pas seulement le pouvoir en place. Car le jeune qui a son BAC plus 5 et se retrouve vendeur de fripes au marché Total aimerait bien qu’on lui explique pourquoi vous occupez cinq emplois et lui doit ronger son frein au chômage et à la pauvreté ?

Pourquoi la révolte peut-elle être encouragée ?

A tous les niveaux de la structure étatique, la corruption est érigée en pratique devenue acceptable et je dirais même « conventionnelle ». Elle n’est condamnée que du bout des lèvres mais jamais sanctionnée comme elle devrait l’être dans un pays régi par le droit et la justice. La corruption se développe également dans la vie quotidienne des « petits congolais » qui se battent corps et âmes pour ne pas sombrer dans la misère la plus humiliante qui soit. Etre taximan à Brazzaville ou à Pointe-Noire relève d’une prouesse exceptionnelle digne de « l’homme invisible » pour échapper à l’organisation mafieuse instaurée par les policiers censés assurer la circulation. Ces derniers rackettent les pauvres citoyens moyennant 3000 à 5000 F.CFA par jour en guise de laisser passer journalier. Plusieurs plaintes ont été déposées mais jusque-là il n’y a eu aucune suite remarquable. L’Etat laisse de tels actes perdurer et s’accroître de jours en jours condamnant chaque jour un peu plus ces pauvres citoyens à demeurer dans la précarité. Devant la colère et la frustration le soulèvement n’est pas loin.

Comment peut-on admettre que tous les leviers de l’économie du pays soient contrôlés par une frange de courtisans et membres de la famille présidentielle.

A titre d’exemple :

« La Société Nouvelle Air Congo est la propriété d’un membre de la famille de SASSOU NGUESSO. Le TAC appartient à l’ancien premier ministre Isidore MVOUBA. La compagnie Equajet est entre les mains Edgar NGUESSO et de Jean Jacques BOUYA. Air Congo Express est la propriété de Maurice NGUESSO, frère aîné de Denis SASSOU NGUESSO. » Lettre du Continent N°663.  De même, le pétrole est géré et commercialisé par la famille de Sassou-Nguesso. Les hôtels et les boutiques de luxe appartiennent à la famille Sassou-Nguesso.

Nombreux de ses entreprises qui n’étaient en fait que des sociétés sous perfusions sont tombées en faillite depuis, laissant sur les carreaux de nombreux congolais sans droits, ni indemnisations, ni réexaminassions de situation sociale ultérieure. Le clan est roi et peut se permettre de licencier et tout bonnement partir ailleurs recommencer sa stratégie déshumanisante en pompant de l’énergie des congolais.

De même qu’on peut citer la prolifération des entreprises d’état et le domaine foncier de l’état spoliés par ces hommes qui appartiennent tous au clan. « Désormais, ceux qui respectent la loi sont parfois moins bien traités que ceux qui la bafouent quotidiennement. L’émergence d’un sentiment de « Racisme social » voit le jour mettant en concurrence les Congolais non pas pour faire éclater l’excellence au travail, mais bien pour encourager la frustration et la médiocrité » (1).
Un clan qui met la main sur toutes les filières économiques du pays. Cela ne peut être acceptable. Cette situation intolérable traduit un verrouillage voire une jouissance absolue de l’impunité.  Un clan qui fonctionne en vase clos s’érige le privilège de distiller des postes à ceux qui auront approuvé leurs méthodes dictatoriales. Ces pratiques annihilent la vision étendue de voir le Congo comme un bien commun qu’il faut gérer avec solidarité et volonté de développement vers un changement positif pour tous. Cette politique étriquée nous conduit aujourd’hui a un recul considérable sur le train du développement pris par beaucoup d’autres pays.

Les autres obstacles majeurs sont :  la gestion d’un plan local d’urbanisme est le domaine du foncier. Le gouvernement légifère sur des terrains inconstructibles en octroyant les permis d’occuper, et ils en délivrent des milliers, générant ainsi les sources de conflit et surtout d’expositions des populations a des tragédies insoutenables que nous vivons actuellement. Ces permis constituent un premier stade vers la légalisation de l’occupation de terrains dont le lotissement s’est effectué selon des procédures extra-légales (les chefs de terre ou leurs ayants droit jouant le rôle de promoteurs fonciers jouant à tour de bras dans les périphéries urbaines. Le gouvernement n’ayant aucune comptabilité et maîtrise du foncier, les propriétaires fonciers profitent de cette faiblesse pour vendre aux Congolais des parcelles dans des zones fragiles. C’est le cas à Kingouari et Kinsoundi, Makélékélé, MFilou, Kombo, Talangaï, Kintélé (secteur Itatolo) Ngamakosso…. C’est ainsi qu’on observe des inondations et le développement des ravins dans les quartiers. Si le gouvernement avait la maîtrise du foncier, les Congolais ne devaient pas construire dans ces zones fragiles. Hormis l’incompétence notoire de ces responsables dans la réalisation des infrastructures urbaines, il faut également conscientiser les populations sur les occupations anarchiques.

