Politique

Le dialogue selon Me Martin MBERI

                                                                                        Par    OLEG FABRICE KIESSILA

MONSIEUR MARTIN MBERI, ON NE DEVRAIT PAS AGIR AINSI !

Il n’est plus à démontrer par des principes mathématiques ou ceux émanant foncièrement de la logique formelle que le Congo, notre pays se trouve dans une situation la moins reluisante qui puisse exister. Tout le monde sait que le Congo est dans une catastrophe à la fois politique, économique, sociale et identitaire assez significative.

Tout le monde sait que le pays est en crise, la preuve, les autorités en place se sont pliés en quatre pour obtenir l’accord avec les institutions monétaires internationales afin de nous venir au chevet pour tenter de sortir par des acrobaties de la zone rouge. La dette du Congo par rapport à son produit intérieur brut PIB, est pratiquement insoutenable car elle s’élève à plus de 120%. Elle est grave car elle coince le pays dans une asphyxie hors norme. D’ailleurs, pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir les rues des villes du Congo, d’échanger avec les compatriotes, d’aller dans les marchés, dans les hôpitaux pour constater la misère qui s’amplifie.

Monsieur MBERI,

Le taux de chômage des jeunes ne cesse pas de grimper en oscillant autour de 40%. Ce qui fait que plus de la moitié des jeunes congolais se retrouvent activités salariées. Ce qui les entraîne en définitive à la misère, à la paupérisation quasi chronique avec une dégradation terrifiante du niveau de vie. Ceci a des répercussion sur l’espérance de vie.

Vous n’êtes pas sans ignorer que les étudiants congolais ne perçoivent pas si régulièrement leurs bourses si bien que sont abandonnés à leur propre sort. Surtout pour ceux qui sont à l’étranger. Il n’est pas acceptables que des enfants envoyés par l’Etat étudier à plusieurs millions de kilomètres de leur territoires soient traités avec la plus blâmable négligence. Moi-même j’ai subi ce traitement, loin du pays, nous avions été traités comme des mal-propre par nos autorités consulaires. Ce qui est le cas aujourd’hui. Des exemples sont multiples: le Maroc, le Cuba, La Russie, l’Ukraine…, ces étudiants établis dans des pays moins catholiques subissent de plein fouet toutes les difficultés y afférentes avec des conséquences assez dramatiques.

Aussi, les fonctionnaires ne perçoivent plus dans les délais requis leurs salaires. Ce qui démontre, les difficultés financières auxquelles sont confrontées le gouvernement de la République. A cela, il faut ajouter que les retraités qui sont devenus des maltraités ne perçoivent plus leurs pensions bien que ceux-ci aient cotisé toutes les annuités de salariés actifs. Ceci est la preuve que notre système de retraite non seulement qu’il sans doute devenu caduque de par ses mécanismes de financement non repensé mais aussi et surtout il est gangrené par une gestion criarde qui frise non pas seulement avec l’incompétence mais surtout avec un favoritisme délirant. Il demande donc d’être pris avec beaucoup de sérieux afin d’y apporter les réponses les plus adaptées.

De même politiquement, les pays est presque aux arrêts. Rien ne fonctionne. Le climat n’est pas saint car il démontre une tension palpable. Il y a des partis politiques qui ne peuvent plus exercés parce que tombant sous le coût de la nouvelle loi instituant la création et le financement des partis politiques au Congo Brazzaville, ce qui porte un sérieux coup à la liberté de penser, d’opinion et de religion. Pourtant, c’est la loi de 1901 qui était censée encadrer tout ceci. A côté, il y a des hommes et des femmes politiques qui se retrouvent en prison dans des conditions particulièrement inextricables. Ils mériteraient un traitement et un jugement conventionnels à la hauteur de leurs supposées fautes et de leurs grades.

En outre, les bombardements des quartiers suds et du département du Pool qui ont suivi l’annonce des résultats de l’élection présidentielle met en exergue que le pays ne jouit pas d’une stabilité globale assurée. Les tensions qui ont précédé cette élection présidentielle et tout ce qui en découle plaident en faveur d’une prise de conscience évidente de la part du premier des congolais.

Il est clairement établi, à la lumière de ce qui précède plus haut que le Congo est clairement dans double crise politique d’abord puis économique. D’où l’exigence sans délais d’une concertation de toutes les forces vives du pays aux fins de trouver les solutions sur la base du consensus. C’est d’ailleurs la mission assignée à votre institution, le conseil national du dialogue.

Mais, depuis la mise en place de cette institution depuis le 25 Octobre 2015, vous vous êtes illustré par une absence incompréhensible. Vous n’avez rien fait dans le sens d’apaiser alors que le pays s’effondrait au regard des arguments étayés ici. Pourtant, toutes les conditions d’organiser un dialogue national inclusif sont réunis depuis belle lurette, c’est maintenant que vous sortez de votre bois pour nous étaler un calendrier assez inconséquent pour organiser ce fameux dialogue qui passerait par des étapes qui se seraient avérées utiles si vous vous étiez pris plus tôt, mais qui se révèlent, au regard du calendrier politique, inutiles, une perte du temps. A moins d’un an de l’élection présidentielle, il aurait été plus judicieux et hideux de convoquer dans les plus brefs délais ce dialogue national inclusif afin de traiter les points aussi multiples que techniques d’achoppement. Nous les connaissons tous. Ce sont la gouvernance électorale, la révision du fichier électoral, il s’agit du recensement administratif de la population, de la révision du statut de la CNEI. Ces points sont ceux qui permettraient de donner toute sa légitimité à l’élection présidentielle ainsi qu’il l’a été en 1992.

Le temps urge, et on ne devrait pas continuer à faire comme si tout allait bien. On ne devrait pas agir ainsi. Si je vous lis bien, vous êtes dans la même configuration du dialogue, oh, Oops! du monologue de Sibiti qui a vu la concrétisation du changement de la constitution du 20 Janvier 2002. Au plus tard Juin 2020, vous ne comptez que élaborer un rapport synthèse qui sera transmis au président de la république qui lui en retour selon son gré devra prendre une décision. C’est une perte de temps qui se révèle aux yeux de tous comme une vraie manoeuvre politicienne.

Pour la République, pour tous les congolais qui souffrent, vous ne devriez pas agir ainsi.

  OLEG FABRICE KIESSILA

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