Les années 1999-2000 le ministère de l’urbanisme et l’habitat a mis en place la  » SCAT ». Une société de viabilisation et d’aménagement des terrains urbains avant lotissement qui était censée veiller à ce que les terrains classés en zones inondable ne soit pas vendus. Au lieu de veiller au bien fondé de ce principe SASSOU et sa Bande de voleurs nous ont pondu la « Délégation des Grands Travaux » qui a fini par dépouiller le ministère de la construction et foulé aux pieds toutes les règles de l’urbanisation.

Devant ces situations difficiles et inhumaines imposées par un régime clanique corrompu, la jeunesse congolaise doit avant tout devoir compter sur elle-même. Ensuite se mobiliser pour préparer son avenir par un travail approfondi de remise en cause de leur logiciel du modèle de gouvernance.

Le Congo, aujourd’hui est riche et capable de relever les défis de l’emploi et du développement par une bonne répartition des richesses, de l’investissement soutenu dans les secteurs porteurs comme, l’environnement, la santé, l’éducation…. Il faut instaurer une politique d’exemplarité au sommet de l’Etat par une politique de redistribution des richesses au peuple congolais, par une politique d’urbanisation cohérente et rigoureuse en tenant compte du plan directeur de Brazzaville. Un projet cohérent doit voir le jour Surtout le Congo a besoin d’autres responsables politiques que les mêmes qui sont liées pour les mêmes causes.  Si tel n’est pas le cas, ni votre appartenance au grand loge maçonnique, ni votre soumission à la françafrique, ni encore moins vos milliards cachés à travers le monde ne vous sera d’un grand secours. Les milliards ne remplacent pas la sagesse et l’intelligence, BOUYA, KIKI, et les autres vous êtes des nuls et ne méritez pas un soupçon de confiance. Dans d’autres cieux vous seriez déjà lapidés ou enfermez.

Le monde démocratique vous fermera ses portes et ses aéroports car vous n’aurez été que des pantins à leur service. Aidez votre peuple tant qu’il est temps, lui seul s’en souviendra. A ceux qui pensent que près de 40 ans de règne sans partage, ce n’est pas assez voire trop doit méditer.

Le Congo pourrait être un outil formidable de protection et d’émancipation s’il était correctement gouverné non pas par la corruption, le favoritisme, les antivaleurs mais par les citoyens. C’est à son niveau que pourraient se construire les termes d’une autre voie plus   humaniste et axée sur le développement. A mon sens c’est à ce niveau que pourrait se dessiner une politique ambitieuse d’investissement dans la transition socio-politique que nous appelons de nos vœux pour répondre à la crise Economie-politique. C’est à son niveau que pourrait se mettre en place une véritable politique de redressement économique, de convergence sociale, de relance de l’éducation, d’anticipation face aux mutations du travail pour lutter contre le chômage. C’est à son niveau que pourrait se jouer beaucoup de choses… à condition que le peuple congolais prenne la mesure de la situation et qu’il soit guidé par une opposition de projet, responsable et courageuse.

Pour cela, nous devons nous unir pour être nombreux à constituer ce pôle de résistance à des lobbies claniques et de ces prédateurs économiques qui rôdent autour. Face aux forces redoutables et complexes qui sont à l’œuvre pour maintenir le Congo au bas d’échelle, l’heure est donc à la mobilisation citoyenne et à l’union de tous les citoyens. Le Congo se meurt mais il n’est pas encore trop tard pour la sauver. Alors, passons à l’action.

 

Jean-Claude BERI

http://berijc.over-blog.com/article-congo-brazzaville-la-problematique-actuelle-de-l-urbanisme-de-brazzaville-faut-il-construire-une-nouvelle-ville-44719419.html

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